Google a annoncé avoir conclu avec le Pentagone un accord pour étendre l’usage de son intelligence artificielle générative à des opérations classifiées. De nouveaux contrats, sans garantie claire que l’armée américaine ne s’en servira pas pour des surveillances de masse.

Malgré les contestations de 600 de ses salariés, Google a annoncé collaborer avec le département de la Défense américain. Le Pentagone a conclu mardi 28 avril un accord avec Google pour étendre l’usage de son intelligence artificielle générative Gemini pour des opérations classifiées. Jusqu’ici, il n’y avait que la start-up Anthropic qui bénéficiait de l’autorisation d’intervention sur ces réseaux confidentiels avec son modèle génératif Claude. 

En février dernier pourtant, l’administration Trump a mis à terme tous ses contrats avec Anthropic, ce dernier s’était opposé à laisser l’armée américaine utiliser ses modèles d’IA à des fins de surveillance de masse sur des populations civiles et pour des usages d’armes autonomes, sans restrictions. 

Des contrats beaucoup plus laxistes

Depuis, le ministre de la Défense Pete Hegseth a mis fin au contrat entre les deux parties à la fin du mois de février. L’administration Trump et Anthropic sont également en contentieux judiciaire. Fin mars, un tribunal fédéral de San Francisco les a tous deux suspendus, le gouvernement américain a fait appel de la décision. L’armée américaine s’est donc tournée à présent vers les modèles d’OpenAI pour ses opérations classifiées, mais le processus doit encore prendre plusieurs mois avant d’être opérationnel.

C’est dans cette situation que le Pentagone a décidé de rentrer dans des discussions avec d’autres entreprises spécialisées dans l’IA générative. Google s’inscrit donc depuis dans une stratégie d’ouverture du ministère de la Défense. « Trop dépendre d’un prestataire n’est jamais une bonne chose », a toutefois affirmé un responsable de l’IA au Pentagone, auprès de la chaîne d’information CNBC.

Selon le site d’information TechCrunch, un accord similaire a aussi été conclu avec la société xAI, fondée par le milliardaire Elon Musk. L’armée américaine accorde dans ces nouveaux contrats plus de latitude « dans les limites de la loi », sur l’usage de l’IA, comparé au précédent contrat signé avec Anthropic.

L’accord avec Google inclut néanmoins des dispositions qui indiquent que l’entreprise ne souhaite pas que ses technologies soient utilisées pour la surveillance de masse domestique ou des armes autonomes. Des conditions que le Pentagone n’estime pas nécessaires et applicables sans garantie claire, notamment à propos de leur caractère contraignant, d’après le Wall Street Journal.

600 salariés alertent sur les futurs « dégâts affreux »

En interne, l’orientation empruntée par l’armée américaine est contestée : plus de 600 salariés ont signé une lettre publiée lundi 27 avril, adressée au PDG d’Alphabet, Sundar Pichai, qui appelle à renoncer à cette collaboration. La lettre réclame à la direction du groupe Google de ne pas fournir à l’armée américaine ses modèles d’intelligence artificielle comme Gemini pour des opérations classifiées. Parmi les signataires, plusieurs cadres de l’entreprise y figurent.

« En l’état, il n’y a aucun moyen de s’assurer que nos outils ne seront pas utilisés pour faire des dégâts affreux ou rogner les libertés individuelles, loin des regards », s’inquiète un employé anonyme dans la déclaration que s’est procurée l’AFP.

Cette contestation en interne des employés de Google fait écho à un épisode survenu quelques années plus tôt. En 2018, un mouvement en interne mené par les salariés avait déjà poussé le groupe à renoncer à prendre part au projet « Maven », qui s’appuyait aussi sur l’analyse d’images de drones par intelligence artificielle. Les employés demandaient notamment au PDG Sundar Pichai, de ne pas rentrer dans un « commerce de la guerre ». 

En réponse à ces contestations, Google s’était engagé : plus jamais d’armes, plus jamais de surveillance. Pourtant, sept ans après, Demis Hassabis, directeur général de Google DeepMind, la division IA de Google, justifie ce revirement en affirmant que « le monde a changé ».