Il faut se lever de bonne heure pour suivre le fil de la carrière de Lucas Pinheiro Braathen.
Après avoir été sacré champion du monde de slalom en 2023 en représentant la Norvège, pays de son père, il a fait une pause d’un an puis est revenu sous les couleurs du Brésil, pays de sa mère, à qui il a offert la première victoire en Coupe du monde de son histoire il y a tout juste un mois. L’occasion d’échanger avec un phénomène iconoclaste qui arrive aux Jeux olympiques de Cortina (du 6 au 22 février) mieux armé que jamais.
Vous êtes ambassadeur de l’enseigne Moncler qui vous habillera également avec le Brésil lors des JO de Cortina. Dans quelle mesure l’esthétique compte pour vous ?
L’esthétique est très importante pour moi car cela représente une forme d’expression personnelle. C’est évidemment à travers mes performances sportives que je fais mes preuves, mais l’esthétique me permet de montrer comment j’y suis parvenu. Travailler avec Moncler me permet d’aligner mes performances sur mon identité : ce que je porte fait partie intégrante de mon histoire.
Avoir du style, cela a une importance sur la piste ?
Sur les pistes, le style commence par la façon dont vous vous déplacez. La technique, la fluidité, la confiance en soi : ces éléments constituent vraiment le style. Les vêtements ajoutent une dimension supplémentaire pour exprimer notre personnalité, mais tout commence toujours par l’essence même du ski.

Vous avez déjà défilé pour une Fashion Week. Votre fibre artistique détonne dans le milieu du ski, vous sentez-vous différent ?
J’ai toujours eu le sentiment d’appartenir à plusieurs mondes. Le ski est mon socle, mais c’est certain que la créativité fait partie intégrante de mon ADN. Je ne cherche pas à être différent, mais simplement le plus authentique possible.
Si cela me permet de me démarquer, je prends cela comme un signe que le fait d’être fidèle à soi-même trouve un certain écho.
« J’ai commencé par le football, comme la plupart des enfants brésiliens. Le ski n’a pas été un coup de foudre pour moi »
Lorsqu’on est skieur professionnel, a-t-on certains rituels avant une course ?
C’est assez simple. Je me concentre sur ma respiration, je visualise la descente et je me connecte à un espace intérieur qui se doit d’être calme. Je n’ai pas de superstitions particulières, juste de la clarté, de l’intention et une présence.
À quoi pensez-vous dans un portillon de départ ?
Sur la ligne de départ, je suis pleinement ancré dans le moment : pas de passé, pas d’avenir, juste l’instant présent et la montagne. C’est là que je me sens le plus vivant. Je dirais même qu’il s’agit d’un moment où je tente de dépasser mon état cognitif, de laisser mon intuition me guider.
Votre soirée classique la veille d’une course ?
J’assiste toujours au tirage au sort des dossards, un événement qui permet aux fans venus de loin de voir quels numéros les quinze meilleurs athlètes ont tirés pour la course du lendemain. J’essaie toujours de puiser dans cette énergie et de la transmettre à la montagne le lendemain, avec pour objectif d’offrir un spectacle mémorable.
Comment le ski est venu à vous ?
En fait, j’ai commencé par le football, comme la plupart des enfants brésiliens. Le ski n’a pas été un coup de foudre pour moi. Mais en grandissant, j’ai découvert que la montagne me procurait un tel sentiment de liberté qui me touchait profondément. C’est à ce moment-là que le ski est devenu ma véritable voie.
Vous êtes le premier Brésilien à avoir remporté une course de la Coupe du monde de ski. Que cela signifie-t-il ?
Cela montre qu’on peut redéfinir ce qui est possible. Pour moi, il ne s’agit pas seulement de battre un record, mais d’ouvrir des portes à ceux qui ne se reconnaissent pas dans un sport comme celui-ci.
Vous êtes conscient d’être un peu un ovni dans un pays où le foot est roi…
Le Brésil est synonyme de passion, de rythme et d’identité. Je porte cette énergie en moi dans tout ce que je fais, même si mon terrain est recouvert de neige plutôt que d’herbe.
« Le Brésil a produit des icônes qui ont façonné la façon dont le monde perçoit le sport »
Quels athlètes brésiliens avez-vous comme modèles ?
Le Brésil a produit des icônes qui ont façonné la façon dont le monde perçoit le sport. Ronaldinho et Ronaldo nous ont appris que la créativité et la joie peuvent redéfinir tout un sport. Ayrton Senna reste un symbole de détermination, de précision et de cœur.
Et des athlètes comme Rayssa Leal inspirent une nouvelle génération par leur authenticité et leur intrépidité.
Votre autre sport de prédilection et le club que vous supportez ?
J’adore le football, c’est dans notre ADN au Brésil. Et en tant que Paulista, je soutiens évidemment l’équipe de São Paulo.
En Europe, j’ai toujours pas mal suivi Manchester United. Mais plus que les clubs, je suis attiré par les joueurs qui font preuve de créativité et de courage sur le terrain.
Quand vous n’êtes pas sur les skis, de quoi se compose votre quotidien ?
J’explore. J’étudie, je crée, je voyage, je rencontre des gens, je me plonge dans différentes cultures. La curiosité me fait avancer. J’apprends sans cesse, sur moi-même et sur le monde.
L’autre métier que vous auriez pu faire ?
Une carrière créative, sans aucun doute : le design, la photographie ou tout autre domaine qui me permette de raconter des histoires de manière visuelle. J’ai toujours été attiré par le croisement entre le sport, l’art et la culture.
Vous avez remporté la coupe du monde de slalom en 2023. Quel est votre prochain rêve à accomplir ?
Mon rêve est de continuer à évoluer, sur les pistes et en dehors. Et bien sûr, les Jeux olympiques sont un objectif majeur pour moi. Mais au-delà des résultats, ce qui me motive, c’est de construire quelque chose de significatif qui dure plus longtemps que n’importe quelle saison.

Ce que vous aurez forcément dans votre valise pour les JO de Cortina ?
L’essentiel : ma concentration, ma gratitude et quelques objets qui me permettent de rester en contact avec moi-même.
Dans dix ans, on vous croisera où en dehors des pistes ?
En train de créer. À la tête de ma fondation. Imaginer des ponts entre le sport, la culture et participer à l’émancipation des jeunes. Je veux continuer à inspirer les gens à s’accepter tels qu’ils sont, peu importe où cela me mène.





