Lorsque le président Donald Trump a rencontré le dirigeant chinois Xi Jinping à Pékin en mai dernier, un point d’achoppement économique planait sur leurs négociations : les minéraux stratégiques. L’économie mondiale était déjà secouée par la fermeture de facto du détroit d’Ormuz, qui a bloqué près de 20 % de l’approvisionnement énergétique mondial. Et après la rencontre, la Maison-Blanche a publié une fiche d’information annonçant une nouvelle « relation constructive de stabilité stratégique » entre les deux plus grandes économies mondiales, signalant une nouvelle détente.
L’année qui a précédé ce moment a été particulièrement instable. Le 2 avril 2025, le président Trump a annoncé des droits de douane mondiaux, les taux les plus élevés visant la Chine, qui s’est retrouvée confrontée à un droit de 145 % et a riposté en imposant son propre droit de 125 % sur les produits américains. Peu après, la Chine a mis en place des contrôles à l’exportation sur les terres rares, un sous-ensemble de minéraux critiques essentiels à des secteurs allant de la défense à l’énergie verte, et dont le pays domine la transformation et la production en aval. En l’espace d’un mois, les expéditions d’aimants à base de terres rares en provenance de Chine ont chuté de 74 % en glissement annuel, et les constructeurs automobiles aux États-Unis, au Japon et en Europe, dépendants de ces composants, ont ralenti ou, dans certains cas, arrêté leur production.
Des cycles de négociations entre les États-Unis et la Chine ont alors suivi. En octobre, la Chine a encore renforcé ses contrôles à l’exportation sur les terres rares en recourant à de nouveaux outils. D’une part, les nouvelles règles de Pékin s’inspiraient de la règle du produit directement importé, que Washington a utilisée pour bloquer les exportations de semi-conducteurs vers la Chine en provenance de pays tiers, et d’autre part exigeaient des entreprises étrangères qu’elles obtiennent l’autorisation de Pékin avant d’exporter des aimants contenant ne serait-ce que des traces de terres rares provenant de Chine ou produites à l’aide de techniques ou de technologies chinoises.
Plus tard cet automne-là, le président Trump a rencontré le président Xi en Corée du Sud, préparant le terrain pour leur sommet à Pékin. Mais les déclarations sur la stabilité issues de cette rencontre ne signifient pas pour autant une stagnation. En réalité, les équations qui sous-tendent cette longue rivalité économique entre les États-Unis et la Chine pourraient être en train de se rééquilibrer, bien que lentement, et avec un horizon temporel encore lointain. En effet, à l’approche et au lendemain du sommet de Pékin en mai, une vague d’investissements privés et publics, d’accords d’achat, d’engagements internationaux et d’initiatives visant à constituer des stocks et à industrialiser les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques grâce à de nouvelles mines et installations de production a commencé à faire bouger le marché.
Cette phase actuelle de la politique économique américaine, et en fait mondiale, est définie par un double impératif : gagner du temps et renforcer la résilience et les capacités, avec des approvisionnements plus diversifiés et plus solides en ressources qui sous-tendent une grande partie de l’économie mondiale et de la sécurité nationale.
Redéfinir la concurrence sur les minéraux critiques
Pékin n’a pas dominé le marché des minéraux critiques du jour au lendemain. « Le Moyen-Orient a du pétrole. La Chine a des métaux des terres rares », aurait déclaré Deng Xiaoping, le leader des réformes économiques chinoises, en 1992. Même cette citation pourrait sous-estimer le degré de concentration du marché observé aujourd’hui. Pendant l’embargo pétrolier arabe, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole représentait un peu plus de 50 % de la production mondiale de pétrole brut, un chiffre qui est depuis tombé en dessous de 35 %. La Chine, en revanche, domine désormais la production de 30 des 44 minéraux critiques pour lesquels il existe des estimations fiables. Elle détient aussi une part de marché moyenne de plus de 70 % pour les minéraux stratégiques et représente 93 % de la fabrication d’aimants. Le bras de fer entre Washington et Pékin l’année dernière au sujet des minéraux critiques fut inédit, mais pas sans précédent. En 2010, Pékin a imposé un embargo sur les exportations de terres rares vers Tokyo à la suite d’un différend avec le Japon. En 2020, la Chine aurait interrompu ses exportations de graphite vers la Suède.
