Une prise de position en forme de réponse à Washington et Pékin. Emmanuel Macron termine ce vendredi 3 avril sa tournée en Asie, pendant laquelle il s’est rendu au Japon et en Corée du Sud. C’est depuis Séoul qu’il a appelé de ses vœux la formation d’une « coalition des indépendants » qui réunirait les pays démocratiques dont l’objectif serait de faire face à « l’hégémonie » de la Chine et à « l’imprévisibilité » du président américain, Donald Trump.
Cette coalition avait déjà été évoquée à Tokyo devant la Première ministre Sanae Takaichi. Dans l’esprit d’Emmanuel Macron, cette coalition réunirait les pays européens, le Japon, la Corée du Sud, le Canada et quelques « grands [pays] émergents démocratiques », comme l’Inde et le Brésil. Esquissée lors d’une conférence à Singapour en mai dernier, l’idée de « bâtir de nouvelles alliances » basées sur le droit international faisant face « au défi de pays révisionnistes qui veulent imposer, au nom de sphères d’influence, des sphères de coercition » voit ici une tentative de concrétisation avec l’emploi, lors de ce voyage à Tokyo puis à Séoul, de l’expression de « coalition des indépendants ».
Un rassemblement des démocraties ?
Au Japon, Emmanuel Macron avait assuré voir une convergence entre « la stratégie française et européenne » et « la stratégie japonaise ». Face à lui pourtant, Mme Takaichi s’est imposée avec des positions ultranationalistes et conservatrices. La Première ministre japonaise, si elle s’est affichée aux côtés de Donald Trump, s’est en revanche attiré la colère de Pékin par ses positions affirmées sur la scène diplomatique asiatique. En Corée du Sud, où Emmanuel Macron est arrivé jeudi 2 avril, le président sud-coréen, classé au centre-gauche, arrivé au pouvoir en juin 2025, s’efforce, lui, de mener une diplomatie pragmatique à l’égard des États-Unis, alors Séoul dépend largement de Washington pour sa sécurité face à la Corée du Nord.
« Je suis convaincu qu’en ce moment même, des démocraties comme la Corée du Sud et la France, nos Républiques, ont beaucoup à accomplir ensemble », a martelé Emmanuel Macron ce vendredi 3 avril face à des étudiants de la prestigieuse université Yonsei de Séoul. « Sur la base de ce partenariat, les démocraties de vos pays d’origine, celles d’Europe, le Canada, le Brésil et l’Inde, ont un programme commun », a-t-il précisé. « Notre objectif est de ne pas être les vassaux de deux pouvoirs hégémoniques », a toutefois insisté le président français, qui promeut une « troisième voie » : « Et nous ne voulons pas dépendre de la domination, disons, de la Chine, ni être trop exposés à l’imprévisibilité des États-Unis Cela dit, c’est justement pour cela qu’il y a une marge de manœuvre, un espace ».
Les échanges tendus entre Donald Trump et Emmanuel Macron
Bien qu’il reconnaisse le rôle crucial des États-Unis pour bâtir le nouvel ordre mondial après la Seconde Guerre mondiale, le président français a estimé que « le problème auquel nous sommes confrontés, c’est que les principaux pays, ceux qui ont la plus grande responsabilité, commencent à mettre eux-mêmes en péril l’ordre international ». Jeudi 2 avril, Emmanuel Macron avait déjà critiqué son homologue américain, sa diplomatie et sa communication volubile, estimant que Donald Trump parlait trop et se contredisait sans cesse. Il avait aussi condamné la guerre contre l’Iran, évoquant « une opération que les Américains ont décidée avec les Israéliens seuls », en ironisant sur le fait qu’ils déplorent à présent de ne pas être « aidés » par des alliés qu’ils n’ont pas consultés.
Ces déplacements d’Emmanuel Macron au Japon et en Corée du Sud ont été rythmés par un dialogue musclé, à distance, avec son homologue étatsunien. Vendredi 3 avril, le président français a réaffirmé qu’il était impossible de « résoudre » les problèmes posés par l’Iran « simplement par des bombardements », invoquant par ailleurs les échecs des opérations militaires « en Irak, en Afghanistan, en Libye ». « Si on commence à dire « je n’aime pas votre régime (…) donc je vais intervenir et vous bombarder », on ouvre la boîte de Pandore », a prévenu le chef de l’État français. Avant de repartir pour Paris, Emmanuel Macron doit participer à un forum économique franco-coréen, inaugurer une annexe du Centre Pompidou à Séoul et dîner avec des personnalités du cinéma sud-coréen et de la K-pop.




