Le tie-break du premier set s’achève sur un coup droit qui s’écrase dans le filet. Novak Djokovic vient de perdre sa première manche, et personne ne sait encore que ce point anodin annonce l’une des plus grosses secousses de cette saison du tennis. Battu ce 30 août par l’Argentin Mariano Navone, 49e mondial, au terme d’un combat de 4h36 (7-6, 5-7, 4-6, 6-2, 6-1), le Serbe sort de l’US Open dès son entrée en lice. Une sortie qu’il n’avait plus connue en Grand Chelem depuis l’Open d’Australie de 2006, soit vingt ans d’invincibilité au premier tour balayés sur le court Arthur-Ashe.
Le symbole est lourd pour l’homme aux 24 titres du Grand Chelem, quadruple vainqueur à Flushing Meadows en 2011, 2015, 2018 et 2023, et jamais éliminé aussi tôt dans ses dix-neuf participations précédentes au tournoi new-yorkais. À 39 ans, cinquième mondial après avoir longtemps régné en numéro un, il enchaîne les signaux d’alerte depuis l’été : demi-finale perdue à Wimbledon en juillet, préparation new-yorkaise expédiée dès son entrée en lice à Cincinnati, sous une chaleur déjà écrasante deux semaines plus tôt.
Un corps qui capitule en direct
Le scénario de la soirée tient en une image : un champion qui applique de la glace sur son visage entre deux jeux, l’air épuisé. Alors qu’il mène 4-1 dans la première manche, Djokovic semble déjà en difficulté physique. Les médicaments administrés par le staff médical n’empêchent pas ses vomissements à répétition. Le match bascule pourtant : profitant d’un relâchement au service de Navone, le Serbe recolle à un set partout, puis prend l’avantage dans la troisième manche. Pendant un instant, la mécanique semble se remettre en marche, comme si vingt ans de matches avaient appris au corps à encaisser malgré tout.
L’histoire tourne court dans le quatrième set. Deux jeux à un en sa faveur, puis les crampes prennent le dessus. Djokovic perd huit jeux d’affilée et s’écroule 6-2, 6-1 dans les deux dernières manches. En zone mixte, sans passer par la conférence de presse, il confie que les vomissements sont devenus presque systématiques cette saison, un mal qu’il ne s’explique toujours pas. Une soirée à l’image d’une journée agitée sur l’ensemble du tournoi : la pluie a fini par interrompre les autres rencontres du premier tour, contraignant Loïs Boisson et Adrian Mannarino à reprendre leur match ce 31 août. Côté français, Terence Atmane s’est lui aussi incliné, après avoir mené deux sets à zéro contre l’Espagnol Jaume Munar, tandis que Luca Van Assche a créé la surprise en sortant le Britannique Cameron Norrie, tête de série numéro 29.
L’ombre de la retraite
Combien de temps encore ? La question plane, sans qu’aucun journaliste n’ose la formuler à voix haute autour du court Arthur-Ashe. Dernier rescapé du « Big Three » sur les courts après les retraites de Roger Federer en 2022 et de Rafael Nadal en 2024, Djokovic poursuit depuis des années une quête précise, un 25e titre en Grand Chelem qui le placerait seul au sommet de l’histoire, devant Margaret Court. Mais l’écart avec des organismes de vingt ans plus jeunes se creuse à chaque tournoi, et cette élimination new-yorkaise en est la démonstration la plus nette depuis le début de sa carrière.
Pour Arnaud Clément, consultant pour Eurosport et ancien numéro un français, l’âge du Serbe change la nature du problème : ce n’est plus seulement une question de niveau de jeu, mais de capacité à encaisser la préparation physique qu’exige un Grand Chelem. Il rappelle que Djokovic remontait pourtant en puissance lors des précédents tournois majeurs, même après des sorties précoces sur des tournois de préparation. Le principal intéressé n’a pas tranché son avenir. Il assure vouloir encore rejouer à Wimbledon, terre de sept sacres, et se dit capable, en bonne santé, de retrouver le niveau d’un top 5 mondial. Vingt ans après Melbourne, l’histoire se répète sur l’Arthur-Ashe. Sauf qu’à 39 ans, il n’est plus certain qu’il y ait une prochaine fois.





