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Avec Samsung à bord, Mistral grimpe à 21 milliards d’euros de valorisation

La plateforme Mistral AI. (Crédits: Davide Bonaldo/SOPA Images/LightRocket via Getty Images)
Samsung Electronics entre directement au capital de Mistral, qui boucle une levée record de 3 milliards d’euros. Sa valorisation double presque, à 21 milliards. Cette opération intervient alors que la stratégie de la start-up française, entre recherche et déploiement commercial, suscite des interrogations.

Arthur Mensch a de quoi savourer. Le cofondateur et directeur général de Mistral AI annonce avoir bouclé, ce mardi 8 septembre, une levée de fonds de trois milliards d’euros, portant la valorisation de son entreprise de 11,7 à 21,3 milliards d’euros. Un montant colossal pour une entreprise européenne, et, selon Mistral, un record pour une levée en fonds propres d’une société technologique non cotée sur le continent. Un nom se distingue dans ce tour de table : Samsung. Le géant sud-coréen des semi-conducteurs, déjà présent au capital via sa branche Samsung Ventures, prend la tête de cette série D.

À ses côtés, le Scaleup Europe Fund, lancé par la Commission européenne et géré par le groupe suédois EQT, et l’américain PSG Equity codirigent l’opération. Nvidia, ASML, Salesforce Ventures, des fonds et des comptes gérés par BlackRock, Advent, Bpifrance et a16z complètent la liste des investisseurs. Des rumeurs circulaient depuis juin, relayées par Bloomberg et Sifted. Malgré l’ampleur de la somme, les fondateurs – Mensch, Guillaume Lample et Timothée Lacroix – gardent la main. Selon Arthur Mensch, les investisseurs européens conservent les deux tiers du capital et trois quarts des voix au conseil d’administration. Un point que la start-up tient à marteler, à l’heure où sa dépendance aux capitaux étrangers alimente les critiques.

Un poids plume face aux mastodontes américains

La comparaison s’impose, même si Mistral s’en défend. OpenAI a clôturé en mars un tour de table de 122 milliards de dollars d’engagements de capitaux. Anthropic prépare une introduction en Bourse qui pourrait dépasser celle de SpaceX, après une levée de 65 milliards de dollars. À côté, les 3 milliards d’euros de Mistral font figure de mise modeste. Ils dépassent tout de même largement les 2 milliards de dollars levés par le Britannique Nscale le 9 mars dernier. « Nous sommes plutôt un mélange entre Palantir et Anthropic », tranche Johan Bergqvist, directeur financier de Mistral. Sa thèse : des modèles moins coûteux à concevoir que ceux de la concurrence, donc des besoins en capital mécaniquement plus faibles.

Depuis sa création en avril 2023, l’entreprise avait levé 2,7 milliards d’euros en fonds propres, complétés notamment par 830 millions de dollars de dette annoncés en mars. Selon son directeur financier cité par l’AFP, elle vise désormais un milliard d’euros de revenus annualisés d’ici la fin de 2026. L’argent frais doit financer l’achat de puces, la construction de nouveaux data centers et l’embauche de commerciaux pour percer en Inde et aux États-Unis. Mistral a annoncé un programme d’investissement de 4 milliards d’euros dans ses centres de données en France et en Europe. Objectif affiché : 200 mégawatts de puissance électrique pour ses infrastructures d’ici 2027, un gigawatt d’ici 2030.

La carte de la souveraineté

L’entreprise mise largement sur un mot : souveraineté. Ses modèles à poids ouverts peuvent être déployés sur les infrastructures des organisations clientes, afin de leur permettre de conserver le contrôle de leurs données sensibles et de leur savoir-faire. L’argument trouve un écho particulier depuis juin, lorsque Washington a coupé pendant deux semaines l’accès des utilisateurs étrangers aux modèles les plus avancés d’Anthropic, révélant au grand jour la dépendance technologique du Vieux Continent.

Sur ce terrain, Mistral engrange les contrats. Un partenariat non exclusif avec l’État français permet de proposer un assistant IA aux agents de la fonction publique, avec des expérimentations menées jusque dans les ministères, y compris sur des sujets de cybersécurité. BMW, Airbus, CMA CGM et Microsoft, ce dernier ayant signé un contrat de plusieurs milliards de dollars pour utiliser les infrastructures de calcul de Mistral, figurent parmi ses clients et partenaires. L’entreprise revendique plus de 125 grandes entreprises clientes et une présence dans 20 pays. TotalEnergies, HSBC, France Travail, le ministère des Armées ou encore Bercy figurent parmi les administrations et grands comptes qui utilisent ses solutions.

Cette stratégie suscite toutefois des doutes. Depuis l’été, plusieurs voix accusent Mistral d’avoir déserté la course aux modèles de pointe pour se replier sur l’infrastructure et les services. « Il y a trois ans, Mistral incarnait une promesse simple : l’Europe aurait son propre laboratoire de premier plan, capable de rivaliser avec OpenAI et Anthropic », écrivait le 17 août l’entrepreneur Pierre-Louis Biojout dans le Journal du Net, où il reprochait à la start-up de désormais vendre du calcul et d’héberger des modèles chinois. Mistral conteste ce renoncement : sa vice-présidente Audrey Herblin-Stoop explique au Monde que le développement des infrastructures et des services doit aussi financer la recherche et l’entraînement de modèles plus performants. Une critique qui n’entame pas, pour l’instant, la confiance des investisseurs. Un pari s’engage : dans la course mondiale à l’IA, les gigawatts pourraient bien peser plus lourd que les modèles.

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