Le gallon d’essence affichait 2,98 dollars (2,66 euros) fin février. Il en coûte environ 4,17 dollars aujourd’hui, soit près de 40 % de plus en huit mois. Entre les deux, une guerre contre l’Iran déclenchée avec Israël, et un président qui avait promis de ne plus engager son pays dans une aventure militaire extérieure ni de laisser filer les prix. À quelques heures des élections de mi-mandat, ce mardi 3 novembre, Donald Trump en règle la facture. Selon Ipsos pour Reuters, 32 % des Américains approuvent son action, un point de mieux que le plancher de 31 % relevé le 20 octobre.
L’année avait pourtant démarré en fanfare. Le 3 janvier, un raid spectaculaire au Venezuela aboutit à la capture du président Nicolás Maduro. Quelques semaines plus tard, deux personnes sont tuées à Minneapolis par des agents fédéraux dans le cadre des opérations de contrôle de l’immigration, et le choc dépasse largement le Minnesota. Puis vient l’Iran, fin février. Huit mois après, aucune sortie honorable ne se dessine à Téhéran, et la Maison-Blanche continue de vanter un « âge d’or » que peu d’électeurs disent apercevoir.
Le portefeuille d’abord
Sur le papier, l’économie américaine tient. La croissance est robuste et le chômage reste bas, relève Reuters. Mais 73 % des sondés jugent que le coût de la vie va dans la mauvaise direction, et la confiance des consommateurs demeure dégradée. Carburant, alimentation, logement, taux hypothécaires : c’est dans ces rayons-là que le scrutin se joue. Les droits de douane, érigés en emblème du retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, figurent désormais, selon l’Associated Press, parmi les fardeaux des républicains, entre agriculteurs fragilisés et prix tirés vers le haut. Les statistiques ne votent pas. Les électeurs, si.
Difficile, pour les candidats du parti, de se démarquer d’un président qui a tout fait pour qu’on ne les dissocie pas. Le Washington Post a décompté 30 rassemblements en 32 jours avant le scrutin. Les midterms, déjà ingrats pour la Maison-Blanche (le parti présidentiel y a perdu en moyenne 27 sièges à la Chambre entre 1934 et 2022), prennent des airs de référendum. Joe Biden s’en était sorti avec neuf sièges perdus en 2022, malgré une popularité en berne. Les sondages de fin de campagne ne laissent pas augurer la même clémence pour son successeur.
L’argent d’un côté, l’élan de l’autre
Les républicains ont déjà remporté une bataille, celle du chéquier. Fin septembre, les comités républicains disposaient d’environ 187 millions de dollars de liquidités, contre 100 millions pour leurs homologues démocrates. Entre juillet et septembre, ils avaient en outre engagé environ 137 millions de dollars de dépenses coordonnées avec leurs candidats, contre 55 millions côté démocrate. Reste le terrain. Les démocrates mènent par 47 % contre 36 % sur le vote générique pour le Congrès dans un sondage Reuters/Ipsos achevé le 26 octobre. Leurs électeurs paraissent aussi plus mobilisés : 75 % d’entre eux se disent certains d’avoir voté ou de voter, contre 67 % des républicains, selon un sondage Washington Post-ABC-Ipsos publié mi-octobre. Le risque pour la Maison-Blanche n’est donc pas seulement un transfert de voix, mais aussi des électeurs trumpistes qui restent chez eux.
Les républicains disposent toutefois d’un atout dans la carte électorale : le redécoupage de circonscriptions dans neuf États leur procure un avantage théorique net dans plusieurs sièges. À la Chambre, où ils détiennent 218 sièges contre 214 aux démocrates, avec un indépendant et deux sièges vacants, la bascule reste pourtant jugée très probable par les modèles : Decision Desk HQ attribue 84 % de probabilité aux démocrates de reprendre la Chambre. Au Sénat, où 35 des 100 sièges sont renouvelés, le suspense subsiste : le même modèle donne actuellement 64 % de probabilité aux démocrates d’en prendre le contrôle.
Si le Congrès change de main, la Maison-Blanche s’expose à des commissions d’enquête, des auditions en série et un agenda législatif bloqué. L’Associated Press le rappelle toutefois : une défaite républicaine ne vaudrait pas adhésion au programme démocrate. Sanction contre Donald Trump, usure ordinaire du pouvoir ou rejet sans alternative ? Réponse ce 3 novembre.




