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Martin Fourcade : « Après sa carrière, la chose la plus difficile à trouver est la quête de sens »

Rédacteur en chef
Martin Fourcade, athlète français le plus titré de l'histoire des Jeux. Également membre du CIO et ambassadeur du groupe TCL.
L’ancien biathlète, six fois médaillé d’or aux Jeux Olympiques, est présent aux JO de Milan-Cortina en tant que membre du Comité International Olympique. Rencontre avec une icône dont la voix ne cesse de porter au sein du sport tricolore.

Vous êtes l’athlète français le plus titré de l’histoire des Jeux Olympiques. Que ressentez-vous en vivant ces Jeux de Milan-Cortina sans goûter au parfum de la compétition ?
Le côté athlète ne me manque pas, parce que j’essaie toujours de regarder l’image dans son ensemble. Quand on entre dans un stade olympique et que l’on ressent la ferveur, l’adrénaline, ce sont des moments que j’ai vécus, qui m’ont marqué à vie et que j’adorerais pouvoir revivre. Mais lorsqu’on regarde l’image dans son intégralité, il y a aussi les déplacements, les entraînements, la souffrance. Et cela, je l’ai connu aussi. Quand je regarde ma carrière avec du recul, j’essaie donc de ne pas seulement retenir ce qui m’arrangerait et qui me ferait regretter de ne plus être sur la ligne de départ.
Pendant ces Jeux, j’aurai aussi le bonheur de recevoir une médaille. C’est un sentiment un peu étrange, parce que pour le coup, je ne me sens plus vraiment athlète.
À l’inverse, j’ai la prétention de pouvoir dire que je me sens encore un peu dans mon univers, celui des sports d’hiver. J’ai donc le plaisir d’être présent à la fois pour observer, dans le cadre de mes missions pour le CIO, et aussi pour contribuer, en recevant une médaille lors de ces Jeux.

Cinq ans après l’arrêt de votre carrière, de quoi se compose votre quotidien ?
Il se répartit en trois grandes activités. La première est au service du mouvement olympique, en tant que membre du CIO et de la commission des athlètes. La seconde concerne une agence événementielle que j’ai créée en 2019, avec notamment l’organisation de mon festival à Annecy, et qui se déploie aujourd’hui plus largement dans l’événementiel lié aux sports d’hiver.
Enfin, la troisième activité est celle que j’ai eu la chance de construire avec mes partenaires tout au long de mon parcours, et que je prolonge aujourd’hui dans mon après-carrière, à travers des prises de parole à leurs côtés.

« Il est extrêmement difficile de retrouver quelque chose qui vous anime autant qu’une carrière de sportif de haut niveau »

Avez-vous trouvé votre équilibre dans cette nouvelle vie ?
Pour ce qui est de l’équilibre, j’aimerais vous dire que tout est simple. J’ai eu la chance de vivre une très belle transition, avec des projets extrêmement riches : l’organisation de mon festival, mais aussi un projet de théâtre dans lequel je me suis lancé pendant un peu plus d’un an. J’ai également la chance d’avoir une vie familiale très épanouie, avec ma compagne et mes trois enfants, et d’habiter dans un cadre de vie qui me permet de me réaliser à travers des activités sportives occupant une grande place dans mon quotidien, parce que j’adore cela.
Lorsqu’on arrête une carrière de sportif de haut niveau, la chose la plus difficile à trouver, c’est la quête de sens.
De mes 15 à 35 ans, j’ai poursuivi le rêve de ma vie. Quand on arrête et que l’on se lance dans d’autres activités, on peut s’épanouir, mais il est extrêmement difficile de retrouver quelque chose qui vous anime autant qu’une carrière de sportif de haut niveau.
Le véritable défi est là : se poser sans cesse la question « qu’est-ce que je veux faire demain ? ». C’est une question que l’on ne se pose pas quand on est athlète. On ne se demande pas ce que l’on va faire le lendemain, on le sait. Cette réflexion devient quelque chose à construire lorsque l’on met fin à sa carrière.

