« C’est une solution ukrainienne innovante qui abat les drones à l’aide de mitrailleuses contrôlées par l’intelligence artificielle », explique Serguiï Beskrestnov, conseiller technologique du président Volodymyr Zelensky, sur Telegram. Cette solution porte un nom : Sky Sentinel. « Ce sont des systèmes Sky Sentinel. Ils sont déjà en service de combat et sont utilisés pour contrer les drones d’attaque russes », a déclaré le porte-parole de l’armée de l’air ukrainienne, Iouriï Ignat, à UNITED24 Media. Le lundi 5 octobre, l’armée de l’air ukrainienne a confirmé que ces tourelles équipées de mitrailleuses et de systèmes d’intelligence artificielle avaient déjà abattu des drones russes à réaction, dont des Geran-5. Une réponse à un problème devenu particulièrement préoccupant pour Kiev : ces derniers mois, la Russie a fortement accru l’utilisation de ces appareils, notamment lors de ses frappes contre la capitale.
Plus rapides que les modèles classiques, ces drones sont en effet plus difficiles à intercepter. Selon Volodymyr Zelensky, l’Ukraine parvient à détruire environ 85 à 90 % des drones conventionnels, contre environ 57 % des modèles à réaction. Iouriï Ignat évoquait de son côté, le 5 octobre, un taux compris entre 50 % et 70 % pour ces derniers. L’aviation ukrainienne, notamment les chasseurs F-16 fournis par les alliés de Kiev, fait partie des moyens utilisés pour les intercepter. Plus de douze tourelles ont déjà été installées à Kiev, et leur déploiement doit se poursuivre.
Une innovation qui reste limitée
Sur le papier, le système présente plusieurs avantages. Son principal intérêt repose sur son mode d’interception. Sky Sentinel utilise une interception cinétique, c’est-à-dire qu’il détruit directement le drone à l’aide de ses mitrailleuses. Une méthode particulièrement intéressante face à certains drones russes, notamment ceux contrôlés par fibre optique, contre lesquels les dispositifs de guerre électronique sont inefficaces. Concrètement, la tourelle détecte, suit, puis calcule de manière autonome la trajectoire du drone ennemi. Selon le ministère ukrainien de la Défense, l’opérateur peut ensuite confirmer l’engagement d’une simple pression sur un bouton.
Autre avantage : son coût. Une tourelle Sky Sentinel est évaluée à environ 150 000 dollars, un montant bien inférieur à celui de nombreux missiles sol-air utilisés pour intercepter des drones. Ce montant correspond notamment au prix communiqué dans plusieurs campagnes de financement de UNITED24.
Mais malgré ces atouts, les autorités ukrainiennes restent prudentes sur ses capacités. Iouriï Ignat, qui a lui-même commenté les résultats du système, tempère ainsi son potentiel : « Ce n’est pas parce qu’il y a eu un appareil abattu qu’on a déjà trouvé quelque chose qui change la donne. » Son rayon d’action reste limité par la portée de sa mitrailleuse, ce qui en fait avant tout un système de défense rapprochée destiné à protéger des zones ou des infrastructures précises.
Une technologie déjà testée sur le front
« Plus de 10 unités militaires utilisent déjà une tourelle compacte alimentée par l’IA », indiquait en mai le ministère ukrainien de la Défense. Le système Sky Sentinel est donc loin d’être une technologie apparue du jour au lendemain. Le ministère précisait alors qu’une tourelle de ce type avait été utilisée pour la première fois au combat par la brigade K-2, spécialisée dans les systèmes sans pilote. Plus de dix unités militaires en étaient déjà équipées au printemps.
Les autorités ukrainiennes mettent également en avant ses premiers résultats. UNITED24 affirme que Sky Sentinel avait déjà détruit six drones Shahed lors de précédents engagements, ce qui lui a valu le surnom de « Shahed Catcher », le « chasseur de Shahed ». Volodymyr Zelensky a également annoncé que huit installations supplémentaires étaient prévues dans la région de Kiev.



