Joris a 12 ans et est hospitalisé au centre Léon Bérard. Ce 10 octobre, il était pourtant de la fête, en visioconférence, face à plusieurs milliers de personnes réunies à la Halle Tony-Garnier, dans le 7e arrondissement de Lyon. « À travers toi, gamin, c’est pour tous les enfants qui ne peuvent pas assister au festival », lui a lancé Thierry Frémaux, directeur de l’Institut Lumière, comme le rapporte Lyon Capitale dans son compte rendu de la soirée. La 18e édition du Festival Lumière, grand rendez-vous international du cinéma de patrimoine, venait de donner le ton : celui d’une cérémonie où l’émotion a pris le pas sur le tapis rouge.
Quelques instants plus tôt, Irène Jacob, présidente de l’Institut, avait donné à la soirée une couleur plus grave. « En ces temps de guerre, de violence, d’obscurantisme et d’énorme souffrance, rappelons-nous ce besoin de se rassembler », a lancé l’actrice. Après plusieurs éditions dédiées à la paix dans le monde et dans les institutions, l’édition 2026 est dédiée à la culture. « Merci de rendre cet événement de joie possible », a-t-elle ajouté.
Thierry Frémaux, lui, a sorti les trésors de famille. Il a dévoilé en exclusivité des photographies et des films autochromes des frères Louis et Auguste Lumière, avant de célébrer cette « espèce de miracle qui a embrasé la planète » : le cinéma. Un hommage a été rendu à deux disparus de l’année, Max Lefrancq-Lumière, petit-fils de Louis, et le cinéaste Jean-Paul Rappeneau. La chanteuse et pianiste Jeanne Cherhal a repris Véronique Sanson, puis les Rita Mitsouko. Todd Haynes, Alexandra Lamy, Daniel Brühl, Guillaume Gallienne et Andreï Zviaguintsev ont enfin donné de la voix pour déclarer le festival ouvert.
Les Coen, ou l’absurde en majesté
Le grand rendez-vous est fixé à vendredi 16 octobre. Ce soir-là, Joel et Ethan Coen recevront le Prix Lumière, qui récompense une personnalité du cinéma « pour l’ensemble de son œuvre et le lien qu’elle entretient avec l’histoire du cinéma ». Créée en 2009 par Thierry Frémaux, qui pilote aussi le Festival de Cannes, la récompense a déjà salué Milos Forman, Ken Loach, Martin Scorsese, Francis Ford Coppola, Clint Eastwood, Michael Mann, Pedro Almodóvar, Wong Kar-wai, Catherine Deneuve et Isabelle Huppert. Les deux Américains entrent dans cette galerie avec une signature à part : un humour noir poussé jusqu’à l’absurde, que le suspense vient régulièrement mordre.
Le palmarès parle pour eux. Une Palme d’or à Cannes pour Barton Fink en 1991, deux Oscars pour Fargo en 1997, quatre pour No Country for Old Men en 2008. Entre-temps, The Big Lebowski, sorti en 1998, est devenu un film culte. Polar, comédie, western, thriller : les frères changent de genre sans changer de ton, et peuplent leurs films de personnages excentriques, pris dans des situations toujours plus loufoques. Pour les incarner, ils ont bâti une troupe fidèle : Frances McDormand, George Clooney, Scarlett Johansson, Jeff Bridges, Billy Bob Thornton, John Turturro, Steve Buscemi, Josh Brolin ou Tilda Swinton.
Neuf jours, 425 séances, une ville en salle obscure
Jusqu’au 18 octobre, 163 films sont programmés en 425 séances, selon les organisateurs. À Lyon, où Louis et Auguste Lumière ont inventé le cinématographe en 1895, mais aussi dans plusieurs villes de la métropole. Au menu : des œuvres du monde entier, parfois restaurées, des rétrospectives, des expositions, des hommages et des master classes. Zhang Ziyi, Tsui Hark, Claude Lelouch, Abel Ferrara, Costa-Gavras, Wim Wenders, Agnès Jaoui, Nadine Labaki, Bérénice Béjo et Irène Jacob figurent parmi les invités de cette édition.
Le coup d’envoi, lui, est passé par l’Italie. Le public de la Halle Tony-Garnier a découvert Une journée particulière d’Ettore Scola, sorti en 1977, avec Sophia Loren et Marcello Mastroianni. L’histoire d’une rencontre dans un immeuble romain vidé de ses habitants, le jour de la visite d’Hitler à Mussolini, en mai 1938.



