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Macron et Carney affichent leur « rapprochement » à Saint-Pierre-et-Miquelon

Mark Carney et Emmanuel Macron au palais présidentiel. (Crédits: Antoine Gyori - Corbis/Corbis via Getty Images)
Une carte publiée par Donald Trump, recouvrant le Canada et plusieurs territoires français du drapeau américain, a précipité une visite inédite. Emmanuel Macron et Mark Carney ont affiché, ce 20 septembre, leur « souveraineté » partagée face à Washington.

Une image postée sur les réseaux sociaux a suffi à accélérer le calendrier diplomatique. Début septembre, Donald Trump publie une carte de l’Amérique du Nord où le Canada, le Groenland, le Mexique, une partie de l’Amérique centrale et des Caraïbes, ainsi que l’Islande, apparaissent recouverts du drapeau étoilé. Saint-Pierre-et-Miquelon, la Guadeloupe et la Martinique n’échappent pas au photomontage. L’Élysée réagit dans la foulée : une visite conjointe du président français et du premier ministre canadien sera organisée à Saint-Pierre-et-Miquelon, l’unique collectivité française du continent nord-américain.

Emmanuel Macron est arrivé ce 19 septembre, veille de son départ pour l’Assemblée générale des Nations unies à New York. Mark Carney l’a rejoint le lendemain, à l’aéroport de Saint-Pierre, pour une rencontre chargée de symboles. Aucun chef de gouvernement canadien ne s’était jamais rendu officiellement dans l’archipel. La dernière visite présidentielle française remontait, elle, à décembre 2014, sous François Hollande. Entre les deux hommes, une cérémonie au mémorial des engagés de la France libre a ouvert la séquence : c’est ici, en 1941, que les Forces françaises libres du général de Gaulle avaient rallié l’archipel contre la volonté de Franklin D. Roosevelt, alors soucieux de ménager le régime de Vichy.

Une souveraineté à deux voix

« Nous croyons ensemble que nos pays sont deux grandes nations indépendantes et qui veulent le rester », a lancé Emmanuel Macron aux côtés de son homologue. Le mot « souveraineté » a rythmé toute la séquence. Mark Carney, venu s’incliner devant le monument aux engagés volontaires, a renchéri : « L’histoire se souvient de ceux qui défendent leur souveraineté. » Aucun des deux dirigeants n’a cité Donald Trump. Inutile : le président américain multiplie depuis des mois les menaces d’annexion du Canada et compare régulièrement son voisin à un « 51e État ».

Le parallèle avec le Groenland, revendiqué à plusieurs reprises par Washington, a également été évoqué par Emmanuel Macron devant les habitants de l’archipel. « Dans toute la région, nous avons un défi qui est celui de se faire respecter », a-t-il averti. Une manière de replacer les 5 800 Saint-Pierrais dans un rapport de force qui les dépasse largement, entre guerre commerciale américaine et recomposition des alliances occidentales.

Pêche, gaz, IA : la liste des dossiers

Derrière les déclarations de principe, les deux délégations ont mis sur la table une série de chantiers bilatéraux. Paris et Ottawa ont annoncé vouloir « un rapprochement profond » sur la pêche, la sécurité et l’énergie. Sur ce dernier point, Emmanuel Macron a salué les « projets canadiens de gaz naturel liquéfié », jugés « importants pour notre Europe » en pleine recherche de nouvelles sources d’approvisionnement, sur fond de tensions au Moyen-Orient. Le président français a remercié Mark Carney d’avoir répondu rapidement à sa demande d’avancer sur des « projets très concrets », rappelant que le Canada reste un « grand pays producteur ». La pêche, elle, traîne un contentieux plus ancien. Dans les années 1980, la « guerre de la morue » et le moratoire imposé par Ottawa avaient ruiné la filière locale, laissant une défiance durable à Saint-Pierre-et-Miquelon. Miné depuis par le déclin démographique et la vie chère, l’archipel doit aussi composer avec la montée des eaux : le village de Miquelon a entamé son déplacement vers l’intérieur des terres, une première relocalisation climatique pour la France.

Mark Carney a, de son côté, élargi le champ des discussions à l’intelligence artificielle, appelant la France, le Canada, les États-Unis et la Chine, les quatre puissances qu’il juge « à l’avant-garde » du secteur, à « unir leurs forces » pour un encadrement plus sûr. Il a aussi défendu un rapprochement institutionnel avec l’Union européenne, trois jours après avoir salué la proposition d’Ursula von der Leyen de faire du Canada le premier « membre associé » du bloc européen. Selon Ottawa, le commerce bilatéral de marchandises entre les deux pays a atteint 15,2 milliards de dollars canadiens en 2025, la France restant le troisième marché d’exportation du Canada au sein de l’UE. De quoi donner un contenu chiffré à une visite jusque-là symbolique.

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