Le visage reposé, sa fille Sasha sur les genoux qui boit ses paroles pendant notre échange.
Présente aux Étoiles du sport au Club Med de Tignes, la Vice-championne olympique de pentathlon moderne aux Jeux de Rio en 2016 et de Paris en 2024, Élodie Clouvel dévoile les contours de sa nouvelle vie, dans laquelle elle s’épanouit entre son rôle de mère et l’exigence des entraînements.
Devenir mère au cours de votre carrière a-t-il été un questionnement ?
C’était une volonté. J’avais envie d’avoir un enfant pendant ma carrière.
Après les JO de Tokyo, j’ai essayé, mais ce n’était pas le bon moment, ça ne s’est pas goupillé comme on l’aurait voulu, et je l’ai interprété comme un signe. Ma grossesse est arrivée deux semaines après ma médaille aux Jeux de Paris, donc tout s’est parfaitement aligné.
Aujourd’hui, avec un enfant, j’ai décidé de continuer ma carrière car j’ai encore la flamme, et ce que je fais m’anime.
Assez pour rêver d’une nouvelle médaille aux Jeux de Los Angeles.
La maternité change beaucoup de choses. Comment conciliez-vous vos deux programmes ?
Il y a une nouvelle énergie qui, même avec la fatigue, me porte.
Certes, il y a des nuits plus hachées que d’autres et beaucoup de nouvelles choses à gérer, mais paradoxalement, c’est une force supplémentaire. Avec un bon équilibre et une bonne organisation, je sens vraiment que cela peut m’apporter de la puissance dans ma pratique sportive.
J’ai fait le deuil de la Élodie d’avant. C’est une reconstruction, avec un nouveau corps, une nouvelle dynamique, car ma fille fait désormais partie de mon équipe. Nous faisons équipe à trois (avec son compagnon, le pentathlète Valentin Belaud).
«Je ne savais pas si l’envie de reprendre serait intacte après la maternité »
Aviez-vous une appréhension face au challenge de cette nouvelle vie ?
Il y a eu des questionnements, car on se demande : « Est-ce que je vais y arriver ? », surtout que tout cela est arrivé au moment où une nouvelle discipline, l’obstacle, entrait dans mon sport.
Pour être tout à fait honnête, je ne savais pas si l’envie de reprendre serait intacte après la maternité.

En tant qu’athlète de haut-niveau, vous a-t-on déjà fait ressentir qu’il serait plus opportun d’avoir un enfant après votre carrière ?
Non, et je remercie les précurseuses qui ont ouvert la voie, car j’ai l’impression que nous sommes mieux entendues et écoutées aujourd’hui.
Une véritable cellule maternité s’est mise en place autour de moi ; j’ai reçu beaucoup de soutien de ma Fédération, où tout le monde a été très compréhensif.
C’est une première en France dans mon sport, donc j’espère que cela inspirera d’autres athlètes, qui réaliseront qu’être maman tout en poursuivant une carrière sportive est possible. Mon quotidien est facilité car je dépose ma fille à la crèche de l’INSEP, puis je file m’entraîner en essayant d’être la plus efficace possible.
Vos entraînements ont-ils évolué ?
Les séances sont un peu moins longues, j’y vais progressivement. Jusqu’ici, je ne m’entraînais que le matin pendant les premières semaines, et à partir de janvier, je vais reprendre deux entraînements par jour. Je ne voulais absolument pas me blesser, l’idée est vraiment de faire un travail sur mesure pour mieux monter en puissance.
« On doit retrouver son corps au plus vite, car c’est notre outil de travail »
Comment gérez-vous le sommeil, qui peut être plus fluctuant avec un enfant en bas âge ?
Ma fille a six mois, elle commence à mieux dormir. Il y a encore des nuits plus compliquées, mais avec deux tasses de café, tout passe (rires). Je suis persuadée que l’état d’esprit qu’on décide d’adopter change totalement la donne.
Il y a beaucoup d’autres femmes qui ont des responsabilités et qui réussissent à tout mener de front.
Vous pensez à certaines en particulier ?
Clarisse Agbegnenou m’a beaucoup inspirée, tout comme de nombreuses actrices devenues mères qui ont poursuivi leur carrière. La mannequin Constance Jablonski a repris ses activités avec deux enfants, et cela se passe très bien.
Je crois sincèrement que lorsqu’on est déterminée et bien accompagnée, on peut tout faire.
En tant qu’athlète, on doit retrouver son corps au plus vite, car c’est notre outil de travail, mais toutes les femmes qui excellent dans de nombreux domaines sont, elles aussi, de vraies Wonder Women.





