Dans la soirée de mercredi 20 mai, 16 personnes en lien avec le milieu périscolaire parisien ont été placées en garde à vue dans le cadre d’enquêtes sur des suspicions de violences physiques et sexuelles.

Un véritable « coup de filet » dans les investigations sur l’affaire du périscolaire. Les procédures semblent s’accélérer face au scandale des violences sexuelles dans le périscolaire à Paris : 16 personnes en lien avec ce milieu ont été interpellées mercredi 20 mai dans la soirée après des suspicions d’agressions physiques et sexuelles. Une étape judiciaire importante, saluée par le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, qui a de nouveau présenté ses excuses aux familles.

Parmi les personnes placées en garde à vue, âgées de 18 à 68 ans, figurent trois agents spécialisés des écoles maternelles, trois responsables éducatifs de la Ville dans les centres de loisirs et dix animateurs contractuels, a indiqué le parquet de Paris. Ces gardes à vue, révélées par Le Monde, concernent « des faits de natures et de niveaux de gravité différents », confirme le parquet de Paris à l’AFP : des viols, des agressions sexuelles ou exhibitions sexuelles, ainsi que « des gestes ou comportements décrits comme excessifs voire qualifiables de violences ». Parmi les personnes visées, certaines avaient déjà été suspendues.

L’espoir de trouver des « preuves numériques »

Depuis le début de l’année 2026, ce sont en tout 78 agents de la ville de Paris qui se sont vus être suspendus dans les écoles en région parisienne, dont 31 personnes pour suspicions de violences sexuelles sur des enfants. « Les investigations avancent enfin à la hauteur de la gravité des faits signalés », a affirmé Barka Zerouali, porte-parole du collectif #MetooEcole.

« C’est un grand soulagement de constater que la justice n’a pas renoncé à poursuivre les auteurs de ces abominations », a réagi Julien Roelens auprès de TIME France.

« Depuis plusieurs mois, les familles étaient sans nouvelles », a ajouté l’avocat mandaté par les parents d’un petit garçon scolarisé à l’école maternelle Saint-Dominique dans le 7ᵉ arrondissement, et dont la famille a porté plainte pour viols. Le parquet de Paris enquête au total dans 84 écoles maternelles au sujet de possibles violences, mais aussi sur une vingtaine d’élémentaires et une dizaine de crèches. 

L’avocat du petit garçon de l’école maternelle Saint-Dominique explique qu’à l’heure actuelle, « il y a toujours des preuves, notamment numériques, en matière de pédocriminalité qui peuvent être cruciales mais qui peuvent aussi être supprimées ». Selon lui, ces 16 gardes à vue attestent qu’« un dossier solide a été bâti ». « En ce sens, ce qui s’est passé est effectivement un coup de filet puisque ça concerne 16 personnes », dont la majorité est hors du contrôle de l’Éducation nationale, « qui manifestement seraient liées à l’école Saint-Dominique, et à d’autres écoles », souligne-t-il.

Des recrutements et un suivi de traçabilité plus exigeant

Julien Roelens témoigne aussi de l’avancée d’une plainte que son cabinet a déposée dernièrement contre l’équipe de Cash Investigation, accusée d’avoir « conservé pendant 9 mois des séquences » vidéos où des personnes « maltraitent les enfants, leur hurlent dessus ». On voit des brutalités physiques » ou encore « une agression sexuelle ». Des images non transmises à la justice pour « garder l’exclusivité pour la diffusion de leurs documentaires ». L’équipe de Cash Investigation et la société de production Premières Lignes contestent fermement ces accusations, qu’elles qualifient d’« inexactes et mensongères ».

De son côté, Emmanuel Grégoire salue une « accélération des enquêtes ». Pour rappel, ce dernier a engagé au début du mois d’avril un plan d’action qui s’élève à 20 millions d’euros pour le périscolaire, une « priorité absolue » qu’il avait promise au début de son mandat. Des révélations de Mediapart le 18 mai concernent un animateur mis en examen en 2025 pour violences sexuelles dans une école du 11ᵉ arrondissement, alors qu’il avait déjà été placé en garde à vue en 2024 pour des faits similaires dans une autre école à Paris.

« Ce cas est scandaleux. Il y aura des sanctions », a affirmé l’ex-premier adjoint d’Anne Hidalgo de 2020 à 2024, qui a présenté sur France 2 ses « excuses », comme ce qu’il avait déjà fait la semaine dernière auprès des parents d’élèves de l’école Saint-Dominique. Un scandale qui « ne pourra se reproduire », assure Emmanuel Grégoire, car le recrutement est désormais « plus exigeant » et « ne se fait plus au niveau local », tandis qu’un fichier garde une « traçabilité » des employés du milieu périscolaire.

La mise en place d’une commission d’enquête ?

Selon l’avocat Florian Lastelle, qui représente deux familles de l’école Rapp, et qui a également déposé une plainte collective signée par 74 parents, le débat doit encore changer de perspective : « Il est désormais impératif que les parlementaires s’emparent à leur tour de ce sujet majeur par la création d’une commission d’enquête. » Le 19 mai, la mairie de Paris a restitué une enquête administrative aux parents d’élèves de l’école Bullourde du 11ᵉ arrondissement, l’établissement maternel où l’animateur a été réembauché. 

« Ce rapport montre qu’il y a eu des fautes commises et nous avons demandé à ce que des procédures disciplinaires soient enclenchées », a communiqué l’adjointe aux affaires scolaires de l’Hôtel de ville, Anne-Claire Boux. « Je sais qu’il y a une forme de rupture de confiance évidente avec l’école publique. Mais on va y arriver, c’est une obligation », a assuré Emmanuel Grégoire pendant des discussions à son premier conseil de Paris ordinaire. 

Cette semaine encore, quelque 14 000 animateurs de la ville de Paris sont appelés à la grève jusqu’au vendredi 22 mai, pour dénoncer les « suspensions qui explosent » dans un climat de « suspicion généralisée ».