Le ministre espagnol des Transports, Óscar Puente, a qualifié d’« inexplicable », mercredi 28 octobre, la décision d’autoriser le train de Renfe à repartir alors qu’un autre convoi était immobilisé devant lui. Près d’Urda, dans la province de Tolède, la collision entre un train à grande vitesse de la compagnie privée Iryo et un train à grande vitesse de la compagnie nationale Renfe a fait au moins 69 morts, selon le bilan annoncé jeudi matin par le président de la région Castille-La Manche, Emiliano García-Page. Cinquante blessés restaient hospitalisés dans la région. Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a décrété trois jours de deuil national et promis que toute la lumière serait faite sur les circonstances du drame.
Il est 8 h 53 lorsque le train de Renfe percute par l’arrière le train Iryo, immobilisé sur la voie. Selon les chiffres communiqués mercredi par la porte-parole du gouvernement régional, Esther Padilla, les deux convois transportaient respectivement 397 et 147 passagers. Le choc provoque le déraillement de plusieurs voitures, dont certaines basculent dans un talus. Selon les premières informations rapportées par les autorités, une panne du système de sécurité ferroviaire LZB survient vers 8 h 30, entraînant l’arrêt de plusieurs trains. D’après les communications consultées par El País, un opérateur du centre de contrôle d’Adif, le gestionnaire du réseau, autorise le train de Renfe à reprendre sa marche normale à 8 h 36. Pourtant, le train Iryo reste immobilisé. Sa conductrice signale la situation à 8 h 41, puis de nouveau à 8 h 48. Cinq minutes plus tard, la collision se produit.
Pourquoi le train de Renfe a-t-il pu poursuivre sa route alors que celui qui le précédait était toujours à l’arrêt ? Les enregistrements des communications et les boîtes noires doivent permettre de reconstituer précisément cette séquence. Une enquête judiciaire et une enquête technique doivent établir les causes de l’accident et déterminer si des défaillances dans les procédures de sécurité ont contribué au drame.
Après deux accidents meurtriers, la sécurité ferroviaire sous pression
La catastrophe d’Urda ravive le souvenir d’un autre accident meurtrier. Le 18 janvier, à Adamuz, en Andalousie, une collision ferroviaire avait fait 46 morts. Les deux accidents ont impliqué les compagnies Renfe et Iryo, mais les premiers éléments orientent vers des scénarios différents, sans que les causes soient définitivement établies. À Adamuz, les enquêteurs ont notamment examiné l’hypothèse d’une rupture du rail. À Urda, les premières informations mettent en lumière la gestion de la circulation après une panne du système de sécurité. Pedro Sánchez a toutefois souligné qu’« il est inacceptable pour un pays comme l’Espagne de subir deux accidents ferroviaires à grande vitesse la même année ».
Ces deux catastrophes replacent la fiabilité des infrastructures et des équipements ferroviaires au centre du débat. L’Espagne dispose de l’un des réseaux à grande vitesse les plus étendus d’Europe et a engagé d’importants investissements dans son système ferroviaire. Après l’accident d’Adamuz, le gouvernement a notamment annoncé en février un plan de rattrapage de 8,15 milliards d’euros consacré à la maintenance. L’enquête sur la collision d’Urda devra notamment déterminer si les équipements de signalisation et les procédures de sécurité en vigueur étaient adaptés aux circonstances de la panne.
Le système LZB, utilisé sur la ligne Madrid-Séville depuis son ouverture en 1992, doit progressivement être remplacé par le système européen ERTMS. Selon El País, cette modernisation n’est pas encore pleinement opérationnelle sur cette ligne.
Les cheminots réclament des garanties sur la sécurité
Le drame a également provoqué des manifestations. Mercredi 28 octobre au soir, un rassemblement convoqué par des formations d’extrême droite s’est tenu devant le ministère espagnol des Transports, à Madrid, donnant lieu à des affrontements avec les forces de l’ordre, selon la Cadena SER. Des participants ont lancé des fusées éclairantes et des projectiles, tandis que la police a eu recours à des gaz lacrymogènes pour disperser la foule.
La contestation s’exprime également parmi les conducteurs de train. Le syndicat Semaf a maintenu la grève de 24 heures prévue jeudi 29 octobre, convoquée avant même le drame. Dans un communiqué publié mercredi, l’organisation a affirmé vouloir défendre « un changement structurel de la sécurité » ferroviaire et obtenir le respect des engagements pris en la matière. Tout en présentant ses condoléances aux victimes et à leurs proches, elle a appelé à ne pas spéculer sur les causes de la collision avant que les faits soient établis.




