« Le blocage au quotidien, ce n’est pas tenable. » Anton Pichon, 16 ans, l’une des chevilles ouvrières du mouvement à Toulouse, a tiré son bilan après trois semaines de mobilisation : mieux vaut garder ses forces pour les jours où quelque chose se joue. Ce 13 octobre en fait partie. Pour cet « acte V », lycéens et étudiants sont de nouveau appelés dans la rue, après des blocus repris dès le matin par des élèves qui estiment n’avoir reçu « que des miettes ».
À Paris, le cortège doit s’élancer à 14 heures de la place d’Italie vers les Invalides, à deux pas de Matignon et du ministère de l’Éducation. « Ils ne nous écoutent pas, on va les chercher », a prévenu l’Union étudiante sur X. Un second cortège, déclaré lui aussi, doit relier l’Hôtel de Ville à Port-Royal. Rennes, Poitiers, Toulouse, Lyon et Marseille défileront aussi.
Reflux ou répit : la bataille des chiffres
Le gouvernement, lui, voit un mouvement qui « recule nettement ». Sur France Inter, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a évoqué environ 200 établissements fermés, tout en précisant que certains le sont par précaution, parce qu’ils jouxtent le parcours des cortèges. Il y voit une « décrue ». À la mi-journée, son ministère recensait finalement 214 établissements scolaires fermés, contre 224 le 8 octobre et 800 le 6 octobre. La police table sur 130 000 à 200 000 manifestants dans tout le pays. Le 6 octobre, les autorités en avaient recensé 266 000, les organisateurs 450 000. Le 8 octobre, l’Intérieur en avait compté 71 500, dont 24 500 à Paris.
Les organisations de jeunesse contestent cette lecture. À la mi-journée, l’Union étudiante affirmait que « 90 % » des quelque 70 universités françaises étaient bloquées ou fermées, un chiffre que le ministère de l’Enseignement supérieur conteste. Assas, à Paris, a été bloquée dans la matinée, comme des sites à Saint-Étienne, Avignon et Perpignan. Sur le fond, les revendications n’ont pas bougé : suppression de Parcoursup et plan de 10 milliards d’euros pour les lycées. « Tant qu’on n’aura pas 10 milliards sur la table, on continuera », martelait, ce 8 octobre, la porte-parole de l’Union étudiante, Sabrine Kharbach.
Lâcher du lest sans éteindre l’incendie
L’exécutif a pourtant commencé à lâcher du lest. Après avoir d’abord privilégié le maintien de l’ordre, il a promis 3 000 professeurs remplaçants dans les lycées les plus en difficulté, et la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, assure que le « déploiement a commencé ». Édouard Geffray doit de nouveau recevoir, ce 15 octobre, l’Union syndicale lycéenne, Renouveau Lycéen et Lycéens !. De son côté, Sébastien Lecornu avait annoncé que « les premières décisions du gouvernement » seraient présentées « à la fin du mois d’octobre ». Six syndicats de l’Éducation nationale (FSU, Unsa Éducation, FO, CFDT, CGT Éduc’action, SUD Éducation) estiment que le Premier ministre « n’a rien annoncé de concret ». Ils appellent désormais les personnels à rejoindre le mouvement, réclamant l’annulation des suppressions de postes prévues au budget 2027 et une hausse des salaires. La CGT de Sophie Binet promet d’être « au rendez-vous ».
Reste la question des violences. Le ministère affirme qu’elles « s’intensifient » : 20 personnels de l’Éducation nationale ont été blessés ce 12 octobre, dont cinq chefs d’établissement, selon son dernier bilan. Côté jeunes, un mineur a eu une main arrachée à Lens, un autre a perdu un œil à Tours. À Aubagne, un principal de collège et une professeure ont été blessés par balles, sans lien avéré avec le mouvement. « L’école, c’est sacré », a lancé Édouard Geffray.
Mélenchon, Greta Thunberg et la peur de la récupération
Emmanuel Macron, dont la parole est rare depuis le début de la crise, a appelé au « calme » et à l’« ordre », depuis le Mondial de l’automobile. Il a aussi pointé « dans plusieurs endroits » une « volonté de récupérer » la colère des jeunes. Ce 10 octobre, au Zénith d’Auvergne, le leader de LFI, Jean-Luc Mélenchon, qui multiplie les gestes envers la jeunesse, a plaidé pour le droit de vote à 16 ans. Il doit également participer au cortège parisien.
Ce 13 octobre au matin, c’est une autre figure qui a fait le déplacement : Greta Thunberg, devant le lycée Paul-Eluard de Saint-Denis, l’un des épicentres du mouvement. « Je suis extrêmement fière des étudiants français », a déclaré la militante suédoise de 23 ans devant une centaine de jeunes. Le maire insoumis de la ville, Bally Bagayoko, a salué sa venue. La suite se dessine déjà. Ce 17 octobre, premier jour des vacances de la Toussaint, les manifestants espèrent la jonction avec la mobilisation « contre la vie chère ». « Le 17, c’est la réunion des causes », anticipe Félix Nifaut, élève de terminale à Muret, près de Toulouse. À quelques mois de la présidentielle, le prochain test est déjà fixé au 15 octobre, autour de la table du ministère.



