Une annonce de partenariat programmée, puis reportée à la veille de sa présentation. Une réunion qualifiée en interne de « compliquée » avant même d’avoir eu lieu. Et un président, Edgar Grospiron, dont l’avenir se joue ce 10 septembre à Décines, au siège du comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (Cojop) des Alpes françaises 2030. L’ancien champion de ski acrobatique devrait être poussé vers la sortie, un an et demi seulement après sa nomination.
Le symbole est cruel. En février 2025, à Lyon, Edgar Grospiron avait pris ses fonctions après le retrait de Martin Fourcade, qui avait renoncé quelques semaines plus tôt pour cause de désaccords avec les collectivités locales. Le biathlète avait alors estimé que les « désaccords restent trop nombreux pour pouvoir envisager sereinement cette mission ». Un an et demi plus tard, c’est au tour du médaillé d’or d’Albertville 1992 de voir son avenir compromis par la crise de gouvernance, à moins de quatre ans de l’ouverture des Jeux.
Départs en série et nominations contestées
L’organisation traverse une crise ouverte depuis plusieurs mois. En février dernier déjà, le directeur général Cyril Linette, recruté personnellement par Edgar Grospiron au printemps 2025, avait quitté le navire à la suite de « désaccords insurmontables » avec son président. Son départ, le quatrième à un poste clé en quelques mois, s’inscrivait dans une crise qui avait poussé le Premier ministre Sébastien Lecornu à intervenir publiquement, appelant chacun à se tenir « à son poste de combat » pour que les Alpes 2030 voient le jour. La directrice des opérations Anne Murac et le directeur de la communication Arthur Richer avaient quitté l’organisation avant lui.
Le dernier bureau exécutif, tenu le 23 juillet, a rouvert la plaie : deux nominations de cadres proposées par Edgar Grospiron ont été mal accueillies par les deux régions hôtes, les comités olympique et paralympique, ainsi que le ministère des Sports. La présidente du CNOSF, Amélie Oudéa-Castéra, avait alors averti que l’organisation des Jeux ne pouvait « plus se permettre » de nouveaux problèmes de gouvernance. Un audit sur le climat social, mené cet été auprès des salariés du Cojop, doit livrer ses conclusions dans les prochains jours.
Un Cojop assiégé de toutes parts
Le calendrier n’aide pas. Une grande entreprise française, présentée par plusieurs médias locaux comme étant Orange, devait officialiser, ce 9 septembre à Lyon, son entrée parmi les sponsors des Alpes 2030, deux mois après l’annonce d’EDF comme premier partenaire premium. Le Cojop a finalement annoncé le report de cette présentation, invoquant la nécessité de « dissocier » l’événement du bureau exécutif du lendemain. Plusieurs sources concordantes interrogées par l’AFP y voient plutôt le signe d’une gouvernance jugée « non stabilisée ».
À cette instabilité interne s’ajoutent des différends territoriaux. Le maire de Nice, Éric Ciotti, s’était opposé au printemps à l’installation d’une patinoire provisoire dans le stade de football de sa ville, contraignant les organisateurs à transférer les épreuves de glace initialement prévues à Nice vers Lyon. Le 6 septembre, plusieurs centaines de personnes ont par ailleurs manifesté à Montgenèvre contre le défrichement de plus de cinq hectares de mélèzes destiné à la création de nouvelles pistes de ski.
La prochaine visite du CIO accentue encore la pression. Une délégation du Comité international olympique (CIO) doit se rendre à Lyon du 14 au 16 septembre, pour inspecter les sites devant accueillir les épreuves de glace. Aucun successeur n’est pour l’instant désigné publiquement, même si plusieurs noms circulent en coulisses. L’élu régional Renaud Pfeffer, déjà coprésident du comité des territoires au sein du Cojop, fait partie des figures que l’on dit prêtes à monter en puissance. De quoi transformer le bureau exécutif de ce 10 septembre en tournant décisif pour l’avenir des Jeux d’hiver 2030.