De nombreuses secousses touchent l’organisation des JO 2030 en France. Était-ce le bon choix de ne pas s’engager davantage dans ce projet ?
Je crois que le choix de ne pas m’engager était le bon, parce que le projet ne correspondait pas à mes aspirations. Cela a été une décision à la fois très difficile, car cela revenait à renoncer à un projet porteur de sens pour moi, et en même temps assez simple, parce que je suis quelqu’un d’entier et que je ne m’imaginais pas m’investir pleinement pendant quatre ans sur un projet qui ne m’animait pas au plus haut point.
Aujourd’hui, quelle que soit ma position dans ce projet, je n’ai qu’une envie : qu’il réussisse. Je suis passionné de sports d’hiver, passionné d’olympisme, mais aussi profondément attaché à la montagne, qui est mon lieu de vie et d’épanouissement. Voir ces futurs Jeux rencontrer des difficultés n’est en aucun cas une source de satisfaction, bien au contraire.
Mon souhait est que ce projet révèle tout son potentiel et permette à la France d’organiser des Jeux d’hiver en 2030 à la fois magnifiques pour les athlètes et porteurs de sens pour nos montagnes et pour les sports d’hiver en général.

 

« J’ai deux petites filles inscrites dans un club de ski, et naturellement, on est très attentif lorsqu’on confie ses enfants à ce type de structure »

Les derniers mois ont été mouvementés avec les affaires Joël Chenal et Julia Simon, qui ont terni l’image du ski français. Comment l’avez-vous vécu ?
Cela a effectivement été une période compliquée pour le ski français. Ce sont des affaires que l’on préférerait ne jamais avoir à vivre. Malheureusement, les sports d’hiver ne sont pas dissociés de la vie réelle : dans tous les secteurs, des situations difficiles peuvent survenir. Ce qui est encore plus compliqué, c’est lorsque cela touche des personnes que l’on connaît, que l’on a côtoyées. Il peut y avoir une forme de dissonance entre ce que l’on entend et ce que l’on a l’impression de vivre sur le terrain, ce qui génère parfois de la frustration. Il est toutefois essentiel de distinguer ces deux sujets très différents qui ne doivent absolument pas être mis dans le même panier. Concernant les violences sexistes et sexuelles, il était indispensable que la Fédération se renforce sur ces questions, ce qu’elle a fait, car ce sont des situations qui ne doivent jamais exister.
J’ai deux petites filles inscrites dans un club de ski, et naturellement, on est très attentif lorsqu’on confie ses enfants à ce type de structures. Tout au long de ma carrière, je me suis senti en confiance en tant qu’homme, et c’est là toute la différence. Il faut absolument continuer dans ce sens afin que ces espaces restent des lieux d’épanouissement, et non des lieux de danger.


« Il faut que les Jeux s’adaptent aux territoires, et non l’inverse »

Les températures à Cortina ont augmenté de 14 °C depuis les derniers JO organisés sur place en 1956. Faut-il craindre pour l’avenir des Jeux d’Hiver ?
C’est un sujet dont on parle au quotidien, car il est évident que les sports d’hiver sont bien plus impactés par le réchauffement climatique que de nombreuses autres activités. Nous évoluons sur des disciplines qui existent en dessous de zéro degré et disparaissent au-dessus. C’est une énorme responsabilité, mais aussi une formidable opportunité pour être moteurs sur ces enjeux et d’inventer le monde de demain. Nous devons aller beaucoup plus loin que ce qui est fait aujourd’hui.
Des pistes d’innovation émergent. Lors de ces Jeux, le biathlon se déroule pour la première fois de l’histoire des Jeux d’hiver sur un site traditionnel de Coupe du monde. Ce sera également le cas pour les Jeux des Alpes françaises en 2030 et pour ceux de l’Utah en 2034. Le CIO est extrêmement actif sur ces thématiques et ne souhaite plus construire systématiquement de nouvelles infrastructures, mais plutôt penser les Jeux à partir d’équipements existants. C’est un virage majeur par rapport aux éditions précédentes. Plusieurs pistes sont à l’étude, notamment celle de sites qui pourraient être utilisés d’une édition à l’autre.
Il faut que les Jeux s’adaptent aux territoires, et non l’inverse. Je pratique le ski de fond depuis l’âge de trois ans, je skie au quotidien sans utiliser de neige artificielle. J’imagine de très beaux Jeux olympiques d’hiver dans le futur, à condition d’être plus agile, plus léger et extrêmement cohérent dans nos choix, nos décisions et dans la vision que nous aurons des Jeux de demain.

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