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Le mariage est-il encore à la noce ?

Crédit photo : Oleg Breslavtsev / Getty Images

La génération Tinder allergique au mariage ? Un cliché. Les Français continuent de dire “oui”, mais à leurs conditions et à leur rythme. Ils étaient 400 000 par an dans les années 1970. Aujourd’hui, moins de 220 000 couples franchissent le pas chaque année en France. Le mariage serait-il en voie de disparition, comme le Minitel ou la politesse dans le métro parisien ? Soyons honnêtes : le mariage n’a plus la cote d’autrefois. En 50 ans, le nombre d’unions a été divisé par deux. Le pacs, invention bien française de 1999, a séduit des millions de couples qui voulaient s’engager, mais pas trop. Quant au concubinage, il est désormais aussi banal qu’un dimanche en famille. Et pourtant, les Français continuent de se marier… plus tard.

L’âge moyen se situe désormais à 33 ans pour les femmes, 35 ans pour les hommes. On réfléchit, on teste, on hésite et on finit tout de même par se dire “oui”. Souvent en grande pompe, avec un DJ et un wedding planner au prix d’une voiture d’occasion. Dans une société où l’on peut très bien vivre ensemble, avoir des enfants, partager un compte bancaire et un chien sans jamais signer le moindre bout de papier, qu’est-ce qui pousse encore tant de gens vers l’autel ? “Le mariage reste un marqueur symbolique extrêmement puissant”, analyse le sociologue Ronan Chastellier. Et puis, soyons pragmatiques, il y a la question juridique. Le mariage protège le conjoint survivant, simplifie la succession, sécurise les enfants. Le romantisme, c’est bien, mais un bon régime matrimonial, ça aide aussi. On accuse souvent les millennials d’avoir une phobie de l’engagement. C’est légèrement plus compliqué. Certes, les applis de rencontre et les réseaux sociaux donnent l’illusion d’un choix sentimental infini. Mais, derrière cette façade, se cache une génération plus sérieuse qu’on ne le croit, économiquement anxieuse, qui aspire, au-delà des filtres, à plus de stabilité qu’elle ne le laisse paraître. Elle sait, mieux que les précédentes, ce qu’elle veut. Et ce qu’elle ne veut pas.

“L’amour, chez les jeunes, est très loin des clichés de Tinder ou de la pornographie. Au fond, ils ont une immense soif d’amour absolu. Le mariage, c’est aussi ça : montrer qu’on existe à travers les autres. Le rituel reste puissant, même dans une société qui se dit sans codes”,constate Charlotte de Coupigny, psychologue.

Pour ceux qui ont vécu des relations instables, formaliser l’union “est un acte thérapeutique autant que romantique”, poursuit-elle. Mais l’inverse est tout aussi vrai. Une partie des couples associent le mariage à la perte de liberté, souvent chez les personnes dont les parents ont divorcé. Pour eux, le mariage n’évoque pas l’amour, mais sa fin.

 

Historiquement, le mariage n’a pas rendu service aux femmes. Pendant des siècles, il signifiait passer de l’autorité du père à celle du mari.

 

Ce n’est qu’en 1965 que les Françaises ont obtenu le droit d’ouvrir un compte bancaire sans l’autorisation de leur époux. Oui, 1965. La culture romantique tente encore de vendre le mariage comme un accomplissement. Leur conscience féministe, elle, n’a pas oublié ce que cette institution a longtemps signifié. Depuis 13 ans, l’ouverture au mariage pour tous a profondément rebattu les cartes. La France a opéré une vraie révolution : le mariage est devenu, enfin, un véritable acte d’amour.

Certaines voix ont déjà émis l’idée de mariages à durée déterminée, un septennat renouvelable, comme le proposait la députée allemande, Gabriele Pauli.  Un abonnement en somme, mais avec plus de sentiments. En France, l’idée reste taboue. “Le mariage survivra. Ce n’est plus une obligation sociale, mais un acte délibéré”, conclut Charlotte de Coupigny. Se marier en 2026, c’est revendiquer aux yeux de tous que parmi toutes les options disponibles, c’est lui, elle, que l’on choisit, avec ou sans wedding planner, mais au moins un bon DJ.

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