« Des gens vont se rassembler dès le 16 au soir, donc allez-y, même aujourd’hui si vous voulez. » Le message vocal, posté sur l’un des canaux Telegram baptisés « Gilets jaunes ET génération Z » et rapporté par franceinfo, illustre les appels à se mobiliser dès la veille du 17 octobre. Dans la région lyonnaise, Kevin propose de se poster devant une raffinerie. À Marseille, Seb cherche du monde pour occuper le rond-point de l’Europe, puis des stations-service, des péages, des gares, rapporte également franceinfo.
L’appel initial a circulé à la rentrée dans une vidéo TikTok du compte « V2 », un jeune homme ne revendiquant aucune appartenance politique qui dénonçait la hausse des prix. Des affiches générées par IA ont ensuite présenté cette mobilisation comme le retour des gilets jaunes. « Donc rien qui émane de nous », a déclaré au Parisien Jérôme Rodrigues, figure historique du mouvement de 2018. Ce qui ne l’empêche pas de s’en emparer : sa vidéo du 12 octobre dépasse 300 000 vues sur Facebook, selon franceinfo. Éric Drouet exhorte agriculteurs, éboueurs, pompiers et cheminots à venir. Damien, aiguilleur à la SNCF, prépare déjà un petit groupe de collègues, écrit-il sur X.
Entre-temps, les lycéens ont élargi la mobilisation. Le 13 octobre, l’« acte V » de la mobilisation s’est accompagné de la fermeture de huit stations de métro à Paris, cinq jours après l’annonce de l’affectation d’environ 3 000 professeurs remplaçants déjà disponibles dans les établissements prioritaires. Emmanuel Macron assurait le 12 octobre que « les choses avancent » ; le 15 octobre, le Premier ministre Sébastien Lecornu a parlé d’un « mouvement de violences urbaines ». Ce samedi 17 octobre marque aussi le début des vacances de la Toussaint, ce qui pourrait freiner la participation des adolescents, selon une source policière jointe par BFMTV.
Paris : des parcours encore en discussion
À Paris, le préfet de police Patrice Faure a tranché le 15 octobre. Il a interdit le trajet République-Concorde déclaré par l’assemblée générale Interfac IDF, invoquant des « risques sérieux de troubles à l’ordre public ». Selon Public Sénat, un parcours République-Nation a été proposé aux organisateurs, qui l’ont refusé. Un autre cortège, réunissant gilets jaunes et syndicats, avait été déclaré entre l’Opéra et la Bastille ; la préfecture lui a proposé un itinéraire entre la place de Clichy et République.
Le site de l’appel « Jaunes et jeunes » annonce, pour sa part, un rendez-vous des gilets jaunes à 13 heures place de la Bastille, puis un départ à 14 h 30 dont le parcours reste à préciser. Sur les Champs-Élysées, lieu emblématique de 2018, Sophie Tissier, figure des gilets jaunes, a demandé à défiler de 10 à 19 heures pour soutenir les lycéens et réclamer une assemblée constituante.
Côté syndical, Solidaires et la Confédération paysanne ont annoncé leur participation. La CGT, par la voix de Sophie Binet sur LCI, soutient la journée « partout où les conditions seront réunies ». L’Union étudiante porte « dix mesures d’urgence », dont la rénovation des établissements et l’embauche de personnels éducatifs. Dans les transports, le préavis de grève des navigants aériens du 17 au 21 octobre a été suspendu ; il visait la réforme du cumul emploi-retraite. Dans un article du Parisien publié le 14 octobre, la SNCF et la RATP indiquaient ne pas disposer de prévisions à ce stade.
Le matin les ronds-points, l’après-midi les cortèges
Combien de monde ? Une source proche du ministère de l’Intérieur évoque, auprès de franceinfo, 250 actions et une soixantaine de manifestations en préparation ; selon les estimations des autorités, entre 20 000 et 40 000 personnes pourraient manifester à Paris. Les cartes interactives des gilets jaunes recensent plus de 1 000 actions, mais ces signalements participatifs ne garantissent pas la tenue de chaque rassemblement.
Le scénario qui se dessine tient en deux temps, selon une source policière jointe par BFMTV. Le matin, blocages, opérations escargot, klaxons et rassemblements sur des ronds-points. L’après-midi, des cortèges aux profils mêlés (extrême gauche, lycéens, anciens gilets jaunes, taxis, infirmières libérales, ouvriers du BTP), avec un risque de débordements à Nantes, Rennes, Toulouse, Lyon, Lille, Marseille et Paris, estime cette même source.



