Pour faire face à la hausse des prix des carburants, le gouvernement a annoncé de nouvelles aides à hauteur de 710 millions d’euros jeudi 21 mai lors d’une conférence de presse. Des mesures qui font réagir les entreprises… et les responsables politiques.

710 millions d’euros débloqués en plus pour soutenir les travailleurs et les entreprises les plus exposés, c’est ce qu’a annoncé le gouvernement. Face à la crise énergétique en France, causée par la guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz, les prix à la pompe restent durablement élevés. Le gouvernement a présenté jeudi 21 mai, lors d’une conférence de presse en début de soirée, de nouvelles « mesures de soutien à l’activité » ciblées sur certains secteurs pour les prochaines semaines. L’exécutif a toutefois mis en garde sur les conséquences budgétaires de ces aides, rappelant le jeu d’équilibriste incertain qu’il joue depuis le début de la crise.

Un montant qui « va avoir un coût », a souligné Sébastien Lecornu, qui a rappelé la nécessité d’engager « un certain nombre d’économies ». Ainsi, aux 470 millions d’euros déjà engagés dans l’économie, le gouvernement affirme ajouter 710 millions d’euros de plus. « Nous allons aujourd’hui apporter un soutien à hauteur de 1,2 milliard d’euros pour les travailleurs et les entreprises qui en ont le plus besoin », a annoncé David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics.

Dans son préambule, le Premier ministre s’est empressé de rappeler que « cette guerre, d’une manière ou d’une autre, va durer […]. Soit d’une manière froide, soit par une reprise du conflit ». L’ancien ministre des Armées a assuré que, dans le scénario le plus optimiste, « qui n’est pas celui qu'[il] retient forcément », le retour à la normale pourrait intervenir cette année entre l’« été et l’automne », tout en rappelant qu’un scénario bien plus « noir » était également envisagé au vu de la situation.

Des aides accrues aux secteurs agricole et du transport

Le chef du gouvernement a estimé qu’il fallait dès à présent voir plus loin et « donner une perspective », ajoutant que le gouvernement ne comptait pas changer « de philosophie » sur les aides mais plutôt « d’échelle », tout en refusant catégoriquement « toute baisse générale indiscriminée de la fiscalité ». Première mesure annoncée : le renforcement et la simplification de la prime carburant versée par les employeurs aux salariés se rendant au travail en voiture. Son plafond passe de 300 à 600 euros. Une nouvelle aide sans condition préalable : « les critères d’attribution seront supprimés […] Il n’y a plus besoin de fournir des justificatifs », a indiqué le gouvernement.

Autre disposition, les aides sectorielles sont prolongées jusqu’à la fin du mois d’août. Ces aides sont essentielles dans les secteurs les plus touchés par la crise, notamment dans l’agriculture, la pêche, le transport et le BTP. Pour les « grands rouleurs », l’indemnité carburant sera doublée, passant de 50 à 100 euros, pour les travailleurs modestes concernés. Pour avoir accès à cette aide, il suffira de remplir un formulaire à partir du 27 mai. Une aide qui cible en tout « 3 millions de Français » et représente « un soutien de 20 centimes par litre de carburant », a précisé le gouvernement.

La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, était également présente lors de la conférence de presse. Le gouvernement entend proposer, au niveau européen, une aide permettant d’alléger la facture d’achats d’engrais des agriculteurs les plus exposés.

« On a insisté aussi pour que, quand vous achetez des engrais faits en France, faits en Europe, vous soyez un peu plus aidés que quand vous les achetez au bout du monde », a affirmé le gouvernement.

Depuis le début du blocage du détroit d’Ormuz, les agriculteurs peinent à s’approvisionner correctement en engrais. Pourtant essentiels à leurs cultures, les prix des engrais importés auraient augmenté de 70 %. Selon la Direction générale du Trésor, entre 20 et 30 % des exportations maritimes mondiales d’engrais transitent par le détroit d’Ormuz. Le gouvernement a assuré faire de son mieux à Bruxelles « pour qu’un certain nombre de mesures qui étaient en place et qui allaient se traduire directement par des coûts importants pour la chimie et les engrais soient repoussées », a déclaré Roland Lescure.

Une accélération de la transition vers l’électrique ?

