Le joueur de tennis australien Nick Kyrgios est venu à bout de la numéro 1 mondiale Aryna Sabalenka (6-3 6-3) dans un match d’exhibition à Dubaï qui tentait de remettre au goût du jour l’affrontement homme-femme, avec nettement moins d’enjeux que par le passé.

Les remakes ne sont pas toujours du meilleur goût. Hier, de nombreux amateurs de tennis ont déchanté en découvrant les contours de la rencontre opposant Nick Kyrgios, à la numéro 1 du circuit féminin, Aryna Sabalenka.
Dans cette exhibition organisée à Dubaï par une agence qui représente les deux joueurs, les règles avaient été modifiées : un seul service par joueur et un court légèrement plus petit, de 9 %, pour Sabalenka. « Ce n’est pas parce que le court sera plus court qu’il va frapper plus fort, et moi je serai toujours en mode attaque. J’ai aussi un bon toucher et une cible plus large pour tenter des choses amusantes », avait prévenu la joueuse avant la rencontre, en vain.
« J’ai dû m’accrocher, honnêtement. Elle mettait la pression et réalisait des coups incroyables. J’aimerais beaucoup rejouer contre elle pour montrer son talent et aussi ce qu’il me reste dans le ventre. C’est vraiment un spectacle. Et je pense que c’est un grand pas en avant pour le tennis », a estimé le vainqueur du jour, Nick Kyrgios, adepte des exhibitions et qui, en raison de multiples blessures, végète à la 673ᵉ place du classement ATP, à des années-lumière de son rang de finaliste de Wimbledon en 2022.
Ce match de pur divertissement qui s’est joué devant 17 000 spectateurs n’avait donc rien à voir en termes d’enjeux sociétaux avec la « Bataille des Sexes » de 1973 où Billie Jean King était venue à bout de l’ancien numéro 1 mondial, Bobby Riggs qui affirmait que le tennis féminin était inférieur au tennis masculin. « La seule similitude, c’est qu’un homme affronte une femme. Notre match avait pour objectif le changement social, ce qui n’est pas le cas-là », avait récemment fustigé Billie Jean King auprès de la BBC.
La joueuse avait accepté le challenge à l’époque lancé par le joueur américain afin de faire évoluer les mentalités dans le sport et reconsidérer la place des femmes dans le tennis.

La « bataille des Sexes » de 1973, un vrai enjeu sociétal

« Aucune joueuse en activité ne pourrait jamais venir à bout d’un retraité », assurait alors Bobby Riggs, après avoir mis un terme à sa carrière en 1969.
L’Australienne Margaret Court fut la première à le prendre au mot et à relever le défi, en mai 1973 à l’occasion de la fête des mères. Riggs l’emporta aisément 6-2, 6-1 lors d’un match qu’il surnomma aussitôt le « massacre de la fête des mères ». Mais quelques mois après la défaite de Margaret Court, l’Américaine Billie Jean King mit Riggs à terre 6-4, 6-3, 6-3 lors de cette célèbre « Bataille des Sexes » de l’histoire du tennis.
Disputée à Houston devant 30 000 personnes et suivie par plus de 90 millions de téléspectateurs, la rencontre du 20 septembre 1973 est un énorme coup de projecteur pour les joueuses, qui réclament d’obtenir les mêmes gains que leurs homologues masculins.
« Plus que pour la gloire, il était important de le battre pour le changement social et pour la façon dont le public et le sport voyaient les joueuses », précisait Billie Jean King, qui s’érige en symbole de la parité dans son sport.
Cette rencontre historique à plusieurs égards donnera également naissance à un film « Battle of the Sexes », sorti en 2017 avec Emma Stone dans le rôle de Billie Jean King et Steve Carell dans celui de Riggs.

Une bataille rejouée plusieurs fois à des fins lucratives

Après ce match historique, un autre affrontement du même ordre aura lieu 19 ans plus tard, en septembre 1992 entre l’Américain Jimmy Connors (40 ans) et l’ex-numéro 1 mondiale, Martina Navratilova (35 ans). On parle alors de la « bataille des champions » pour qualifier ce remake qui s’avère surtout juteux avec un chèque de 500 000 dollars promis au vainqueur. Le joueur aux huit titres du Grand Chelem l’emportera 7-5 6-2.

Pour cette édition 2025 de la bataille des sexes à Dubaï, les montants des gains promis aux joueurs n’ont pas été communiqués mais ils devraient culminer à des niveaux forcément très élevés. Assez, pour convaincre les deux protagonistes de prendre part à un tel show alors que de nombreuses voix s’élèvent dans le tennis pour fustiger un calendrier déjà saturé pour des joueurs qui, paradoxalement, sont peu nombreux à rechigner à des exhibitions supplémentaires. Comme si l’appât du gain était devenu l’un des principaux moteurs du circuit. Une autre époque.