458, c’est le score obtenu par les élèves français de 15 ans en mathématiques dans la dernière enquête PISA de l’OCDE, publiée ce 8 septembre. Seize points de moins qu’en 2022. Trente-sept de moins qu’en 2018. Un chiffre qui résume, à lui seul, vingt ans de recul du niveau scolaire hexagonal, et une tendance qui dépasse largement les frontières françaises. Menée en 2025 auprès de plus de 760 000 adolescents dans 91 pays et économies, l’enquête PISA n’évalue pas directement la maîtrise des programmes scolaires. Elle mesure la capacité des jeunes de 15 ans à mobiliser leurs connaissances face à des situations concrètes. Une manière, pour l’OCDE, de photographier non pas seulement ce que les élèves savent, mais ce qu’ils savent en faire.
Le verdict 2025 est sans appel. En sciences, en mathématiques et en compréhension de l’écrit, les moyennes françaises et celles de l’ensemble de l’OCDE figurent parmi les plus faibles enregistrées par l’enquête. En France, les résultats en sciences restent toutefois statistiquement stables par rapport à 2022. Eric Charbonnier, analyste à la direction de l’éducation de l’OCDE, rappelle dans Le Monde que la chute entre 2018 et 2022 avait été en partie expliquée par la crise sanitaire. « Cette nouvelle baisse doit nous interroger », souligne-t-il. La France occupe le 27e rang sur 91 en sciences. Elle se classe derrière la Suède et la Slovénie, au voisinage de l’Italie et du Portugal, loin derrière l’Estonie, meilleure élève européenne à la 6e place.
Écrans, profs manquants et soutien familial en recul
Pour expliquer la dégringolade, l’OCDE examine plusieurs facteurs qui dépassent la seule pandémie. Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, pointe en premier lieu la place prise par les écrans dans le quotidien des adolescents. « Ils ont une vie envahie d’écrans, il faut l’envahir de livres », déclare-t-il, selon Le Parisien du 9 septembre. Il annonce notamment la transmission aux familles de listes de lecture à chaque période de vacances scolaires.
Le rapport documente aussi une diminution du soutien familial rapporté par les élèves, ainsi que des difficultés liées au manque de personnel et de matériel dans les établissements. 45 % des élèves français étudient encore dans un collège ou un lycée dont la direction déclare que le manque d’enseignants entrave les cours, un chiffre en net recul par rapport à 2022 (67 %), mais toujours supérieur à la moyenne de l’OCDE (39 %). À l’inverse, le manque de matériel pédagogique s’aggrave : il concernait 20 % des élèves en 2025, contre 15 % trois ans plus tôt.
Autre signal, plus inattendu : les élèves qui ne recourent pas à l’intelligence artificielle pour certaines tâches scolaires obtiennent souvent de meilleurs résultats que ceux qui l’utilisent. Cette association ne suffit toutefois pas à établir un lien de cause à effet. En France, 15 % des élèves disent ne jamais ou presque jamais utiliser de chatbot pour les tâches scolaires étudiées, quand 37 % déclarent en utiliser pour apprendre au moins une fois par semaine. Les inégalités sociales, elles, restent obstinément élevées : l’écart entre élèves favorisés et défavorisés atteint 100 points en sciences, contre 85 en moyenne dans l’OCDE.
Un sacre chinois, version édulcorée
Pendant que la France encaisse, les territoires chinois évalués brillent. Trois entités chinoises apparaissent dans le classement : Hong Kong, Macao et l’ensemble formé par Pékin, Shanghai, le Jiangsu et le Zhejiang. Ce dernier décroche la tête mondiale en sciences, avec un score de 597 contre 482 en moyenne dans l’OCDE. Singapour et Macao complètent le podium asiatique. Mais ce triomphe a un envers. Les statistiques de la Chine continentale ne couvrent que quatre provinces et municipalités parmi les plus riches et les plus développées du pays. Un périmètre qui laisse de côté l’immense majorité d’un pays de 1,4 milliard d’habitants, où les écarts de développement entre littoral prospère et provinces intérieures restent considérables.
Le socle, lui, est bien réel : une forte valorisation de la réussite scolaire, des enseignants qualifiés et une préparation intensive au gaokao, l’examen d’entrée à l’université qui pèse fortement sur les trajectoires des jeunes. La compétition scolaire peut se faire sentir dès le primaire. Ce contexte ne permet cependant pas, à lui seul, d’expliquer les performances mesurées par PISA.
Face à ce diagnostic, les pistes politiques se multiplient côté français. Bruno Le Maire, l’ancien ministre de l’Économie, a proposé d’avancer l’entrée en maternelle de 3 à 1 an, pour que les enfants soient plongés plus tôt dans un cadre collectif où ils commencent à manier les mots. D’autres réclament un renforcement du soutien aux familles, ou une régulation plus stricte des usages numériques à l’école. Une chose est sûre : la France partage sa chute avec de nombreux autres pays de l’OCDE. Encore faut-il, cette fois, savoir en tirer les bonnes leçons.





