- Original. À l’heure où les défis sportifs sont en pleine ébullition, certains adeptes de la performance souhaitent que le sport aille encore plus loin, quitte à enfreindre les règles et jouer avec les limites du corps humain. Les « Enhances games », initiés par l’entrepreneur australien Aron D’Souza en sont le parfait exemple.
Pour ce diplômé de l’université d’Oxford, selon qui « 44 % des athlètes olympiques admettent s’être déjà dopés », sa compétition permettrait de redonner une forme d’équité en légalisant des produits qui améliorent les performances.
Épaulé financièrement dans son projet par Peter Thiel, cofondateur de PayPal, D’Souza souhaite mettre au défi des athlètes dans trois catégories : la natation, l’athlétisme et l’haltérophilie.
Fustigé par l’Agence mondiale antidopage (AMA) qui juge le principe « dangereux et irresponsable », l’entrepreneur a tout de même réussi à convaincre certains athlètes de prendre part à ces joutes.
Parmi eux, le sprinteur français, Mouhamadou Fall, quadruple champion de France sur 100 et 200 mètres.
Suspendu depuis avril 2024 jusqu’en juillet 2026, l’athlète de trente-trois ans a, dans un premier temps, été suspendu neuf mois suite à un contrôle positif à un stimulant interdit, avant de voir sa suspension rallongée pour trois manquements à des obligations de localisation.
De quoi attiser la frustration de celui qui n’est plus licencié par la Fédération Française d’Athlétisme depuis deux ans et qui a perdu tout espoir de revenir sur le devant de la scène par la voie classique.
« Une prise médicamenteuse a toujours des conséquences sur le corps humain » Marina Ferrari, ministre des Sports
« Je me suis renseigné sur les risques et, pour moi, il n’y en a pas puisque tout est supervisé. J’insiste sur le fait que, pour participer aux Enhanced Games, on n’est pas obligé de prendre des produits interdits dans l’athlétisme classique, et il n’est d’ailleurs pas dit que j’en prenne. Ce qui m’intéresse, c’est de voir jusqu’où je suis capable d’aller » explique-t-il dans un entretien au Monde et de poursuivre : « il ne faut pas voir les personnes qui prennent des substances non autorisées comme des monstres. Ce n’est que si on le fait dans le sport « classique », qui l’interdit, qu’on est des monstres. Si je décide de prendre ces produits, ça me permettra une amélioration, dans l’entraînement, dans la récupération, la nutrition. Et le résultat sera incroyable ».
Un discours qui ne passe pas auprès de la Ministre des Sports, Marina Ferrari : « Cela fait des années qu’on lutte tous pour assainir le sport, je trouve ça dangereux de véhiculer un tel message. Une prise médicamenteuse a toujours des conséquences sur le corps humain » confie la ministre à Time France.
Lors des épreuves prévues au printemps prochain, les contrôles antidopage durant la compétition devraient être remplacés par des « contrôles de santé » menés par une commission médicale et scientifique indépendante, chargée de valider la préparation de chaque athlète et son suivi.
1 million de dollars en cas de record du monde
Outre l’enjeu de la performance, les organisateurs ont agité une manne financière considérable pour convaincre Mouhamadou Fall et d’autres athlètes de renom à venir s’ajouter à la liste des participants.
250 000 dollars seront alloués à chaque vainqueur d’épreuve, tandis qu’une prime d’un million de dollars a été convenue pour celui qui irait battre l’actuel record du monde du 100 mètres, détenu par Usain Bolt et ses 9 secondes 58.
Un argument de poids pour le sprinteur américain, Fred Kerley, double médaillé olympique et lui aussi suspendu provisoirement pour manquement à ses obligations de localisation.
« Le record du monde a toujours été l’objectif ultime de ma carrière. Cela me donne l’opportunité de consacrer toute mon énergie à repousser mes limites pour devenir l’humain le plus rapide de l’histoire » admet-il pour justifier sa participation.
Le sport français en rogne
Cette quête de records dénuée d’éthique n’est pas du goût des instances françaises qui ont réagi fermement suite à l’annonce de la participation de Mouhamadou Fall. « Ce ne sont en aucun cas des Jeux. Cela ne correspond à aucune valeur du sport. Éthiquement, c’est ultra-condamnable » appuie Marina Ferrari qui craint « une marchandisation du corps humain » et que d’autres athlètes se laissent séduire par l’appât du gain.
Le ministère des Sports, l’Agence française antidopage, ainsi le Comité national olympique français (CNOSF) ont porté d’une seule voix un communiqué, pour s’opposer fermement à ces dérives.
« Les promoteurs de cette compétition veulent inciter les sportifs à battre des records en autorisant le recours au dopage. Cette initiative constitue une négation de l’esprit sportif et une menace grave pour la santé des participants, en plus de l’image néfaste qu’elle renvoie de la performance sportive » dénoncent les instances.
« En cas de dopage, un sportif français qui participera aux Enhanced Games s’exposera à des sanctions » assurent-elles.
De son côté, Jean Garcia, président de la Fédération Française d’Athlétisme, estime que ces « Jeux améliorés » « ne sont pas une innovation mais une régression, cherchant à légitimer le dopage sous couvert de liberté ». Assez pour dissuader d’autres athlètes de tester leurs limites et celles du système ?





