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« Nous avons libéré la Hongrie » : Péter Magyar remporte les élections législatives et renverse le pouvoir d’Orban 

Péter Magyar agite le drapeau hongrois après son discours lors de la soirée électorale du parti de l’Alliance civique hongroise (FIDESZ) à Budapest. (Photo par Attila Husejnow/SOPA Images/LightRocket via Getty Images)
Élu dans la soirée du dimanche 13 avril, le nouveau Premier ministre de Hongrie s’est félicité d’avoir « fait tomber le régime Orban ». Il remporte lors de ces élections législatives mouvementées les deux tiers des sièges au Parlement hongrois. Une grande défaite pour l’ex-premier ministre Viktor Orbán, au pouvoir depuis 2010. 

Le cheval de Troie russe en Europe, au pouvoir depuis seize années, est vaincu. Dans la capitale hongroise ce dimanche 12 avril dans la soirée, des drapeaux aux trois couleurs du pays étaient brandis aux quatre coins de la ville. Devant le Parlement hongrois, le nouveau Premier ministre conservateur et pro-européen Péter Magyar a remporté ce week-end les élections législatives et proclamé : « Nous avons libéré la Hongrie ». Le leader du parti d’opposition Tisza devançait le Fidesz de Viktor Orbán au pouvoir depuis 2010. 

Selon un décompte officiel portant sur 98,15 % des bureaux de vote, le parti Tisza a en tout remporté 138 sièges sur 199 avec 53,56 % des voix. Le Fidesz n’a remporté que 55 sièges et 37,86 % des votes. Le taux de participation dans le pays a atteint un record historique, atteignant 79,50 %. Avec 5,83 % des voix, le parti d’extrême droite ouvertement antisémite et antitsigane Mi Hazank, se traduisant par « notre patrie », est parvenu à remporter six sièges au parlement hongrois. Ancien membre du Fidesz, le nouveau premier ministre pro-européen a affirmé depuis la création de son parti Tisza faire de la corruption des seize ans de pouvoir d’Orbán son grand combat. En Hongrie, détenir les deux tiers des sièges, soit le seuil de majorité qualifiée, va permettre à Péter Magyar de modifier la Constitution sans l’accord de l’opposition, de nommer des responsables dans les grandes institutions du pays et de changer les lois électorales sans grandes difficultés. 

« Vive l’Europe. Vive la démocratie ! »

Peu de temps avant l’allocution du chef de Tisza, Viktor Orbán avait reconnu sa défaite, prenant acte des résultats « douloureux mais sans ambiguïté » lui étant défavorables. Il avait toutefois « félicité le parti vainqueur ». La défaite de Viktor Orbán, au-delà du fait que cela remet en question le pouvoir dirigé d’une main de fer, ouvre la voie à une Hongrie favorable à l’Union européenne. « Concrètement, la Hongrie avait le choix entre l’autoritarisme et la démocratie, entre le regard tourné vers Moscou ou vers Bruxelles. Un enjeu crucial, qui s’est avéré mobilisateur. Les urnes ont parlé : la majorité des Hongrois ne veulent plus de la « démocratie illibérale » revendiquée par Viktor Orbán, plus d’affaires de connivences avec la Russie », a souligné la correspondante du quotidien suisse Le Temps à Budapest, Valérie de Graffenried.

Le président français, Emmanuel Macron, a salué dans un message publié sur X dimanche 13 avril la victoire du Tisza, ajoutant s’être entretenu avec Péter Magyar « pour le féliciter de sa victoire en Hongrie ». « La France salue une victoire de la participation démocratique, de l’attachement du peuple hongrois aux valeurs de l’Union européenne et pour la Hongrie en Europe », a-t-il notamment déclaré, ajoutant : « Ensemble, faisons avancer une Europe plus souveraine, pour la sécurité de notre continent, notre compétitivité et notre démocratie. » Le chef de la diplomatie, Jean-Noël Barrot, évoque « une leçon magistrale adressée par le peuple hongrois à tous ceux qui ont cherché à écrire son histoire à sa place », faisant référence aux seize années de pouvoir de Viktor Orbán. « Le peuple hongrois a décidé de tourner la page d’un pouvoir qui s’est fourvoyé dans le démantèlement de l’État de droit et des libertés fondamentales, la désinformation et la collusion avec la Russie, au mépris de la souveraineté européenne », a également écrit le ministre des Affaires étrangères sur X, en lançant : « Vive l’Europe. Vive la démocratie ! » 

Un revirement politique en faveur de l’Ukraine ?

