En se présentant, Thomas Leclercq mentionne d’emblée sa « famille de gros bosseurs ». Fils de Michel Leclercq, fondateur de Decathlon, et petit-cousin de Gérard Mulliez, fondateur d’Auchan, il explique avoir commencé à travailler dès ses onze ans : « Je n’ai pas fait de grandes écoles, mais j’ai appris au plus proche du client. Je crois que c’est là qu’on apprend ». Auchan, Norauto, Kiabi… Thomas Leclercq a longtemps évolué au sein de la sphère familiale.
C’est dans les années 1990 qu’il s’en détache en plaçant ses premiers capitaux à l’international, dont Amazon, qui traçait alors fraîchement sa route dans le secteur du commerce à distance. Avec un portefeuille estimé aujourd’hui à 1,5 milliard de dollars, Thomas Leclercq a également investi, à travers sa société Leclercq American Capital, dans Meta, Microsoft ou encore Pfizer. Tout en vantant la logique des États-Unis, qui permet le succès entrepreneurial et l’argent décomplexé, l’homme d’affaires souligne le potentiel de l’IA quantique, « une technologie du futur ».
Vous avez évolué d’un environnement entrepreneurial familial dans le retail vers l’investissement dans des technologies de pointe. Quel a été le déclic pour ce changement de carrière et pourquoi la tech ?
Nul n’est prophète en son pays : à un moment il faut faire ses choix dans la vie. J’ai voulu faire des choses différentes de ce que pouvait faire ma famille, m’envoler et vivre par moi-même pour pouvoir revendiquer la paternité de ma réussite. Ca me paraît quelque chose d’important.
Pourquoi la tech ? Parce qu’il y a des facteurs de croissance absolument importants aujourd’hui. Les nouvelles technologies, comme l’informatique et l’intelligence artificielle, bouleversent le quotidien de beaucoup de gens. Il faut en être parce que c’est là que ça se passe : la tech est pour moi une évidence.
Cet argent est gagné dans des domaines qui, souvent, servent les gens. C’est ce que j’essaye de faire et je considère que l’histoire n’est pas finie. J’ai aujourd’hui 60 ans, je suis en pleine forme et je suis très fier de ce que je fais.
Le quantique et l’IA sont devenus des enjeux de sécurité majeurs. Les États-Unis l’ont bien compris et dominent largement ces technologies. Est-ce pour ça que vous avez récemment investi dans SandboxAQ, une spin-off de Google ?
C’est plutôt l’esprit entrepreneurial propre aux États-Unis qui m’a guidé, en même temps que les croissances attendues, supérieures à bien des pays. Je trouve qu’aux États-Unis, vous pouvez très bien gagner votre vie si vous investissez au bon endroit pour rendre un maximum de services à un maximum de gens. Ici, l’intelligence artificielle se développe à toute vitesse.
Quid de l’Europe dans ce domaine ultra-concurrentiel ?
Je vais en France pour mes vacances et j’ai une participation chez LVMH, qui est une société qui me fascine. En revanche, je passe très peu de temps à étudier la tech européenne, donc je n’ai aucune leçon à donner aux gens qui y entreprennent. Je me suis tourné vers les États-Unis par choix, et j’en suis content, parce que l’argent est décomplexé.
Mes amis en Californie vivent très bien parce que leurs affaires vont très bien. Donc, il y a une corrélation entre les deux.
On peut voir de très loin, s’imaginer des trains de vie extravagants, mais pour moi ce n’est pas du tout décorrélé du succès de leurs affaires et des millions, voire pour certains des milliards, de clients qui sont servis.
Pourquoi ne pas investir dans des sociétés tech européennes plutôt que rester aligné sur le marché américain ?
Si on me propose des super opportunités, pourquoi pas ? Je ne ferme pas la porte, je n’ai absolument rien contre l’Europe : je suis très ouvert sur le marché américain.Il faut nécessairement que le climat politique soit bon dans les pays. En fonction des élections au Brésil qui arrivent, je m’intéresserai au Brésil ou pas. Ceux qui ont investi en Argentine il y a quelques années ont fait d’excellentes affaires. Quand les entreprises s’épanouissent, les clients y gagnent, l’économie y gagne, tout le monde y gagne. Et c’est à ce moment-là qu’il faut y aller.
N’est-il pas risqué d’investir dès maintenant dans l’IA et le quantique, deux technologies encore très émergentes ?
Ce n’est pas risqué dans le sens où c’est la croissance qui me protège. Moi qui ai misé sur l’IA qui utilise le quantique, j’ai fait 450 % de plus-value en deux ans. Si je devais faire moins de 100 %, ça ne m’empêcherait pas de dormir : je suis protégé par la croissance que j’ai déjà générée.
Quand vous investissez, il faut vraiment regarder où on met les pieds puisque personne n’est à l’abri d’une mauvaise fortune sur un investissement. Mais si vous avez bien gagné votre vie avant, votre sécurité est beaucoup plus importante.
À quel horizon estimez-vous que ces technologies deviendront réellement rentables à grande échelle ? Et dans quels domaines deviendront-elles cruciales ?
On ne sait pas à quel moment ça va devenir tout à fait rentable. On est par contre absolument sûr que ça va arriver. C’est pour ça qu’il faut en être. Je ne suis pas le journal de demain, je ne peux pas répondre à cette question. Mais c’est une certitude absolue pour moi de dire que le quantique est le futur.
Les applications dans le médical sont complètement évidentes, avec les recherches de molécules. Ce ne peut pas être comme un ordinateur classique qui explore tous les calculs. Le quantique ouvre des capacités de calcul aujourd’hui insoupçonnées, qui va servir également dans le cryptage, le décryptage, le codage et le décodage de données, la défense… Tout ce qui est codé aujourd’hui sera décodé un jour. En termes de défense, c’est évident que le quantique va faire une révolution énorme.
Que permettra, concrètement, le quantique demain ?
Il servira à trouver de nouveaux médicaments, en mélangeant des molécules et en étant capable de savoir que si on mélange telle molécule et telle molécule, on obtient tel résultat. Le quantique sera également utile dans l’imagerie médicale, avec les appareils de l’exploration du corps non invasive. Ce secteur, dans lequel je n’ai pas directement d’investissements, nécessite des méthodes de calcul absolument gigantesques pour la médecine préventive. Ça, c’est le futur. Le quantique et l’IA sont totalement complémentaires. Aujourd’hui, presque tout est IA.






