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Forêts françaises : pourquoi la mortalité des arbres a plus que doublé en dix ans

Une forêt en Ecosse. (Crédits: Brook Mitchell via Getty Images)
16,7 millions de mètres cubes de bois mort par an, contre 7,4 millions dix ans plus tôt. L’Institut national de l’information géographique et forestière alerte sur la santé des forêts françaises, fragilisées par un cocktail de sécheresses, de maladies et de ravageurs.

Un scolyte d’à peine un centimètre, et des hectares entiers de pins qui roussissent. En Gironde, à La Teste-de-Buch, certains arbres qui avaient survécu aux flammes de l’incendie de 2022 n’ont pas résisté à ce qui a suivi. Trop affaiblis par le feu, ils sont devenus des proies faciles pour ce petit coléoptère xylophage. Résultat : une nouvelle vague de mortalité l’année suivante.

Cette scène, isolée en apparence, résume pourtant un phénomène national. Selon l’atlas des forêts publié ce 15 septembre par l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN), qui reprend les derniers résultats de l’Inventaire forestier national, la mortalité annuelle des arbres en France a bondi de 125 % en une décennie. Entre 2005 et 2013, l’inventaire forestier national comptait 7,4 millions de mètres cubes de bois mort par an. Sur la période 2015-2023, ce chiffre grimpe à 16,7 millions. Plus qu’un doublement.

Un cercle vicieux enclenché par la sécheresse

Derrière cette hécatombe, un facteur aggravant majeur revient sans cesse : le réchauffement climatique. Il n’est pas seul en cause, mais il affaiblit les arbres, ouvrant la porte à d’autres menaces. « Le changement climatique est l’un des facteurs majeurs de l’accélération du dépérissement des forêts, mais il n’est pas responsable de tout », précise Magali Jover, qui pilote le programme forêt de l’IGN.

Entre 2005 et 2013, elles absorbaient 63 millions de tonnes de CO2 par an. Sur la période 2015-2023, ce chiffre est tombé à 39 millions de tonnes.

Le mécanisme est connu des forestiers. Quand les températures grimpent et que l’eau manque dans les sols, l’arbre ferme ses stomates, ces minuscules orifices situés sur les feuilles qui régulent les échanges d’eau et de gaz. Il puise alors dans ses réserves. Une fois, deux fois, l’arbre encaisse. Mais les épisodes de sécheresse se répètent désormais d’année en année. À force, les réserves s’épuisent. « Les arbres sont capables de gérer une année un peu compliquée, mais si la sécheresse revient régulièrement, ils seront fragilisés », résume Magali Jover.

Un arbre affaibli devient une cible. Les scolytes, ces insectes qui creusent des galeries sous l’écorce, prolifèrent d’autant plus facilement que la chaleur accélère leur cycle et que des hivers doux favorisent leur survie. Le châtaignier plie sous la maladie de l’encre, le frêne recule face à la chalarose, l’épicéa succombe aux scolytes. À cela s’ajoutent les risques liés à la mondialisation des échanges, qui favorise l’importation de pathogènes venus d’ailleurs, et la surabondance des populations de cerfs, chevreuils et sangliers, qui empêche les jeunes pousses de s’installer. « C’est un scénario en cascade », résume la pilote du programme forêt de l’IGN.

Un puits de carbone qui s’essouffle

Cette dégradation a un effet direct sur le rôle climatique des forêts françaises. Entre 2005 et 2013, elles absorbaient 63 millions de tonnes de CO2 par an. Sur la période 2015-2023, ce chiffre est tombé à 39 millions de tonnes. Dans certains massifs, la mortalité et les prélèvements de bois dépassent même la production biologique, entraînant une baisse du stock de carbone. De quoi craindre un effondrement généralisé ? L’IGN tempère. « Cela est conjoncturel », assure Magali Jover, qui rappelle que le reboisement peut permettre à ces zones de retrouver leur fonction de puits de carbone. Autre élément de contexte : la forêt française reste, sur le temps long, en pleine expansion. Elle couvre aujourd’hui 17,6 millions d’hectares, soit 32 % du territoire de la France hexagonale et de la Corse, contre deux fois moins il y a deux siècles. La déprise agricole a laissé la place aux arbres, année après année.

« On ne peut pas dire que les forêts françaises soient en déclin généralisé », insiste Milène Gentils, cheffe du Département de la santé des forêts (DSF) au ministère de l’Agriculture. Selon elle, la mortalité annuelle ne représente qu’environ 0,6 % du volume de bois vivant sur pied. Un chiffre à relativiser, donc, mais qui n’efface pas l’urgence d’agir. Diversifier les essences plantées, privilégier des arbres plus résistants à la sécheresse : c’est, selon les expertes interrogées, le meilleur rempart face aux prochaines vagues de chaleur. « Le meilleur gage de résilience reste la diversité », conclut Milène Gentils. Sur le terrain, l’été qui vient de s’achever n’a rien fait pour rassurer. Marqué par des incendies d’une ampleur inédite, il a ravivé l’inquiétude autour de la vulnérabilité des massifs forestiers face au dérèglement climatique.

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