6-3, 1-6, 6-0. Le scénario a de quoi donner le tournis, sauf pour Arthur Fils, qui a fini par écraser sa finale. Ce 23 août à Cincinnati, le Francilien de 22 ans a fait basculer l’histoire du tennis français face à l’Américain Frances Tiafoe, tombeur inattendu de plusieurs cadors sur la route de la finale. Entre le premier set et le troisième, un passage par les vestiaires, un miroir, et une gifle intérieure qui a tout changé.
Depuis la création du tournoi en 1899, seuls quatre Français avaient réussi à inscrire leur nom au palmarès d’un Masters 1000. Guy Forget en 1991, puis plus personne jusqu’à Jo-Wilfried Tsonga à Toronto en 2014. Douze ans d’attente, ponctués de quarts et de demi-finales frustrantes pour toute une génération de joueurs tricolores. Arthur Fils, lui, n’a pas traîné : sa toute première finale à ce niveau s’est soldée par un sacre. À 22 ans, il devient le plus jeune Français de l’histoire à réussir cet exploit.
Un scénario en trois actes
Le match a démarré sur les chapeaux de roues. Trois breaks d’entrée, des frappes lourdes et une confiance affichée : Fils a rapidement mené 3-0 et bouclé la première manche sur trois aces consécutifs. Un début rondement mené, presque trop facile. La suite a pris une tout autre tournure. Tiafoe, double demi-finaliste de l’US Open, a inversé la tendance et corrigé son adversaire 6-1 dans le deuxième set. Le doute s’est invité côté français. Fils l’a reconnu lui-même après coup, évoquant une baisse de concentration sous la pression de l’Américain.
Dans les vestiaires, entre les deux derniers sets, Fils s’est parlé à voix haute devant son miroir, a-t-il raconté après la rencontre. Il s’est remobilisé, se disant qu’en cas de défaite, il ne pourrait de toute façon pas faire pire. Retour sur le court : dernière manche jouée en patron, 6-0, sans donner la moindre miette à un Tiafoe soudainement dépassé.
Un bond au classement avant l’US Open
Ce sacre ne se limite pas à un trophée. Il s’accompagne d’un bond spectaculaire au classement ATP : de la 21e à la 11e place mondiale, Arthur Fils vient toquer à la porte du top 10. Une progression fulgurante, à une semaine tout juste du coup d’envoi de l’US Open, le 30 août à New York. Le contexte lui est favorable. Jannik Sinner, numéro un mondial, est absent du tableau new-yorkais. Carlos Alcaraz, de son côté, revient tout juste d’une longue coupure de plus de quatre mois loin des courts. Un vide s’ouvre en haut de la hiérarchie, et Arthur Fils, porté par sa dynamique new-yorkaise anticipée, entend bien s’y engouffrer.
Un premier Masters 1000 en poche ne garantit rien sur la durée d’un Grand Chelem
La saison du Francilien n’a pourtant pas été un long fleuve tranquille. Une blessure à la hanche l’a privé de Roland-Garros. Wimbledon s’est soldé par une élimination prématurée, dès le deuxième tour. Entre ces deux rendez-vous manqués, il avait déjà remporté l’ATP 500 de Barcelone en avril, et enchaîné les demi-finales en Masters 1000, à Miami puis à Madrid. Cincinnati vient couronner cette progression par étapes, entamée dès le début de la saison. Sur le plan personnel, la victoire a aussi une saveur particulière. Fils a évoqué les sacrifices consentis pour en arriver là, et l’envie immédiate d’appeler sa mère pour partager ce moment. Une émotion brute, loin des discours formatés, qui tranche avec la maîtrise affichée sur le court quelques minutes plus tôt.
La régularité, arme de Fils
Le parcours vers la finale avait d’ailleurs déjà donné le ton. Deux victoires nettes contre des membres du top 10 : l’Australien Alex de Minaur, huitième mondial, écarté en huitièmes, puis l’Italien Flavio Cobolli, récent finaliste de Roland-Garros, battu en demies. Seuls deux sets concédés sur l’ensemble de la semaine, contre le Tchèque Jiri Lehecka au troisième tour et contre Tiafoe en finale. Une régularité qui tranche avec l’image d’un joueur parfois irrégulier, encore taxé d’inconstance en début de saison.
Reste maintenant l’épreuve du feu à Flushing Meadows. Un premier Masters 1000 en poche ne garantit rien sur la durée d’un Grand Chelem, mais il change la donne psychologique. Arthur Fils arrive à New York avec un statut nouveau : celui d’un outsider crédible, capable de battre des membres du top 10 sur la durée d’un tournoi entier. De quoi nourrir, légitimement, de grandes ambitions pour la suite de la saison.





