Et si la guerre pouvait être fructueuse pour les compagnies pétrolières ? L’ONG Greenpeace a publié mercredi 1ᵉʳ avril une étude concernant les géants des énergies fossiles qui réalisent, selon elle, depuis le début de la guerre en Iran, plus de 80 millions d’euros de « surprofits » par jour dans les pays de l’Union européenne. Pendant le mois de mars, ces « surprofits » représenteraient environ 2,5 milliards d’euros et seraient dus à l’augmentation de leurs marges.
Pour atteindre un tel chiffre, le rapport se concentre sur l’écart entre le prix du pétrole brut et le prix du carburant en station entre janvier et février 2026 ainsi que les trois premières semaines du mois de mars de la même année. D’après les résultats constatés, cette marge aurait augmenté. « Le rapport montre que l’augmentation des prix à la pompe est largement supérieure à celle des prix sous-jacents du pétrole brut », indique Greenpeace dans son communiqué. En outre, l’ensemble de l’industrie des énergies fossiles a pu bénéficier d’une explosion de ses profits, dans un contexte où des millions de personnes peinent à régler leurs factures d’énergie à la fois, du moins, pointe Greenpeace.
Dès la mi-mars, l’Agence internationale de l’énergie a indiqué que l’écart des prix entre les cours du pétrole brut et le diesel vendu en Europe avait doublé. Les prix sont passés de 22 euros par baril de pétrole en février 2026 à plus de 43 euros au début du mois de mars 2026. Par conséquent, comparé aux profits, les compagnies pétrolières opérant en Europe réalisent quotidiennement 81,4 millions d’euros de surprofits comparés aux profits qu’elles engrangeaient avant la guerre, a calculé le cabinet Energy Comment pour le rapport de Greenpeace. « Par rapport aux mois d’avant-guerre, les compagnies pétrolières ont réalisé un bénéfice quotidien excédentaire de 75,3 millions d’euros grâce à la vente de gazole pour voitures et camions. Les ventes d’essence ont contribué à hauteur de 6,1 millions d’euros par jour », affirme le rapport.
Greenpeace demande des taxes sur les entreprises pétrolières
L’augmentation des marges est plus importante sur le diesel que sur l’essence. Parmi les pays de l’Union européenne où les marges sont le plus en hausse, les Pays-Bas, la Suède, le Danemark, l’Autriche et l’Allemagne se retrouvent être les principaux concernés. C’est en particulier l’Allemagne qui connaît depuis le début de la guerre les « surprofits » les plus importants, à hauteur de 23,8 millions d’euros par jour, suivie par la France avec 11,6 millions d’euros par jour. Les marges sur l’essence en France ont baissé de 3,4 centimes par litre. Néanmoins, concernant le diesel, la France est le deuxième pays derrière l’Allemagne où les compagnies pétrolières tirent le plus de profits de cette guerre. Sur ce produit, la marge a augmenté de 0,149 euros par litre.
En réponse à cela, Greenpeace France appelle « les gouvernements européens à introduire des taxes permanentes supplémentaires sur les profits des entreprises pétrolières et gazières, dont le produit serait utilisé pour réduire les factures d’énergie et accélérer l’indépendance énergétique européenne ». La guerre au Moyen-Orient qui oppose les forces israéliennes et américaines à l’Iran ou encore au Hezbollah chiite présent au Liban a fait fortement augmenter les cours du pétrole.
Une hausse de 15 et 30 euros pour chaque plein
En France, la semaine passée, le prix du litre de gazole a atteint le record en moyenne hebdomadaire depuis 1985. Le prix du litre d’essence était notamment à hauteur de 27 centimes et le diesel à 49 centimes de plus qu’avant le déclenchement de la guerre. Les prix ont notamment dépassé les plus hauts niveaux qui avaient pu être atteints à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, selon des chiffres du gouvernement. Des prix qui, au sein de l’Europe, font augmenter la facture de carburant entre 15 et 30 euros pour chaque plein, constate dans ses calculs la fédération européenne Transport & Environment.
Aux États-Unis, le gouvernement de Donald Trump a commencé à puiser dans sa réserve stratégique de pétrole pour la première fois depuis le début de la guerre, indique les chiffres relatés dans la soirée de mercredi 1ᵉʳ avril par l’Agence américaine d’information sur l’énergie. Dans la même soirée, le président américain a exprimé lors d’une allocution qu’il renverrait l’Iran « à l’âge de pierre », une prise de parole qui n’a pas rassuré les marchés financiers. Les cours du pétrole sont repartis à la hausse ce jeudi 2 avril. Vers 8 h du matin (heure de Paris), le prix du baril de brent de la mer du Nord, qui est la référence mondiale du pétrole brut, a augmenté de 6,66 % pour se fixer à 107,90 dollars.
24 milliards d’euros de profits d’ici fin 2026
Si la guerre au Moyen-Orient se poursuit à un tel rythme, les compagnies pétrolières pourraient encore récolter environ 24 milliards d’euros de profits d’ici la fin de l’année 2026, estime Transport & Environment. Côté français, TotalEnergies a acheté des cargaisons de pétrole dans des quantités colossales avant que les cours ne s’envolent. Ces achats lui permettent de générer plus de 863 millions d’euros, selon le Financial Times.
Pour répondre à ces surprofits, la fédération Transport & Environment demande la réactivation du mécanisme européen qui avait permis en 2022 de taxer à hauteur de 33 % les bénéfices des compagnies fossiles qui dépassent de 20 % la moyenne des grosses compagnies du milieu enregistrée entre 2018 et 2021. « Cette mesure avait permis de récolter environ 28 milliards d’euros entre 2022 et 2023 et devrait être réutilisée », affirme l’organisation européenne.




