Cinq candidats sont en lice pour représenter le camp social-démocrate à la présidentielle de 2027. Matthieu Pigasse n’en fait pas partie. Le banquier d’affaires, qui dit avoir voulu s’y présenter, assure s’être heurté à un silence embarrassé des dirigeants socialistes. « À partir du moment où j’ai dit que j’étais prêt à y aller, il a un peu disparu », confie-t-il sur France Inter, visant sans le nommer Olivier Faure, premier secrétaire du PS.
Matthieu Pigasse affirme qu’il ne votera pas lors du scrutin des 9 et 10 octobre, puis des 16 et 17 octobre en cas de second tour. Le verdict est sans appel : une « désignation militante » plutôt qu’une vraie primaire. Les 15 euros demandés aux sympathisants pour participer au vote suffisent selon lui à disqualifier l’exercice de toute prétention sociale. Quant aux candidats, ils auraient été désignés avant de choisir eux-mêmes leurs électeurs. « C’est la démocratie à l’envers », tranche-t-il, lui qui militait depuis des mois pour une primaire élargie à toute la gauche, un rassemblement qui n’a jamais vu le jour.
Ni renoncement ni candidature
La question tourne en boucle dans son entourage depuis des mois : pourrait-il se présenter en dehors de la primaire ? Matthieu Pigasse refuse de trancher. Près de sept mois séparent encore la France du premier tour de l’élection présidentielle, plaide-t-il, largement de quoi rebattre les cartes. Il revendique trois combats plutôt qu’une candidature : faire barrage à l’extrême droite, œuvrer à l’union des gauches, qu’il juge toujours possible malgré les divisions affichées, et démontrer que des politiques de rupture sont possibles.
Le projet de budget pour 2027 et l’effort budgétaire annoncé de 54 milliards d’euros cristallisent sa colère. Il y voit une purge qui frappe notamment les retraités, les malades, les bénéficiaires d’aides au logement et les étrangers en situation régulière, un texte qu’il qualifie d’injuste socialement et d’absurde économiquement. Pire encore à ses yeux : ce projet ferait office de marchepied pour le Rassemblement national, contre lequel le patron de presse promet de « tout faire ».
Le « tiers état » et les vacances à 434 000 euros
Mais c’est un tout autre sujet qui a fini par dominer l’entretien. Le Canard enchaîné a révélé la semaine dernière que le patron du groupe Combat, qui chapeaute Les Inrockuptibles, Radio Nova et le festival Rock en Seine, aurait passé dix-neuf nuits cet été dans une villa de l’île Moustique, à Saint-Vincent-et-les-Grenadines. Le coût de la location a été estimé par l’hebdomadaire à 434 000 euros. Neuf chambres, neuf salles de bains, trois piscines, un court de tennis en herbe, deux majordomes, trois chefs, six femmes de ménage et six jardiniers figureraient parmi les prestations proposées.
Interrogé sur la contradiction avec son image de banquier de gauche, lui qui avait affirmé faire partie du « tiers état » lors des journées d’été des Écologistes, le 21 août à Grenoble, Pigasse assume : « Être de gauche, ce n’est pas faire vœu de pauvreté. » Il reconnaît que « les montants évoqués peuvent choquer », tout en soulignant qu’« il n’y a pas de police des vacances ». Il refuse par ailleurs de confirmer la somme avancée par l’hebdomadaire, sans démentir la destination. « Je n’ai pas à répondre à la police des mœurs », balaie-t-il face aux questions du journaliste Benjamin Duhamel.
Matthieu Pigasse affirme que son patrimoine dépasse 100 millions d’euros et qu’il entrerait donc dans le champ de la taxe Zucman. Il en tire une ligne de défense : l’argent dépensé est privé et ne devrait pas être jugé au nom d’une quelconque pudeur militante. « Oui, j’ai de l’argent, oui, je suis riche, et oui, je veux payer plus d’impôts », résume-t-il, appelant les plus fortunés, dont lui-même, à contribuer davantage à l’effort collectif.
L’équation politique, elle, reste difficile à résoudre : comment porter un discours de rupture sociale et fiscale depuis une villa des Caraïbes sans nourrir le soupçon d’incohérence ? Pigasse mise sur la constance de ses engagements, plus que sur son train de vie, pour convaincre. À moins de sept mois du premier tour, le membre du conseil de surveillance du Groupe Le Monde n’a toujours pas dévoilé ses intentions.