Autre mesure forte annoncée lors de la conférence de presse : la mise en place d’une aide à l’achat de véhicules électriques pour les chauffeurs de taxi. « Dans l’idée de réduire la vulnérabilité du secteur à la hausse du prix des carburants », le gouvernement mettra prochainement en place une aide économique et écologique. « À partir du 1er octobre prochain et pour une durée d’au moins 3 mois, ils pourront bénéficier d’une aide à l’achat allant jusqu’à 5 500 euros pour un véhicule électrique », a annoncé Philippe Tabarot, ministre des Transports. Les chauffeurs de taxi devront toutefois se munir d’un véhicule assemblé au sein de l’espace économique européen.

Alors que les indemnités kilométriques des aides à domicile sont aujourd’hui plafonnées à une trentaine de centimes par kilomètre, un montant qui dépend du véhicule, leur revalorisation devrait représenter environ 20 centimes d’euros par litre de carburant. Pour les ménages concernés, cette revalorisation représenterait environ 200 euros de plus par an pour une personne parcourant 10 000 kilomètres par an, a expliqué la ministre de la Santé, Stéphanie Rist.

En fonction des modèles de véhicules, un programme de leasing automobile social sera également « dédié aux aides à domicile », pour un montant mensuel compris entre 50 et 100 euros. Un objectif clair : « créer une flotte de 30 000 véhicules », a souligné la ministre de la Santé. Les transporteurs sanitaires pourront bénéficier des mêmes avantages que les « grands rouleurs », avec des aides allant à 70 euros par véhicule, a assuré la ministre, avant d’ajouter qu’une réévaluation des guichets interviendrait dans les prochaines semaines.

Entre le 1er juin et le 31 décembre prochain, d’autres agents publics qui utilisent leur véhicule, « je pense aux enseignants remplaçants, aux AESH, aux accompagnatrices d’élèves en situation de handicap, aux agents hospitaliers qui sont amenés à se déplacer dans le cadre de leur mission », a énuméré le ministre de l’Action et des Comptes publics David Amiel, pourront aussi bénéficier d’une majoration des indemnités kilométriques représentant 20 centimes par litre de carburant. Une mesure dont la mise en place « sera simple, il n’y aura pas de dossiers supplémentaires à déposer. Les agents publics n’auront qu’à continuer à déclarer dans les circuits habituels, avec des nouveaux montants qui seront appliqués automatiquement aux déplacements éligibles réalisés à compter du 1er juin », a précisé le ministre.

Une situation qui témoigne d’un surendettement de l’État ?

À la suite de ces annonces, les avis divergent. Une partie des TPE s’accordent tout de même à constater qu’« une petite entreprise ne peut pas contribuer et distribuer des primes, si elle lutte déjà pour payer ses charges », déplore Jean-Matthieu Delacourt, le président national de la Fédération des très petites entreprises (FTPE), sur France Info. Du côté des agriculteurs, « la colère gronde », confie Luc Smessaert, vice-président de la FNSEA, qui dénonce des mesures qui ne sont pas à la hauteur des espérances. Les chauffeurs de taxi ne se disent pas non plus satisfaits, tout comme les grands rouleurs qui plaident plutôt pour une « baisse de la fiscalité sur les carburants », explique Pierre Chasseray, délégué général de l’association 40 millions d’automobilistes.

Du côté des politiques, l’eurodéputé François-Xavier Bellamy a affirmé que cette conférence de presse illustrait avant tout « un pays surendetté ». Le Premier ministre « hérite simplement d’une situation de déficit massif de nos comptes publics et de dettes majeures accumulées depuis des années qui fait qu’en réalité, aujourd’hui, l’État ne peut pas assumer le soutien qu’il devrait pouvoir apporter aux Français, mais dont il n’a pas les moyens », estime le vice-président des Républicains.

Le président du RN Jordan Bardella a critiqué l’« incompréhensible entêtement du gouvernement ». De l’autre côté de l’échiquier politique, le coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard, a rappelé sur l’antenne de BFM TV les « plus d’1 milliard d’euros de superprofits qui ont été générés par les entreprises pétrolières » depuis le début de la guerre. Un « tabou dont personne ne parle », d’après lui, et pour lequel le gouvernement n’envisage à aucun moment « une mesure qui permet de les mettre à contribution », a-t-il dénoncé.