Le message tenait en une poignée de phrases. Il a suffi à faire chuter un homme resté vingt ans dans les arcanes du football mondial. Kevin Lamour, numéro 3 de la FIFA et directeur des opérations de l’instance depuis 2024, a été licencié ce 17 août, avec effet immédiat. Deux ans à peine après son arrivée à ce poste, le Français de 45 ans paie son opposition frontale à son président, Gianni Infantino.
Tout part d’un projet resté confidentiel pendant des mois. Fin juillet, Infantino dévoile son intention de créer une société commerciale externe, baptisée Fifa Forward Enterprise, pour ouvrir jusqu’à 20 % du capital de la Coupe du monde à des investisseurs privés. Objectif affiché : lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars, soit environ 3,6 milliards d’euros. Le plan fuite dans la presse avant même d’être présenté officiellement aux instances concernées. La fureur, dans les rangs du football mondial, est immédiate.
Une fronde qui fait tache d’huile
Kevin Lamour ne se contente pas de désapprouver en coulisses. Il rend son opposition publique, dans un communiqué transmis à l’agence Associated Press. Il y dénonce un « projet d’une seule personne », pointant le manque de transparence de sa propre direction et des salariés qu’il juge trompés par cette gestion opaque, menée sans concertation. Il assume ouvertement le risque de perdre son poste, affirmant qu’il pourra dormir tranquille le soir même, quoi qu’il arrive. La sortie, rare pour un cadre de ce rang, fait l’effet d’une bombe dans un microcosme habitué à la loyauté silencieuse.
Il n’est pas seul. Le même jour, l’Américain Carlos Cordeiro, conseiller principal d’Infantino, démissionne avec fracas. L’UEFA affirme avoir perdu confiance dans le président de l’instance. La Concacaf réclame une remise à plat complète de sa gouvernance. Même Arsène Wenger, directeur du développement du football mondial à la FIFA, prend publiquement ses distances avec le projet, affirmant ne pas avoir été associé à son élaboration.
Le scrutin se tiendra en mars 2027 à Rabat, devant les 211 fédérations membres de l’instance
Sous la pression conjuguée de ses propres cadres et des confédérations continentales, Infantino recule : le 1er août, le projet est officiellement retiré, à peine quatre jours après son annonce. Mais le mal est fait. Début août, lors d’une réunion de crise organisée par Infantino au Maroc pour ressouder ses troupes, Kevin Lamour n’est pas convié. Son absence, relevée par plusieurs médias, devient un nouveau signe des fractures au sein de l’instance.
La discrétion, une arme à double tranchant
Recruté à l’automne 2024 pour renouer le dialogue avec les syndicats de joueurs, les ligues européennes et une UEFA vent debout contre la FIFA depuis des années, Kevin Lamour tranche avec les habitudes du cercle. Ce Brestois, ancien footballeur amateur formé dans le Finistère, passé par l’UEFA sous Michel Platini puis Aleksander Ceferin, a déjà démissionné deux fois par principe au cours de sa carrière.
En 2015, après la révélation d’un versement secret de plusieurs millions de francs suisses de Sepp Blatter à Platini, puis plusieurs années plus tard, en désaccord avec l’élargissement du nombre de mandats voulu par Ceferin. Une droiture reconnue jusque dans les rangs adverses, où on le décrit volontiers comme calme, fiable, jamais tenté par les jeux de pouvoir. Ce 17 août au soir, la FIFA a confirmé la fin du contrat dans un communiqué laconique, remerciant Kevin Lamour pour ses deux années de service et lui souhaitant une pleine réussite pour la suite.
Aucune mention, bien sûr, du communiqué de fin juillet qui a précipité son départ. Ce licenciement intervient à sept mois d’une élection présidentielle où Gianni Infantino, seul candidat déclaré à ce stade, brigue un troisième mandat consécutif. Le scrutin se tiendra en mars 2027 à Rabat, devant les 211 fédérations membres de l’instance, dans un climat de défiance que ce nouvel épisode ne devrait pas apaiser.






