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Alexis Rosenfeld, la mer patrie

Crédit photos : Alexis Armanet pour TIME France
Explorateur et photographe sous-marin , Alexis Rosenfeld pariticipe à des missions sur les océans du monde entier. Convaincu du caractère crucial de la protection des océans et du biotope marin, il documente les enjeux environnementaux et les missions scientifiques, avec le soutien régulier de l’UNESCO.

À quoi pense Alexis Rosenfeld, à la barre de la Louise, magnifique goélette de 21 mètres, réplique unique d’un vieux gréement de légende, qui file fluide et souple, toutes voiles gonflées, sur la Méditerranée ? Aux récits d’aventures légendaires en mer d’Henry de Monfreid, aux reportages au long cours de Joseph Kessel, ces deux hommes aux destins inspirants qu’il n’a de cesse de lire et relire depuis l’enfance ? C’est en découvrant leurs aventures extraordinaires qu’il s’était promis, lui le gamin parisien, de vivre une vie de voyages et d’explorations.

Ou peut-être songe-t-il à la toute première fois où il a embarqué sur la légendaire Calypso du commandant Cousteau, lors de la toute dernière mission à Madagascar de ce héros à l’aura internationale, figure tutélaire de tant de générations de photographes-cinéastes-plongeurs, explorateurs et autres défenseurs des mers et des océans, des abysses aux rivages. À moins que ce ne soit à Antoine de Saint-Exupéry, disparu en mer lors d’une mission aérienne en 1944 au large du majestueux massif des calanques de Marseille, qui se découpe à l’horizon au-delà de la proue de la Louise. Il se rappelle avoir si souvent plongé dans cette zone avec son ami l’archéologue Luc Vanrell, obsédés tous deux par le mystère de la disparition de l’auteur du Petit Prince. “On plongeait comme des fous, inlassablement, raconte-t-il, à la recherche de traces enfouies dans le sable, persuadés que nous étions au bon endroit, tout proches de résoudre une énigme vieille de plus de 50 ans.” L’intuition des deux compères plongeurs était bonne. C’est dans cette zone, en 2000, lors d’une énième plongée en binôme au large de l’île Riou, qu’ils ont découvert la mythique épave du Lockheed P38 Lightning de Saint-Ex qui reposait par 85 mètres de fond. “Monfreid, Kessel, Saint Ex ont été les pionniers, ils ont ouvert la voie à plusieurs générations d’hommes et de femmes passionnés par les voyages, la découverte du monde, des richesses de la nature sur Terre et sous la mer. Je vis toujours à travers leurs récits parce que ceux-ci rappellent que rien n’est impossible”, explique le photographe-plongeur-explorateur qui, depuis 35 ans poursuit – et concrétise – ses rêves de gamin. Repousser les possibles, explorer, comprendre, c’est aussi ce que nous ont enseigné des hommes exceptionnels comme Jacques-Yves Cousteau ou Henri Delauze, fondateur de la Comex.” C’est d’ailleurs auprès de ce dernier, “brillant ingénieur et visionnaire” qui a révolutionné les techniques de plongée, qu’Alexis Rosenfeld a, dit-il, “tant appris” alors qu’il était jeune scaphandrier dans cette société pionnière de l’exploration sous-marine scientifique, mondialement réputée pour ses techniques de pointe en grande profondeur.

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Requin-baleine se nourrissant de plancton dans les eaux de Djibouti. Crédit photo : Alexis Rosenfield avec l’UNESCO – Alexis Rosenfield / Divergence

 

“Nous embarquons avec nous des océanographes, des climatologues, des biologistes ou des spécialistes de la grande dynamique des océans.” Alexis Rosenfeld

 

Après plus de trois décennies à sillonner les profondeurs des mers et des océans de la planète, à réaliser des milliers de photographies sous-marines d’une faune et d’une flore spectaculaires, à participer à des fouilles archéologiques sous-marines, comme celles qui ont abouti à cette inoubliable découverte d’une cité enfouie au large d’Alexandrie, Alexis Rosenfeld a donné un nouveau sens à sa double passion pour la photographie et les expéditions en les inscrivant dans un vibrant plaidoyer pour l’environnement : c’est aujourd’hui au travers d’un projet totalement inédit par son ampleur et sa durée, 1 OCEAN, qu’il conjugue désormais l’exploration avec l’engagement et la transmission. Depuis 2021, il enchaîne ainsi avec son équipe, et en collaboration avec des chercheurs, les missions scientifiques et d’expéditions sous-marines pionnières en partenariat avec l’Unesco dans le cadre de la Décennie des Nations unies pour les sciences océanographiques au service du développement durable. Un gigantesque et précieux inventaire prévu jusqu’en 2030 dont le but, à l’heure du réchauffement climatique qui menace la faune et la flore des océans, est de répertorier, documenter, étudier, informer et sensibiliser sur la beauté et les dangers qui menacent ce patrimoine maritime naturel mondial qui s’étend sur plus de 70 % de la surface de notre planète et soutient la vie sur Terre. C’est à sa découverte que nous embarque le projet 1 OCEAN, à travers de merveilleux voyages dans des zones sous-marines peu explorées : des profondeurs abyssales obscures des Açores, royaume des cachalots et des légendaires calmars géants, aux fjords glacés de Norvège où les orques et les baleines évoluent en de fascinants ballets ; des forêts gigantesques de kelp en Californie, ces algues brunes géantes longues d’une trentaine de mètres, peuplées de loutres, d’otaries et de requins aux impressionnants déplacements de milliards de sardines qui convergent à la pointe de l’Afrique lors de la plus grande migration animale au monde en termes de biomasse ; de l’atoll perdu de Tatatoko, dans l’archipel polynésien des Tuamotu, écosystème unique au monde où l’on trouve une espèce rarissime de coraux qui semblent avoir le pouvoir inédit de se régénérer malgré la montée des températures qui détruit les récifs coralliens de la planète… Autant de témoignages exceptionnels alors que le réchauffement climatique menace de transformer en déserts subaquatiques les forêts sous-marines, soutien indispensable à la biodiversité et à la vie sur Terre, qui permettent de stocker le carbone et protègent les côtes de l’érosion.

“C’est fou, c’est une vraie chance, s’enthousiasme le photographe-explorateur, d’avoir la possibilité de porter sur un temps si long, avec l’Unesco et sa commission océanographique, ce projet unique qui réunit tout ce qui nous tient à cœur dans l’équipe et au sein de cette grande organisation internationale : la science, l’océan, la préservation de nos patrimoines mondiaux naturels, l’éducation et la jeunesse.” Des missions d’exploration qui sont, dans ce programme 1 OCEAN, choisies en fonction de l’intérêt scientifique qu’elles peuvent susciter : “Nos missions sont toujours réalisées en fonction du sens qu’elles donnent à la connaissance scientifique, poursuit-il. En embarquant des chercheurs avec nous, nous travaillons en étroite collaboration avec des océanographes, des climatologues, des biologistes ou des spécialistes de la grande dynamique des océans.” Ainsi, chacune des missions d’exploration du projet 1 OCEAN, destinées à révéler la beauté et la fragilité de la biodiversité subaquatique, donne l’occasion précieuse de découvrir des données scientifiques jusqu’alors inédites.

 

Retrouvez l’intégralité de l’article dans le nouveau numéro de TIME France, disponible en kiosque

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