La valeur de ses actions a grimpé de 100 milliards de dollars en quelques instants, soit la plus grosse augmentation en un jour de l’histoire. Les prévisions de croissance prometteuses partagées par Oracle en sont à l’origine, l’entreprise ayant annoncé des centaines de milliards de dollars de bénéfices tirés des entreprises d’IA qui utilisent ses capacités de cloud computing. Si le gain astronomique de Larry Ellison peut être attribué à la dynamique actuelle en matière d’intelligence artificielle, son approche particulière du financement en entreprise est aussi à prendre en compte.
Car tous les voyants d’Oracle ne sont pas au vert. L’entreprise a en effet déjoué les prévisions de chiffre d’affaires des analystes et pourrait traverser trois ans de flux financier négatif. Une publication du secteur a par ailleurs signalé des licenciements massifs dans la société.
Mais à l’heure d’une course effrénée à l’intelligence artificielle, les plus gros dépensiers du marché ne sont pas les utilisateurs finaux, mais bien les entreprises d’IA qui conçoivent les produits. Les principaux bénéficiaires du contexte actuel sont donc des entreprises moins célèbres, comme le fabricant de puces NVIDIA, mais aussi Oracle, qui possède et pilote des data centers fournissant une infrastructure de cloud à de nombreuses entreprises d’IA.
La capacité d’Oracle à résoudre de vastes défis logistiques inhérents à la conception de superclusters soulage les entreprises d’IA de leurs tâches opérationnelles, ce qui en fait un partenaire attractif. Par ailleurs, Oracle propose souvent des tarifs plus avantageux que ses concurrents. L’entreprise a ainsi conclu des contrats à plusieurs milliards de dollars avec des sociétés telles qu’OpenAi et xAI. À l’annonce de ces accords le 10 septembre dernier, les actions d’Oracle ont alors gagné environ 38 % de valeur.
Larry Ellison entretient par ailleurs des relations solides avec certains des hommes les plus puissants de la planète. En 2020, il avait organisé une collecte de fonds pour Donald Trump et avait été aperçu à Mar-a-Lago, l’une des résidences du président des États-Unis, lors de sa campagne l’an dernier. En janvier, il était également devenu l’un des principaux partenaires du projet Stargate à 500 milliards de dollars, visant à faire des États-Unis le leader mondial de l’IA. Il compte également parmi les proches d’Elon Musk, puisqu’en 2022, il avait accepté par un simple SMS d’investir un milliard de dollars, ou « le montant que tu me suggères », pour aider l’homme d’affaires à racheter Twitter.
De nombreuses entreprises profitent toutefois du boom de l’intelligence artificielle, alors pourquoi l’entreprise de Larry Ellison en sort-elle aussi gagnante ? La réponse réside dans la quantité d’actions que possède ce dernier : 41 % du capital d’Oracle, soit le double d’il y a quinze ans. Ces dix dernières années, il a en effet entrepris le plus gros programme de rachat d’actions de l’histoire, allant jusqu’à contracter des prêts pour financer ses rachats.
Les investisseurs sont souvent friands du rachat d’actions, puisque celui-ci permet d’augmenter la valeur des actions sur les marchés. Pour autant, cette stratégie est largement critiquée, certains affirmant qu’elle privilégie les gains à court terme plutôt qu’un investissement à long terme dans l’infrastructure ou la R&D. Chuck Summer, chef du groupe démocrate au Sénat, a qualifié les rachats d’actions de « l’un des actes les plus égoïstes rendus possibles par le monde des affaires aux États-Unis ».
Puisqu’il possède de si nombreuses actions d’Oracle, Larry Ellison a vu sa fortune personnelle fluctuer au fil des variations du cours de l’action. C’est pour cette raison qu’il a devancé Elon Musk et ses 385 milliards de dollars en septembre dernier, avant de redescendre à une fortune de 376 millions de dollars.
Ted Cruz, président républicain du Comité du commerce, des sciences et des transports du Sénat des États-Unis, est depuis longtemps l’un des principaux alliés de l’intelligence artificielle au Congrès, avançant régulièrement que le secteur doit être laissé en paix pour en stimuler la croissance et l’innovation. En septembre dernier, il a notamment déposé un projet de loi visant à exclure les entreprises d’IA de la réglementation lorsqu’elles éprouvent de nouvelles technologies.
Le projet de loi laisse entrevoir un véritable bac à sable, dans lequel les entreprises pourraient échapper à certaines réglementations pendant des périodes de deux à dix ans. Ted Cruz a ainsi été soutenu par Michael Kratsios, directeur du Bureau de la politique scientifique et technologique, qui a affirmé que les réglementations anti-innovation étaient un « problème majeur de notre industrie ».
Le projet de loi n’est toutefois pas encore adopté. Si de nombreux sénateurs républicains souhaitent des réglementations visant à atténuer les effets néfastes de l’IA, chez les démocrates en revanche, le projet de loi a été rejeté d’office. Le groupe de défense d’intérêts des consommateurs Public Citizen a déclaré que la proposition « permet aux entreprises de contourner leurs responsabilités et de traiter les Américains comme des cobayes ».
L’IA en action
Quelques heures après l’assassinat du militant politique d’extrême-droite Charlie Kirk dans l’Utah, Donald Trump a posté sur ses réseaux sociaux une vidéo filmée à la Maison-Blanche et condamnant l’événement. Dès sa publication, de nombreux internautes se sont interrogés sur la véracité de la vidéo, affirmant qu’elle était générée par IA en raison des couleurs saturées et de la disparition de l’un des doigts du président pendant quelques instants.
Des experts du domaine ont pour autant exprimé leur scepticisme face à cette théorie. Hany Farid, cofondateur de l’entreprise de cybersécurité GetReal Secutiry, s’est notamment exprimé sur LinkedIn : « Nous avons analysé cette vidéo et nous ne trouvons aucune preuve qu’elle ou son audio aient été générés par une IA ». Selon lui, la disparition de l’un des doigts de Donald Trump sur la vidéo pourrait provenir d’une « manipulation localisée de la vidéo ».
Quoi qu’il en soit, les réactions du grand public prouvent à quel point il est aujourd’hui difficile de croire ce que l’on voit en ligne en raison des avancées de l’IA et des deepfakes. Des vidéos fabriquées de toutes pièces sont confondues avec d’authentiques archives, et inversement. Donald Trump lui-même avait d’ailleurs réfuté une vidéo où l’on voyait un sac blanc jeté depuis une fenêtre de la Maison-Blanche, affirmant qu’elle était « probablement générée par IA ».
Certaines entreprises, comme Google, ont mis en place un système de filigrane afin de différencier les vraies vidéos des fausses. Mais à ce stade, les vidéos virales se propagent à une telle vitesse qu’il est impossible de suivre le rythme pour les vérifier à temps. Au cœur de ce fouillis, les utilisateurs des réseaux sociaux vont certainement continuer à se fier à leurs idées de la vérité et de la fiction, fragmentant davantage les espaces en ligne.
- Article issu de TIME US - Traduction Mathilde Pace





