101 titres méritent bien un décor à la hauteur de la performance.
Le 10 novembre, au lendemain de sa victoire au tournoi d’Athènes, le joueur serbe a publié une photo sur son compte Instagram, entouré de dalmatiens, au pied de l’Acropole. « Je ne pouvais pas fêter la 101ème sans quelques dalmatiens » a-t-il glissé en légende de cette image, sans doute réalisée avec l’aide de l’intelligence artificielle.
Ce qui n’est pas de l’ordre de l’artifice, c’est bien la performance proposée par le joueur serbe ces derniers jours, qui se rapproche un peu plus des 103 titres glanés par Roger Federer et des 109 détenus par Jimmy Connors.
Après un combat à haute intensité face à l’Italien Lorenzo Musetti, « Nole » a fini par déchirer son polo avec la rage de vaincre d’un jeune premier comme pour revendiquer sa puissance.
Avec ce nouveau trophée, il est devenu à trente-huit ans et cinq mois, le vainqueur de tournoi le plus âgé depuis Ken Rosewall, 43 ans lorsqu’il a remporté le tournoi de Hong Kong en 1977.
« Tournoi après tournoi, Novak continue de progresser » Stan Wawrinka
Djokovic, qui a pris l’habitude depuis une vingtaine d’années sur le circuit d’écœurer ses adversaires par sa résilience hors-norme, semblait souffrir ces derniers mois d’une panne sèche de victoires notamment lors des grands rendez-vous.
Avec un dernier succès en grand chelem lors de l’US Open 2023 et une médaille d’or aux Jeux Olympiques de Paris 2024, « Nole » s’est depuis contenté de victoires moins signifiantes comme à Genève (ATP 250) au printemps dernier. « Remporter des matchs en cinq sets va devenir de plus en plus compliqué mais en adaptant son agenda comme il le fait, il a toujours une chance » prédit l’ancien joueur Mansour Bahrami, admirateur de sa longévité.
Le joueur serbe semble surtout accuser le coup face à la fougue et la force de frappe de la nouvelle génération du circuit incarnée par l’Italien Jannik Sinner et l’Espagnol Carlos Alcaraz dont les batailles de haute volée font frissonner le monde du tennis et auxquelles le Serbe n’est plus que très rarement convié lors des finales. Les signes d’un déclin naturel ?
« Chaque année va probablement réduire ses possibilités mais il est extraordinaire, capable de surprendre énormément de monde. Il gère parfaitement son corps. Son problème essentiel, c’est Sinner et Alcaraz, comme pour tous les autres joueurs », confie à TIME France Emmanuel Planque, coach du Français Giovanni Mpetshi Perricard qui perçoit peut-être une once de lassitude chez la légende qui a empilé les années au sommet : « La vie sur le circuit demande une exigence de tous les instants. Une minutie, un rythme monacal, des efforts répétés physiquement, en termes d’alimentation et de récupération, avec une forme d’égoïsme puisqu’on passe moins de moments en famille », analyse le coach.
« Novak a remporté tout ce qu’il était possible de gagner, et plus encore. Saison après saison, tournoi après tournoi, il continue de progresser. Pour moi, il n’y a aucun débat », confiait la semaine dernière, le joueur suisse Stan Wawrinka, lui aussi devenu un vétéran du circuit du haut de ses 40 ans.
« Je pense avoir mérité de jouer aussi longtemps que je le souhaite », a martelé le principal intéressé en marge de son épopée à Athènes, sa nouvelle ville d’adoption.
Impliqué sur d’autres terrains
C’est là-bas que le joueur est parti s’installer en famille ces derniers mois. Après avoir soutenu les manifestations d’étudiants contre la corruption du gouvernement du président serbe, Aleksandar Vucic, Novak Djokovic est tombé en disgrâce dans son pays dont il a toujours été un ambassadeur de premier plan. Véritable légende nationale pour la Serbie où il a implanté sa fondation qui vient en aide aux enfants défavorisés, il a découvert ces derniers mois un nouveau statut, celui de paria pour certains médias locaux qui soutiennent le pouvoir en place. « Je suis à côté des jeunes et du peuple, je n’éprouve que de la sympathie pour ceux qui manifestent », précisait-il en juillet dernier.
La parole d’un homme libre et dont l’aura internationale ne lui impose aucun compromis dans ses prises de parole.
En 2020, il avait refusé de se faire vacciner lors de la pandémie de Covid-19 puis trois ans plus tard, avait pris position en faveur du Kosovo en écrivant sur une caméra du court Philippe Chatrier à Roland Garros : « Le Kosovo est le cœur de la Serbie ! Arrêtez la violence » alors que le nord du pays était sujet à des affrontements entre manifestants serbes et force internationale soutenue par l’OTAN. « Je suis le fils d’un homme né au Kosovo et une personnalité publique, j’ai une responsabilité supplémentaire et le besoin de donner mon soutien à toute la Serbie », avait-il précisé.
Ce qui n’avait pas manqué de donner quelques sueurs froides à la ministre des Sports de l’époque, Amélie Oudéa-Castera, qui avait jugé cette prise de position « pas appropriée », précisant «qu’il ne fallait pas que cela recommence ». Fermez la parenthèse.
Un avenir en politique ?
Djokovic, l’homme libre, a donc déménagé avec son épouse et ses deux enfants dans la capitale grecque, délocalisé le tournoi organisé auparavant à Belgrade et dirigé par son frère Djordje.
« Il est parti en Grèce à cause de ses convictions et a tout bouleversé dans sa vie. Il faut donc respecter cela d’une manière ou d’une autre. Et cela explique sans doute en grande partie pourquoi il a pu faire ce qu’il a fait pendant si longtemps », déclarait récemment l’ex-joueur américain, Andy Roddick.
À 38 ans, alors qu’il lui sera de plus en plus difficile d’aller chercher un 25ème titre du Grand Chelem, faut-il déceler dans ses prises de position une envie de s’investir en politique dans cette autre vie qui se rapproche ?
« Il a fait connaître la Serbie dans le monde entier. S’il veut devenir président de la Serbie, il n’aura aucun problème », prédit Mansour Bahrami. « La politique ça l’intéresse, il ne se ferme aucune porte mais ce temps-là n’est pas encore venu », souffle l’un de ses proches. Une fois encore, la balle est dans son camp.





