« C’est douloureux lorsque le président Trump choisit un camp, et que ce n’est pas le nôtre. Ce n’est pas le bon côté de l’histoire » a confié Volodymyr Zelensky au journaliste Piers Morgan ce 14 octobre. Et lorsque le journaliste britannique lui demande s’il se sent trahi par Donald Trump, le président ukrainien lui répond : « Oui, vraiment ». Il est notamment déçu après l’accord passé entre Washington et Moscou sur l’approvisionnement en diesel russe.
Annoncé par Donald Trump après un échange avec Vladimir Poutine, cet accord prévoit la livraison de plus de 300 000 tonnes de diesel dans un premier temps, puis de 500 000 tonnes en novembre et d’un million de tonnes supplémentaires par la suite. Washington souhaite ainsi augmenter l’offre de carburant et faire baisser les prix, alors que le diesel américain a atteint 6,52 dollars le gallon en septembre. Pour permettre ces livraisons, le Trésor américain a assoupli temporairement certaines sanctions sur les exportations russes. Une décision controversée, puisque les revenus énergétiques contribuent au financement de l’effort de guerre de Moscou. « C’est un investissement dans une guerre qui doit prendre fin », a dénoncé Zelensky.
« Nous sommes en train de perdre un partenaire puissant », a également déclaré le président ukrainien. Au-delà de cette déception diplomatique, c’est surtout le soutien militaire américain qui inquiète Kiev. Entre 2022 et 2024, les États-Unis ont alloué en moyenne 17,3 milliards d’euros par an d’aide militaire à l’Ukraine, selon le Kiel Institute. En 2025, après le changement de politique de Washington, l’aide militaire américaine nouvellement allouée est tombée à environ 400 millions d’euros, tandis que les pays européens ont renforcé leurs contributions.
Starlink et renseignements militaires : pourquoi Zelensky dénonce une « grave erreur »
Autre sujet de colère pour Volodymyr Zelensky : Starlink, le réseau satellitaire d’Elon Musk. L’armée ukrainienne l’utilise pour communiquer sur le front, mais aussi pour guider des drones à distance. Ces appareils servent aussi bien à attaquer des positions russes qu’à intercepter les drones ennemis. Une connexion interrompue peut donc compromettre une mission et laisser des soldats ou des civils sans protection.
Or, le 14 octobre, des restrictions soudaines sur les terminaux militaires Starshield, liés à la technologie Starlink, ont perturbé plusieurs opérations ukrainiennes. Selon Reuters, les terminaux concernés perdaient leur connexion lorsqu’ils dépassaient une limite de vitesse d’environ 160 km/h. Les autorités ukrainiennes ont affirmé ne pas avoir été prévenues de cette mesure.
Interrogé par Piers Morgan sur cette restriction, Volodymyr Zelensky a été catégorique : « C’est une grave erreur. Cette décision entraînera de nombreuses pertes humaines », a-t-il averti. Il a également lancé un appel direct à Elon Musk : « Si les attaques continuent et que Starlink ne fonctionne pas, cela ne nous aide pas. » Le président ukrainien a demandé le rétablissement du service, soulignant que ces restrictions affectaient aussi les drones chargés de protéger la population.
Kiev cherche à préserver son alliance britannique
Lors de son entretien avec Andy Burnham, le président ukrainien a en revanche loué le soutien britannique à son pays, après que le Premier ministre britannique a confirmé que Londres allait « accélérer la livraison de missiles de défense aérienne ». Un peu plus tôt, le dirigeant travailliste avait affirmé qu’il voulait essayer de « réparer les liens » entre Volodymyr Zelensky et Donald Trump, très critique à l’égard du président ukrainien ces derniers jours.
Avant de se rendre à Downing Street, le président ukrainien avait été reçu par le roi Charles III, qui lui a souvent apporté son soutien. Le Royaume-Uni est l’un des soutiens clés de l’Ukraine depuis le lancement de l’offensive russe à grande échelle en 2022. Depuis son arrivée au pouvoir en juillet, M. Burnham a déjà vu M. Zelensky à deux reprises, en Angleterre et à Kiev.



