Après une montée en tension rapide ces derniers jours entre les différents belligérants, la guerre au Moyen-Orient semble profiter d’un temps d’accalmie. Donald Trump a fait état de discussions « très fructueuses » avec l’Iran.

L’heure est-elle à la désescalade ? C’est ce qu’esquisse en tout cas le dernier post de Donald Trump sur son réseau Truth Social, dans lequel le président des États-Unis annonce reporter de cinq jours « toute action militaire contre les centrales électriques et les infrastructures énergétiques iraniennes ».

Une déclaration pour le moins inattendue, Donald Trump ayant adressé un ultimatum à la République islamique d’Iran en lui demandant de rouvrir le détroit d’Ormuz d’ici lundi soir. Sans être complètement écartées, ces menaces deviennent subitement plus lointaines, grâce à des discussions et des réunions dites « très fructueuses » par le président des États-Unis.

Un vent de soulagement souffle sur la guerre

« J’ai le plaisir d’annoncer que les États-Unis et l’Iran ont eu, au cours des deux derniers jours, des discussions très fructueuses et constructives en vue d’un règlement complet et définitif de nos hostilités au Moyen-Orient », s’est félicité, ce lundi 23 mars 2026, Donald Trump sur un post Truth Social. Un message qui se présente comme un énième retournement de situation émanant du Républicain.

Alors que la guerre au Moyen-Orient entame sa quatrième semaine, un seul paragraphe suffit à redessiner entièrement le destin du conflit. Le président des États-Unis annonce également sur Truth Social avoir « donné l’instruction au département de la Guerre de reporter toute frappe militaire contre les centrales électriques et les infrastructures énergétiques iraniennes pour une période de cinq jours ».

Samedi 21 mars, Donald Trump faisait preuve d’un ton bien plus virulent puisqu’il menaçait l’Iran de « frapper et d’anéantir les centrales électriques » de son ennemi, « en commençant par la plus grande ». Une intimidation qui visait à faire pression sur le régime des mollahs, sommés de rouvrir le détroit d’Ormuz, partiellement fermé depuis le samedi 28 février. Celui-ci n’a pas manqué de faire monter les enchères en menaçant à son tour de viser les infrastructures « énergétiques, de technologie de l’information et de dessalement d’eau » dans la région.

« La question de bombarder les infrastructures énergétiques en Iran plongerait le pays dans le noir absolu. S’il n’y a plus d’électricité, il n’y a plus de frigidaires, d’hôpitaux, de transports en commun, de systèmes informatiques… Ce sont des cibles faciles qui ne sont pas simples à reconstruire », explique auprès de TIME France Anne-Laure Amilhat Szary, professeure de géographie à l’Université Grenoble-Alpes.

Téhéran a également annoncé ne pas exclure la possibilité de poser des mines navales dans le Golfe si les États-Unis et Israël prenaient pour cibles ses côtes ou ses îles.

Les marchés réagissent dans la foulée

Immédiatement après la potentielle désescalade annoncée par Donald Trump, les cours du pétrole ont emprunté une pente vertigineuse. Le prix du baril de Brent pour livraison en mai chutait, vers 12 h 20 (heure de Paris), de 9,63 % à 101,39 dollars. Le baril de West Texas Intermediate, l’équivalent américain, observait quant à lui une baisse de 9,39 % à 89,01 dollars pour livraison le même mois.

« Dès que Donald Trump dit quelque chose, il y a un effet immédiat sur les marchés. Tout ça est d’une volatilité absolument terrible, parce qu’on a un Donald Trump qui, passant son temps à changer d’avis, soumet les marchés à des voltes-faces permanentes », analyse Agnès Levallois, spécialiste du monde arabe contemporain et vice-présidente de l’iReMMO contactée par TIME France.

Depuis le début de la guerre en Iran, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) établit une perte de 11 millions de barils par jour, en raison de la paralysie partielle du détroit d’Ormuz, soit plus que les deux crises pétrolières majeures réunies. « À l’époque, pour chacune de ces crises, le monde a perdu environ cinq millions de barils par jour, soit, en ajoutant les deux, 10 millions de barils par jour », selon Fatih Birol, le directeur de l’AIE, selon qui « aucun pays ne sera immunisé contre les effets de cette crise si elle continue dans cette voie ».

Les propos du président étasunien font également les affaires des bourses européennes, lesquelles ont nettement rebondi à la mi-séance. Après avoir perdu plus de 2 % dans la matinée, la Bourse de Paris s’est élevée de 1,53 % vers 12 h 30, Francfort de 1,92 %, Milan de 1,24 % et Londres de 0,18 %.

Tandis que s’ouvre ce lundi 23 mars la CERAWeek, le plus grand rendez-vous mondial du pétrole, l’administration Trump a tenté d’apaiser les inquiétudes. Chris Wright, ministre de l’Énergie aux États-Unis, a promis que les perturbations liées à la guerre au Moyen-Orient étaient temporaires, assurant que « les prix n’ont pas encore atteint un niveau suffisamment élevé pour entraîner une baisse importante de la demande ».

Les médias iraniens démentent les propos de Trump

En parallèle du revirement spectaculaire de Donald Trump, certaines voix contestataires laissent apparaître une version de l’histoire radicalement différente. L’agence de presse iranienne Mehr assure qu’« il n’existe aucun dialogue entre Téhéran et Washington », en citant le ministre des affaires étrangères, Abbas Araghchi. L’agence de presse Tasnim estime quant à elle que « Donald Trump a reculé face à la crédibilité des menaces militaires iraniennes contre les infrastructures vitales ».

« Donald Trump mène une politique complètement erratique. Il peut se dire “pourquoi pas faire une déclaration pour faire redescendre un peu les cours”, quitte à faire exactement le contraire quelques heures après. Il l’a toujours fait, donc pourquoi ne continuerait-il pas puisque personne ne l’empêche d’avoir ce genre d’attitude ? », explique Agnès Levallois.

Le post de Donald Trump sur Truth Social nage à contre-courant de la position habituelle entretenue par le gouvernement des États-Unis, lequel répète à l’envi ne plus vouloir de pourparlers avec les Iraniens depuis le samedi 28 février 2026. « Il n’y aura pas d’accord avec l’Iran, seulement une capitulation sans condition ! », écrivait il y a peu le président étasunien sur Truth Social.

Anne-Laure Amilhat Szary, qui entrevoit l’existence d’un double discours mensonger, tant du côté iranien qu’étasunien, estime que « croire ce que dit Donald Trump est être très naïf. Je rappelle qu’au moment où la guerre en Iran éclate, il était censé être en très bonne négociation avec l’Iran et était extrêmement optimiste ». La professeure à l’université Grenoble-Alpes concède toutefois qu’« il n’est pas complètement impossible qu’il y ait des formes de négociations en cours pour voir jusqu’où on va dans l’escalade de la violence et jusqu’où on ne va pas ».

En dépit des allégations iraniennes, Donald Trump assure que les discussions avec l’Iran se poursuivront au cours de la semaine.