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FIFA : la menace de boycott de l’UEFA embrase le football mondial

Le président de la FIFA, Gianni Infantino, et le président de l'UEFA, Aleksander Ceferin, échangent des cadeaux lors du 50e congrès ordinaire de l'UEFA, qui s'est tenu au Brussels Expo le 12 février 2026, à Bruxelles, en Belgique (Crédits : Kristian Skeie - UEFA/UEFA via Getty Images)
L’UEFA et ses 55 fédérations refuseront de participer aux compétitions de la FIFA tant que son projet d’ouverture aux investisseurs privés ne sera pas abandonné. La CONCACAF et la Confédération asiatique ont également pris position contre cette réforme contestée.

« La Coupe du monde n’est pas à vendre. » Tel est le credo des opposants auxquels se confronte, depuis le 30 juillet, la Fédération internationale de football association (FIFA). Les 55 fédérations membres de l’UEFA ont décidé à l’unanimité de boycotter l’ensemble des compétitions organisées par l’instance mondiale tant que celle-ci maintiendra son projet financier contesté.

Deux jours plus tôt, le président de la FIFA, Gianni Infantino, avait annoncé son intention d’ouvrir à des investisseurs privés le capital d’une nouvelle filiale regroupant les activités commerciales de l’organisation. Une annonce qui a suscité le carton rouge du Vieux Continent.

« L’UEFA et ses 55 associations membres ne font qu’un. Nous rejetons unanimement et sans équivoque la proposition de la FIFA de transférer des participations dans la Coupe du monde et les autres compétitions de la FIFA à des investisseurs privés », écrit l’instance européenne dans son communiqué du 30 juillet.

Cette fronde sans précédent contre la direction de la FIFA pourrait fortement perturber les prochains tournois internationaux, dont la Coupe du monde féminine organisée au Brésil en 2027. Elle place surtout Gianni Infantino sous une pression croissante, alors que ses liens étroits avec Donald Trump suscitent déjà de nombreuses critiques.

Le groupe d’investisseurs pressenti serait mené par Thrive Eternal, un véhicule piloté par Thrive Capital, société fondée par Joshua Kushner. Celui-ci est le frère de Jared Kushner, gendre du président américain. Cette proximité politique alimente les interrogations sur le projet et sur les conditions dans lesquelles il a été élaboré, sans toutefois permettre d’établir l’existence de faits de corruption.

La « FIFA Forward Enterprise » au centre du terrain

Au cœur de la tempête se trouve un projet de restructuration financière d’une ampleur inédite. La FIFA envisage de créer une filiale baptisée « FIFA Forward Enterprise » (FFE), qui regrouperait ses droits commerciaux et l’organisation opérationnelle de ses tournois : diffusion, sponsoring, billetterie et octroi de licences.

Valorisé à 20 milliards de dollars, le projet prévoit de céder à des investisseurs extérieurs une participation minoritaire et non décisionnaire pouvant atteindre 20 %. L’opération pourrait rapporter jusqu’à 4,2 milliards de dollars à la FIFA dès 2026. L’instance assure qu’elle conserverait le contrôle de la filiale ainsi que l’intégralité de ses prérogatives sportives et réglementaires.

Pour convaincre ses 211 fédérations membres, Gianni Infantino a avancé une promesse financière considérable. Chaque association pourrait accéder à une enveloppe exceptionnelle et facultative pouvant atteindre 20 millions de dollars pour des projets spécifiques. Les financements du programme FIFA Forward passeraient parallèlement de 8 à 20 millions de dollars par fédération sur la période 2027-2030.

Selon la FIFA, cette nouvelle structure permettrait de porter à plus de 10 milliards de dollars les sommes consacrées au développement du football mondial au cours des quatre prochaines années. Son adoption reste soumise au soutien d’une majorité des fédérations membres et à l’approbation du Conseil de la FIFA. L’instance précise également que les investisseurs n’exerceraient aucun rôle opérationnel.

La fronde dépasse l’Europe

La manœuvre de Gianni Infantino a déclenché une contestation qui dépasse désormais largement les frontières européennes. Après l’UEFA, la CONCACAF, qui rassemble 41 fédérations d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes, a rejeté la proposition. Elle a notamment dénoncé l’absence de procédure régulière et le délai extrêmement court imposé par la FIFA. Contrairement à l’UEFA, elle n’a cependant pas annoncé de boycott.

La Confédération asiatique de football (AFC) et ses 47 membres ont ensuite exprimé leur solidarité avec l’UEFA et la CONCACAF. L’organisation estime que le projet ne peut plus réunir le consensus nécessaire au football mondial et pointe les « faiblesses fondamentales » des processus de consultation et de décision de la FIFA.

L’AFC appelle désormais l’instance à revoir son cadre de gouvernance et veut faire de cette crise le point de départ d’une réforme institutionnelle. Elle n’est toutefois pas allée jusqu’à menacer, elle non plus, de boycotter les compétitions internationales.

La Confédération africaine de football (CAF) et la Confédération océanienne (OFC) ont adopté une position plus prudente : elles doivent encore examiner le projet au sein de leurs comités exécutifs. La CONMEBOL, qui représente l’Amérique du Sud, n’a pas exprimé d’opposition comparable à ce stade.

La contestation touche également l’entourage direct de Gianni Infantino. Carlos Cordeiro, conseiller principal du président de la FIFA, a annoncé le 31 juillet sa démission immédiate. Cet ancien banquier de Goldman Sachs décrit le projet comme « une mauvaise affaire pour le football » et estime que la FIFA hypothèque son avenir sans justification convaincante.

Une fronde politique, mais surtout éthique

Au-delà des flux de capitaux, c’est une bataille sur la gouvernance du sport qui se joue. Pour l’UEFA, l’arrivée d’investisseurs privés au capital des compétitions soumettrait les décisions stratégiques à une pression financière permanente. Le calendrier international, le format des tournois et leur organisation pourraient alors être influencés par les attentes des actionnaires plutôt que par les seuls intérêts sportifs.

« Personne n’a le droit de vendre notre sport », a réagi Sepp Blatter, prédécesseur d’Infantino à la tête de la FIFA, en dénonçant cette évolution financière.

Cette logique suscite également une forte réprobation politique. Le Premier ministre britannique, Andy Burnham, a affirmé que la Coupe du monde n’était pas un produit d’investissement, mais un patrimoine collectif appartenant avant tout aux supporters. De son côté, le commissaire européen aux Sports, Glenn Micallef, a salué la position de l’UEFA en faveur de l’intégrité du jeu.

La FIFA réfute toutefois l’idée d’une privatisation du football. « Personne ne vend le football. Ce n’est pas quelque chose que la FIFA envisagerait », a-t-elle répondu le 31 juillet. L’instance assure qu’elle ne lancera pas la nouvelle structure sans l’accord d’une majorité de ses 211 membres et entend poursuivre le processus de consultation.

Cet argumentaire peine néanmoins à calmer la contestation. L’échéance fixée au 19 septembre pour se prononcer sur le projet est dénoncée par l’UEFA comme une forme de « gouvernance par l’intimidation ». La FIFA estime, au contraire, que chaque fédération doit pouvoir étudier la proposition et décider librement de son avenir.

À l’approche de l’élection présidentielle de la FIFA, prévue le 18 mars 2027 à Rabat, cette crise fragilise Gianni Infantino, dont la réélection semblait jusqu’ici presque acquise. Football Supporters Europe, organisation représentant des associations de supporters européens, a appelé à son départ en publiant le message « Game over, Gianni » accompagné du mot-dièse #InfantinOUT.

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