Tous les ingrédients. Le talent, la fougue, l’excentricité. Paul Pogba a toujours disposé de la panoplie complète pour devenir une icône du football.
Le joueur de 32 ans laissera certes une trace, des trophées dont une Coupe du monde remportée avec l’équipe de France en 2018. Mais surtout beaucoup de regrets. Pour cette carrière, faite de très hauts et de très bas, amputée par un entourage toxique qui l’a poussé dans une chute vertigineuse dont on ne sait pas encore si un athlète peut se relever totalement.
Dès ce week-end, il pourrait donner de premiers éléments de réponse sur son état de forme et retrouver le parfum des terrains, deux ans après son dernier match officiel et la poursuite d’une longue descente aux enfers.
Monaco comme dernière chance
Juin 2025. Au moment de parapher son contrat de deux ans sur le rocher monégasque, propice à la tranquillité d’esprit, Paul Pogba n’arrive pas à contenir ses larmes.
Un joueur en sanglots au moment d’entamer un nouveau chapitre professionnel : l’instant est rare et témoigne des blessures psychologiques qui émaillent la trajectoire du joueur.
« Énormément d’images me sont venues en tête, par rapport à ce que j’ai traversé », confie-t-il dès la seconde d’après comme pour esquisser les clés de compréhension d’une histoire qu’il trimballe avec lui et dont le monde entier a eu écho.
Trois ans plus tôt. En mars 2022, l’international tricolore subit une séquestration et une tentative d’extorsion en bande organisée commanditée par ses amis d’enfance et son frère Mathias.
« Les deux gars ont armé leur fusil et ont braqué leurs armes sur moi en me disant que je devais payer sinon tout le monde serait en danger. Ils m’ont demandé 13 millions d’euros, 3 millions en cash et 10 millions en virement. En étant braqué sous la menace, je leur ai dit que j’allais payer », détaillera-t-il aux enquêteurs de l’Office central de lutte contre le crime organisé.
Son frère Mathias, joueur à la carrière confidentielle aux antipodes de celle de son cadet, a été condamné à trois ans de prison dont deux avec sursis.
« Nous sommes en contact. C’est le lien du sang. Il y a eu une cicatrice, bien sûr. On avance. Il n’y a que le temps qui peut nous donner des réponses. Tout ce qu’on souhaite, c’est d’être toujours unis dans la famille. C’est ça le plus important. C’est dur, bien sûr que c’est très dur, je ne vais pas mentir » précisait Paul Pogba à TF1 il y a quelques mois.
Ces péripéties judiciaires n’ont pas été les seules raisons de la chute de l’ancien cadre de l’équipe de France.
En août 2023, un contrôle antidopage révèle la présence de traces de testostérone dans l’organisme du joueur. Pogba clame son innocence, évoquant un complément alimentaire pris sous les conseils d’un ami médecin à Miami, où il a l’habitude de passer ses vacances. L’entourage, encore et toujours.
Suspendu pour quatre ans, Pogba est mis à la porte par son ancien club, la Juventus Turin.
«Le foot perd un joueur extraordinaire qui était différent de tous les autres » tance son entraineur de l’époque, Massimiliano Allegri, comme on enterre un souvenir.
Jamais résigné, le joueur fera appel du verdict et verra sa suspension réduite, l’occasion de s’offrir un dernier challenge en principauté.
Un corps fragilisé
Mais cette longue mise à l’écart n’est pas sans conséquences. « Il a toujours été au-dessus de la moyenne mais malgré l’entrainement, ne pas se confronter à la compétition pendant une si longue période, ça reste très difficile à pallier » confie à TIME France son ancien préparateur physique personnel, Didier Reiss.
Selon l’expert qui a accompagné Pogba durant ses plus belles années, la corrélation entre l’état psychologique du joueur et son corps est indéniable : « si vous êtes tracassé, vous dormez moins bien. le risque de blessure devient beaucoup plus important » dit-il pour résumer ces dernières années passées plus fréquemment du côté de l’infirmerie.
« Quand il est sur le terrain, je vois quelqu’un d’heureux et focalisé sur le fait de revenir au plus haut niveau. Mon rôle maintenant, c’est de l’aider avec le staff (…) Paul a une grosse force de caractère. Et je pense que la tête contrôle beaucoup de choses » analysait en début de semaine son entraineur, Sébastien Pocognoli, qui pourrait lui accorder quelques minutes ce week-end face à Rennes.
L’occasion pour Paul Pogba de se souvenir, qu’au-delà des sommets et des abysses, le football est un jeu dont il a toujours été l’un des meilleurs ambassadeurs.





