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Vie chère, logement, salaires : la colère sociale gagne du terrain en Europe

Les manifestations à Paris, ce samedi 17 octobre. (Crédits: Richard Bord/GettyImages)
Des rues de Lisbonne aux places de Madrid, en passant par Bruxelles, Milan et Athènes, la contestation sociale s’intensifie en Europe. Face à la hausse des dépenses du quotidien, aux difficultés d’accès au logement et aux services publics sous pression, étudiants, enseignants, syndicats et citoyens réclament des réponses concrètes.

À Madrid, les tentes de la Puerta del Sol sont devenues le symbole de la crise du logement. Depuis le 26 septembre, des centaines de personnes occupent cette place emblématique, où le campement s’est organisé autour d’une cantine, d’une infirmerie et d’espaces de réunion. Le mouvement est né après l’expulsion de Maricarmen Abascal, une retraitée de 87 ans, de l’appartement où elle vivait depuis plus de 70 ans. Hospitalisée après son expulsion, elle est décédée le 7 octobre. Son histoire a déclenché une vague de manifestations dans le pays. Selon le quotidien espagnol El País, les occupants débattent désormais de la suite à donner au mouvement : certains souhaitent rester sur place jusqu’à la grève générale prévue le 11 novembre, tandis que d’autres privilégient des actions dans les quartiers.

De l’autre côté de la frontière, la mobilisation a également pris de l’ampleur. Le 17 octobre, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé à Lisbonne à l’appel de la Confédération générale des travailleurs portugais (CGTP), pour réclamer des salaires et des retraites plus élevés. À Lisbonne, des tentes ont été dressées dans la foulée, tandis qu’à Porto, un campement existait déjà avant cette manifestation. Le 20 octobre, la police a fait retirer les tentes dans les deux villes et interpellé 55 personnes à Lisbonne. Ces dernières ont été libérées le jour même. Les manifestants sont toutefois revenus sur les places, déterminés à poursuivre leur action.

Dans les deux pays, le logement cristallise les revendications. Au Portugal, le prix médian des logements vendus est passé de 932 euros par mètre carré en 2017 à 2 076 euros en 2025, soit une hausse d’environ 123 %, selon les données de l’Institut national de statistique (INE).

En Italie et en Belgique, les tensions débordent des cortèges

En France, après les violences du 17 octobre, les autorités ont annoncé un dispositif de sécurité renforcé pour les manifestations prévues ce samedi 24 octobre. Environ 70 000 policiers et gendarmes doivent être mobilisés dans le pays, selon le ministre de l’Intérieur. Cette réponse sécuritaire intervient alors que, dans plusieurs autres villes européennes, des rassemblements ont également été marqués par des affrontements.

En Italie, le 17 octobre, des manifestations contre la guerre et la hausse du coût de la vie ont dégénéré dans plusieurs villes. À Milan, des groupes masqués ont jeté des pierres, incendié des barricades et dégradé des commerces. Selon le bilan national communiqué par les autorités, 28 personnes ont été arrêtées et 141 membres des forces de l’ordre ont été blessés au cours des mobilisations.

La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a condamné les violences sur le réseau social X : « Manifester est un droit. Mettre le feu à nos villes ne l’est pas. » De son côté, le maire de Milan, Giuseppe Sala, a reconnu que « les raisons des manifestations étaient compréhensibles », tout en jugeant injustifiables les violences contre les policiers et les dégradations.

En Belgique, les rassemblements ont eux aussi été émaillés de heurts. À Bruxelles, la police a procédé à 150 arrestations, dont 32 judiciaires, le 17 octobre. À Liège, 45 personnes ont été arrêtées, parmi lesquelles 12 mineurs, après des tirs de mortiers, l’installation de barricades et des dégradations, selon la police locale. Ces incidents s’inscrivent dans un contexte de contestation des réformes gouvernementales et des coupes budgétaires. Les syndicats et les jeunes manifestants redoutent notamment leurs conséquences sur les services publics.

Des réponses nationales

Face à cette contestation, les gouvernements tentent d’apporter des réponses. En Espagne, le gouvernement de Pedro Sánchez a présenté deux textes d’urgence visant à renforcer la protection des locataires. Leur rejet par le Parlement a alimenté la colère des militants, alors que le logement s’impose comme un enjeu majeur à l’approche des élections législatives anticipées du 29 novembre.

Au Portugal, le ministre chargé des Affaires parlementaires, Carlos Abreu Amorim, a affirmé le 16 octobre que le gouvernement « ne cédera pas aux cris de la rue ». Le 21 octobre, il a toutefois adopté un ton plus conciliant au Parlement, assurant comprendre les difficultés des citoyens confrontés à la crise du logement.

De leur côté, les syndicats préparent les prochaines échéances : une grève générale est annoncée pour le 11 novembre en Espagne. Les syndicats portugais envisagent de s’y associer, selon le secrétaire général du syndicat espagnol CCOO, Unai Sordo. En Italie, la CGIL a appelé à une grève générale le 20 novembre.

Dans un contexte différent, en Serbie, la contestation se joue désormais aussi dans les urnes. Dimanche 25 octobre, le mouvement étudiant, mobilisé depuis près de deux ans contre la corruption et les autorités, présentera des candidats aux élections législatives face au Parti progressiste serbe (SNS), au pouvoir depuis 2012. Le 22 octobre, environ 150 000 personnes ont participé à un grand rassemblement de ses partisans à Belgrade, selon l’organisme indépendant de comptage Archives des rassemblements publics, cité par l’AFP.

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