Le portail principal a été fracturé. Ce 5 octobre, en fin de matinée, Christian Karoutzos arrive à son centre d’art contemporain, en périphérie d’Issoire (Puy-de-Dôme), et constate que la pièce maîtresse de sa collection a disparu : une couverture de bronze de 150 kilos, sculptée par Salvador Dalí, dérobée dans la nuit du 4 au 5 octobre. Le parquet de Clermont-Ferrand a confirmé le vol dans un communiqué, évoquant « une œuvre d’art de grande valeur ». Une enquête a été confiée à la section de recherches de la gendarmerie. La pièce est estimée à plusieurs millions d’euros.
Une cathédrale de parchemin et de bronze
Cette couverture fermait « L’Apocalypse », inspirée du texte de saint Jean. Le projet est lancé en 1958 par l’éditeur d’art auvergnat Joseph Forêt, qui réunit quatorze peintres et écrivains de l’époque, dont Jean Cocteau, Jean Giono et Bernard Buffet. Leurs œuvres prennent place sur d’immenses parchemins. Dalí, lui, a travaillé le bronze, rehaussé d’or, de pierres précieuses et de coquillages. L’ensemble pèse 210 kilos, dont 150 pour la seule couverture.
À sa création, au début des années 1960, l’ouvrage était évalué à 2 millions de francs, soit environ 305 000 euros selon la conversion nominale. De quoi en faire, selon son propriétaire actuel, « le livre le plus cher du monde » de son temps. Entre 1961 et 1972, il a fait l’objet de près de 150 expositions à travers le monde. Puis il a quitté les radars : entreposé en Suisse, il a été vendu à des acheteurs japonais qui s’apprêtaient à le disperser aux enchères, pièce par pièce.
C’est là qu’intervient Christian Karoutzos. En 2003, ce dirigeant d’une société de restauration d’œuvres d’art installée à Issoire rachète l’ouvrage, sans jamais dévoiler le prix payé. Il comptait exposer la couverture et quelques parchemins jusqu’à l’automne, et avait multiplié les interviews dans la presse locale ces dernières semaines.
« On a assassiné la France cette nuit »
Le propriétaire n’a pas caché son abattement auprès d’Ici Pays d’Auvergne. « C’est une œuvre cathédrale, magistrale, unique au monde », a-t-il déploré, avant d’ajouter : « On a assassiné la France cette nuit, on a assassiné le patrimoine français. » Le maire d’Issoire, Bertrand Barraud, qui s’est entretenu avec lui, décrit un homme « très abattu » et un préjudice « inestimable ». « C’est l’œuvre d’une vie », a-t-il confié à l’AFP. L’élu rappelle que le centre est un petit musée privé, où sont conservées d’autres pièces de moindre valeur.
Les pages du livre, elles, se trouvaient dans un autre lieu, hors de portée des voleurs. Les gendarmes cherchent encore à comprendre comment ces derniers ont emporté 150 kilos de bronze sans être repérés. Le vol n’a été découvert que lundi en fin de matinée. L’affaire rappelle le cambriolage du Louvre du 19 octobre 2025, lors duquel des bijoux estimés à 88 millions d’euros avaient été dérobés. À Issoire, les gendarmes n’ont, à ce stade, communiqué aucune piste.



