Il est le fruit de quatre longues années de travaux. L’Orient Express Corinthian a été baptisé, ce mercredi 29 avril à Saint-Nazaire, à la suite d’une collaboration entre Orient Express (marque du groupe d’hôtellerie Accor) et les Chantiers de l’Atlantique. Présenté comme « le plus grand voilier du monde » par ses créateurs, le luxueux bateau affiche des mensurations impressionnantes, au même titre que ses tarifs, qui s’élèvent à plusieurs milliers d’euros.
« Le projet était de faire l’hôtel le plus mobile au monde », a souligné Sébastien Bazin, PDG d’Accor, lors d’une présentation à la presse. À travers le lancement de son voilier Orient Express Corinthian, le groupe hôtelier français met une pièce dans le secteur de la croisière de luxe, marqué par une croissance de 12 % à 14 % par an. Le bateau de luxe quittera les quais des Chantiers de l’Atlantique de Saint-Nazaire samedi 2 mai.
Le luxe, inspiré des années 1930
L’Orient Express Corinthian veut se frayer une place dans le marché de croisière de luxe. Long de 220 mètres, pesant 15 000 tonnes et disposant de voiles de 1 500 m², le voilier trois-mâts pourra accueillir pas moins de 110 personnes sur sa coque. Avec 54 cabines luxueuses réparties sur quatre ponts, deux piscines et une discothèque, le bateau veut proposer une expérience complète portée notamment par la présence de cinq restaurants et salles à manger placés sous la direction du chef étoilé Yannick Alléno. Huit bars, une bibliothèque, ainsi qu’un théâtre de 115 places seront également à disposition des passagers.
Le luxe s’inscrit avant tout dans l’esthétique purement années 30 et art déco inscrite dans le marbre, la moquette épaisse et les bois rares constituant l’Orient Express Corinthian. Accor entend bien sublimer l’art du voyage en mettant à disposition, pour chacune des suites, dont les tailles varient entre 45 et 230 m², un majordome entièrement dédié. Sur les 170 employés, 120 seront consacrés à l’hôtellerie-restauration.
Compte tenu de l’accent placé sur le savoir-faire et le luxe, les tarifs de l’Orient Express Corinthian échapperont à bon nombre de bourses. Seules les personnes les plus aisées auront la capacité de s’offrir une suite, dont la nuit s’élève à 6 000 euros (d’autant plus qu’il faut en réserver deux au minimum). La somme peut culminer à 200 000 euros concernant la suite Agatha-Christie, la plus grande du voilier et la seule à occuper toute la largeur du pont. Tous les services sont inclus dans le prix, hormis le restaurant et les soins du spa.
L’Orient Express Corinthian laisse également la possibilité d’être privatisé, pour un montant d’un million de dollars les 24 heures. Cette offre est d’ores et déjà prisée par les entreprises et les particuliers : un « engouement » dont Sébastien Bazin se dit « surpris ». Dès juin, le bateau est prévu pour être privatisé à l’occasion de l’anniversaire d’un client, selon le PDG d’Accor.
Un investissement massif sur un marché en plein essor
La collaboration entre Orient Express et les Chantiers de l’Atlantique présente un investissement massif qui s’élève à « plusieurs centaines de millions d’euros », présenté par Sébastien Bazin comme un « projet colossal pour le groupe Accor comme pour ses partenaires ». Il s’agit avant tout d’une insertion stratégique dans le marché en plein essor des croisières de luxe. Avec une croissance de 10 % en 2025 par rapport à 2024, le secteur imprime une évolution bien plus rapide que le marché mondial du luxe, qui n’a augmenté que de 2 % sur la même période.
« C’est une nouvelle source de croissance qui s’inscrit dans une tendance de fond de l’évolution du marché du luxe vers les expériences », complète auprès de l’AFP Caroline Jean, membre du pôle de compétences Grande Consommation du cabinet de conseil Bain and Company. Accor n’est pas le seul groupe d’hôtellerie à opérer cette stratégie, puisqu’il suit de près ses concurrents comme l’américain Marriott, le canadien Four Seasons ou le suisse Aman, qui se sont tous lancés dans la croisière.
Accor mise sur un voilier combinant innovation de pointe et artisanat purement français. Construit par pas moins de 200 entreprises exclusivement tricolores, l’Orient Express Corinthian associe toute une myriade de technologies jusqu’à devenir le premier navire de croisière équipé du système de propulsion vélique SolidSail, développé par Chantiers de l’Atlantique. Ses trois gréements, déployant chacun 1 500 m² de surface et culminant à plus de 100 mètres, sont pilotables de manière automatisée et peuvent, lorsque les conditions météo s’y prêtent, assurer une propulsion entièrement vélique. Orientables à 360 degrés, ils offrent un positionnement optimal des voiles, indépendamment du cap du navire ou de la direction des vents. Inclinables jusqu’à 70°, ces mâts en carbone conçus, développés et fabriqués en Bretagne et dans les Pays de la Loire sont également pensés pour franchir sans difficulté les plus grands ponts du monde.
Grâce à l’intelligence artificielle, l’Orient Express Corinthian bénéficie d’un système de détection capable de surveiller en continu la présence de mammifères marins ou d’objets en mers afin de réduire les risques de collision. Le navire profite d’une propulsion hybride au gaz naturel liquéfié (GNL) et de nombreux dispositifs d’efficacité énergétique lui permettant de décrocher l’indice EEDI (Energy Efficiency Design Index).
Accor signe une croissance forte
L’Orient Express Corinthian lèvera les voiles dès samedi 2 mai pour faire escale à Marseille, avant d’atteindre Cannes au beau milieu de son légendaire festival. Le voilier de luxe sillonnera par la suite la Méditerranée et la mer Adriatique entre mai et octobre 2026, traversera l’Atlantique durant l’Automne et naviguera dans les Caraïbes d’ici l’hiver prochain.
« Artisanat, excellence, industrie, tourisme, gastronomie : avec Choose France, nous faisons rayonner le génie français. C’est bon pour nos emplois, pour la vie de nos territoires et pour nos objectifs climatiques », a fièrement commenté, sur ses réseaux, le président Emmanuel Macron.
Accor prépare d’ores et déjà un deuxième bateau identique à l’Orient Express Corinthian, baptisé Orient Express Olympian, dont l’inauguration est prévue en avril 2027. Depuis sa nomination à la tête du groupe Accor en 2015, Sébastien Bazin vise à mieux positionner sa société dans le secteur du luxe et du haut de gamme. Les revenus de la marque née en 1883 sont aujourd’hui portés, à 35 %, par l’hôtellerie de luxe. Les établissements Orient Express se multiplient à travers le monde, qu’il s’agisse de trains ou d’hôtels, et permettent au groupe d’accroitre sa visibilité. En 2025, Accor avait atteint un chiffre d’affaires de 5 639 millions d’euros, soit 4,5 % de plus que l’année précédente.