Le chancelier allemand, Friedrich Merz, salue la « lourde défaite » du « populisme de droite » et s’est dit « réjoui de travailler » avec Péter Magyar sur X, ajoutant : « Unissons nos forces pour une Europe forte, sûre et surtout unie. » Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a lancé dans un message en hongrois : « Les Russes, rentrez chez vous », une référence aux relations étroites entre Viktor Orbán et Vladimir Poutine. Le slogan repris par l’homme politique polonais était scandé toute la soirée dans les rues de la capitale hongroise. C’est également l’un des slogans de la révolte de Budapest contre l’occupation soviétique en 1956.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est elle aussi réjouie que la « Hongrie ait choisi l’Europe ». « La place de la Hongrie est au cœur de l’Europe », a réagi la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, tandis qu’Antonio Costa, président du Conseil de l’Union européenne, a salué « l’esprit démocratique » du peuple hongrois. 

Lors de son discours dimanche 13 avril, Péter Magyar a affirmé : « Aujourd’hui, le peuple hongrois a dit oui à l’Europe », promettant le rétablissement des contre-pouvoirs et garantissant « le fonctionnement démocratique » du pays, une tâche qu’il dit considérer comme « énorme ». Il n’a toutefois pas indiqué s’il lèverait le véto hongrois sur les fonds à hauteur de 90 millions d’euros destinés à l’Ukraine, mais il a évoqué plus généralement la nécessité de clarifier les « questions en suspens » avec ses voisins européens. « Félicitations à Péter Magyar et au parti TISZA pour leur victoire éclatante […]. Nous sommes prêts pour des rencontres et un travail constructif conjoint dans l’intérêt des deux nations, ainsi que pour la paix, la sécurité et la stabilité en Europe », s’est également réjoui le président ukrainien Volodymyr Zelensky sur X. « Le peuple hongrois a opposé un « non » clair et catégorique à toute tentative visant à ramener son pays dans l’orbite de Moscou », a réagi la Première ministre ukrainienne Ioulia Svyrydenko aussi sur le réseau social X.

L’extrême droite européenne et le camp MAGA fragilisés ?

De l’autre côté de l’échiquier politique, les « amis » de Viktor Orbán des quatre coins du globe ont salué sa quinzaine d’années à la tête de la Hongrie. « Je suis là pour gagner », avait déclaré dimanche matin le leader du Fidesz après être allé voter à Budapest. L’ancien Premier ministre avait mis en avant ses amitiés à travers le monde « des États-Unis à la Chine, en passant par la Russie et le monde turc ». La semaine passée, le président américain Donald Trump avait envoyé à Budapest son vice-président, J. D. Vance, pour apporter son soutien à la campagne de l’ex-premier ministre hongrois. Sa politique était devenue un modèle pour nombre des partis d’extrême droite dans le monde et notamment pour le camp « MAGA » du président américain. La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, avait également envoyé des personnalités de son parti politique soutenir le candidat populiste. Elle a félicité dans la foulée la « nette victoire électorale » de Péter Magyar tout en remerciant son « ami Viktor Orbán pour l’intense collaboration de ces dernières années ».

En France, le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a rendu hommage à « un grand patriote ». Au Parlement européen, le chef du parti d’extrême droite préside le groupe des Patriotes pour l’Europe aux côtés de Kinga Gal, une fidèle de Viktor Orbán. Grâce au Fidesz, le RN a pu intégrer ces dernières années l’écosystème conservateur européen et eurosceptique sous l’influence idéologique et financière du trumpisme, rapporte Le Monde. Marine Le Pen partage avec Viktor Orbán de nombreuses idées comme celles sur la politique nataliste, l’externalisation du droit d’asile ou encore la suppression d’impôts pour les jeunes. Mais dorénavant, pour le RN, les résultats de ces élections législatives en Hongrie mettent fin à un partenariat central du parti dans son combat idéologique contre la Commission européenne. 

« La satisfaction exprimée par la Commission européenne, qui n’a eu de cesse d’outrepasser ses prérogatives et ses compétences au détriment du pouvoir des peuples, devrait inquiéter les Hongrois sur la persistance de cette liberté chèrement défendue depuis des années », a dénoncé Marine Le Pen, à la suite des déclarations d’Ursula von der Leyen se réjouissant de la victoire de l’opposant de son « ami ». « Loin d’avoir modernisé la Hongrie, la politique économique de Viktor Orbán l’a enfoncée dans une impasse », explique l’éditorialiste du Monde Stéphane Lauer. La Hongrie est restée en bas du classement européen en matière de revenus lorsque Viktor Orbán dirigeait le pays. La consommation individuelle par habitant est la plus faible parmi les Vingt-Sept. En comparaison avec la Pologne : en 2010, les Polonais étaient plus pauvres que les Hongrois, aujourd’hui ils sont 11 % plus riches.

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