Un adducteur droit qui lâche six semaines avant l’échéance. Un forfait aux Championnats de France à Saint-Étienne fin juin. Un programme amputé de ses deux distances olympiques, le 200 m et le 400 m quatre nages. Sur le papier, Léon Marchand abordait ces Championnats d’Europe à domicile diminué, presque incertain. Dans le bassin du Centre aquatique olympique de Saint-Denis, il a fait tout l’inverse de ce que son corps laissait présager.
Deux titres individuels, une médaille d’argent et une de bronze en relais : quatre podiums sur les onze glanés par l’équipe de France, qui termine ces Euros à la quatrième place du classement des nations, juste derrière la Russie sous bannière neutre, l’Italie et la Grande-Bretagne. Un bilan à une médaille d’or du podium, porté très largement par un seul homme.
Marchand, l’exception à la règle de la blessure
Le premier sacre tombe ce 15 août, sur 200 m papillon. Une distance où Marchand règne déjà sur le monde, champion olympique à Paris en 2024, mais où il lui manquait encore, curieusement, un titre européen individuel. Chose faite. Le lendemain arrive la performance la plus inattendue de la semaine. Léon Marchand s’aligne pour la première fois de sa carrière sur un 400 m nage libre en grande compétition internationale. Résultat : un départ canon, des coulées qui creusent l’écart à chaque virage, et une victoire en 3’43 »14. De quoi effacer des tablettes le record de France de Yannick Agnel, en place depuis 2011, amélioré de 71 centièmes.
Il devance le Hongrois Oliver Papai et surtout l’Allemand Lukas Märtens, champion olympique en titre et recordman du monde sur la distance. Marchand débarque sur un terrain qu’il ne maîtrise pas encore et bat, dès sa première tentative, le meilleur spécialiste mondial. Sa performance s’inscrit dans une trajectoire assumée. Depuis 2025, le nageur toulousain cherche à sortir de ses spécialités historiques, quitte à multiplier les tentatives hors de sa zone de confort. Le 400 m nage libre de Saint-Denis en devient l’illustration la plus spectaculaire, et un signal envoyé à trois ans de Los Angeles 2028.
Le reste du palmarès personnel de Marchand se construit en équipe. Dès le 10 août, il lance le relais du 4×200 m nage libre avec un premier passage en 1’43 »76, alors meilleure performance mondiale de l’année, offrant aux Bleus une base qui les conduit à l’argent derrière la Grande-Bretagne. Ce 16 août, quelques minutes après son sacre sur 400 m, il enchaîne avec le relais 4×100 m quatre nages : bronze, aux côtés de Maxime Grousset, Carl Aitkaci et Yohann Ndoye Brouard. Deux médailles individuelles, deux collectives : la nuance compte, tant l’image d’un Marchand solitaire aurait été trompeuse.
La France a aussi d’autres bras
Réduire ce bilan français à la seule performance de Marchand serait pourtant une erreur. Mary-Ambre Moluh a décroché son premier titre européen sur 100 m dos, où elle est accompagnée sur le podium par Pauline Mahieu, troisième. Maxime Grousset, lui aussi diminué par une blessure au pied qui l’avait privé des Championnats de France, a tout de même ramené l’argent du 50 m papillon derrière le Russe Egor Kornev.
Les deux locomotives masculines de l’équipe de France arrivaient donc abîmées à ces Euros. Le résultat collectif n’en est que plus solide : onze médailles à Saint-Denis, contre huit aux Mondiaux de Singapour en 2025, pour un nombre de titres égal. La densité progresse, notamment dans les relais, où la France retrouve une capacité à jouer les podiums qu’elle n’avait plus depuis plusieurs années.
L’équation reste fragile. Sur les onze médailles françaises, quatre portent la signature de Marchand, directement ou en relais. À trois ans des Jeux de Los Angeles, la marge de progression du collectif conditionnera la suite. Pour l’heure, Saint-Denis restera dans les mémoires comme le lieu où Léon Marchand, censé être affaibli, a livré l’une des semaines les plus complètes de sa carrière.






