Vingt-sept ans à l’Assemblée nationale, effacés en une soirée électorale. En juin 2024, Nicolas Dupont-Aignan perd son siège de député de l’Essonne, le plus dur revers d’une carrière qui n’en manque pourtant pas. Neuf mois plus tard, il repart en campagne. Une quatrième fois. Toujours la même obsession : sortir la France de l’Union européenne. Le paradoxe saute aux yeux dès la fiche biographique. Sciences Po, DEA de droit public, ENA ; promotion Liberté-Égalité-Fraternité. Sous-préfet, puis administrateur civil. L’homme qui se présente en pourfendeur du « système » en est, sur le papier, l’un des produits les plus achevés.
Sa carrière politique démarre au RPR, dans le sillage de Philippe Séguin, aux côtés d’une génération qui s’appelle Nicolas Sarkozy, François Fillon ou, plus tard, Bruno Le Maire. Mais les traités de Maastricht puis d’Amsterdam changent la donne. En 1998, il claque la porte des instances dirigeantes du parti chiraquien, jugé trop conciliant avec Bruxelles. Un an plus tard, en 1999, naît Debout la République, rebaptisée depuis Debout la France, dont il reste à ce jour l’unique président. Le logiciel qu’il y installe n’a quasiment pas bougé : sortie de Schengen, protectionnisme, référendum d’initiative citoyenne, défense de l’industrie nationale. Il défend le même corpus dans son dernier livre, « 2027, la liberté ou la mort ».
Sortir de l’UE ou rien
Interrogé début juin sur Franceinfo, il file la métaphore : la France serait « un boxeur qui a les mains liées dans le dos ». Sa solution reste inchangée depuis les années 2000 ; sortir de l’UE pour la reconstruire « sur des bases saines ». Il détaille un scénario en trois étapes : cesser de verser la contribution nette au budget européen, qu’il chiffre à 15 milliards d’euros, rétablir les frontières nationales, puis réaffirmer la primauté du droit français sur le droit européen. Il s’en défend : pas de sortie « à l’anglaise », mais un retrait négocié vers une « Europe des nations » plus légère, bâtie notamment avec l’Allemagne.
En 2017, entre les deux tours, il rallie Marine Le Pen contre la promesse d’un poste de Premier ministre en cas de victoire
Sur l’économie, il tranche avec le libéralisme d’une partie de la droite : État stratège, patriotisme économique, réindustrialisation, avec l’objectif affiché de relocaliser un million d’emplois. Sur l’immigration et la sécurité, la ligne rejoint les classiques de la droite dure : contrôle des frontières, réforme du droit d’asile, exécution systématique des peines de prison. Début juin, après des scènes de violences urbaines à Paris, il désignait l’absence de peines fermes comme cause unique du désordre.
L’ombre du pacte avec Le Pen
Sa trajectoire reste pourtant marquée par un épisode qu’il traîne depuis neuf ans. En 2017, entre les deux tours, il rallie Marine Le Pen contre la promesse d’un poste de Premier ministre en cas de victoire. L’alliance ne débouche sur rien – Emmanuel Macron l’emporte largement – mais elle coûte cher à Debout la France, qui perd des cadres et une partie de sa base gaulliste. Interrogé aujourd’hui sur d’éventuelles manœuvres de Marion Maréchal pour l’associer à la campagne du RN, il élude et répète : « j’irai jusqu’au bout ».
La ligne de démarcation qu’il trace avec le RN et Reconquête porte précisément sur l’Europe. À Éric Zemmour comme à Bruno Retailleau, il oppose un argument qu’il juge imparable : aucune de leurs promesses ne tiendra tant que la France reste dans l’UE. Une façon de se distinguer sur un créneau souverainiste où la concurrence, RN, Reconquête, Florian Philippot, s’est nettement densifiée depuis 2017, année de son meilleur score (4,70%). En 2022, il retombait à 2,06%. Les sondages actuels le créditent d’environ 1,5% des intentions de vote.
Une question traverse toute sa trajectoire : celle d’un homme dont plusieurs intuitions – souveraineté industrielle, critique de la mondialisation, méfiance envers Bruxelles – ont fini par irriguer une bonne partie du débat public français, sans jamais se traduire, pour lui, en victoire électorale. Réélu largement maire de Yerres, en Essonne, en mars 2026, il y tient son dernier bastion incontesté, après trente ans passés à la tête de cette ville de la banlieue parisienne. Pour l’Élysée, il lui faudra convaincre au-delà du premier cercle des convaincus, un défi qu’il n’a, en quatre tentatives, jamais relevé.