De fait, les mesures prises l’année dernière sont venues s’ajouter à une longue liste de nationalisme des ressources : à l’échelle mondiale, les restrictions sur les minéraux critiques ont été multipliées par cinq depuis 2009. Malgré les niveaux élevés de concentration sur ce marché, il n’existe toutefois pas de monopole sur les sources de terres rares : l’Australie, le Brésil, le Canada, le Groenland, l’Indonésie, le Kazakhstan, l’Ukraine, les États-Unis et la Russie possèdent tous d’importants gisements minéraux, tout comme de nombreux autres pays et territoires. Le tableau change lorsque l’on examine les capacités de purification, de synthèse ou de fabrication des terres rares, ainsi que d’assemblage des produits manufacturés. C’est là que la Chine dispose de capacités inégalées et d’une stratégie pour les conserver. Comme l’a noté le ministère américain de la Défense, les entreprises chinoises, prêtes à opérer à perte, ont « inondé stratégiquement le marché mondial » d’éléments de terres rares afin de réduire la concurrence.
Mais la domination à long terme de la Chine sur les minéraux critiques est loin d’être acquise. De nouveaux gisements de minéraux sont découverts de plus en plus fréquemment à travers le monde. La production mondiale de terres rares a plus que triplé depuis 2014, passant de 110 000 tonnes à plus de 390 000 tonnes. De nouvelles sources de nickel et de cobalt voient le jour dans des pays comme l’Indonésie, et l’approvisionnement en lithium, en graphite et en terres rares se diversifie. De nouveaux investissements dans la transformation, la fabrication et le recyclage des minéraux critiques augmentent la capacité mondiale, notamment grâce à de nouvelles installations de transformation et de raffinage au Japon et en Corée du Sud, construites pour desservir les chaînes d’approvisionnement américaines en réponse à l’Inflation Reduction Act et au One Big, Beautiful Bill Act.
Pourtant, les chaînes d’approvisionnement ne s’adaptent pas rapidement et ne peuvent pas non plus être mises en place rapidement. Les principaux goulots d’étranglement persistent : les minéraux extraits en dehors de la Chine y sont presque toujours envoyés pour le raffinage, la transformation et la fabrication. Les capacités alternatives dans ces segments de la chaîne d’approvisionnement n’existent pas à grande échelle. La demande des marchés pour ce que produisent ces chaînes d’approvisionnement n’est pas statique non plus. Les véhicules électriques, qui fonctionnent grâce à de grandes quantités de minéraux tels que le cobalt, le lithium et le nickel, continuent de stimuler la demande, bien qu’avec moins d’urgence suite aux assouplissements réglementaires aux États-Unis et en Europe. Mais au-delà de la mobilité, la demande issue de la fabrication de batteries et de l’électrification continue de s’accélérer, d’autant plus que les pays cherchent à renforcer leur autonomie énergétique face à l’incertitude concernant l’approvisionnement en provenance du Moyen-Orient.
Parallèlement, l’essor de l’IA et de la défense a entraîné un changement radical dans tous les secteurs. Les États-Unis importent plus de 70 % de 12 des 20 minéraux critiques utilisés dans les centres de données. Avec l’accélération de l’expansion mondiale des centres de données, les semi-conducteurs, y compris les puces de pointe fabriquées à Taïwan, intensifient le besoin en minéraux comme le silicium.
Dans le même temps, la demande en puces électroniques qui alimentent les systèmes de défense, qu’ils soient produits en masse ou parfois sophistiqués, explose.. Le Silverado Policy Accelerator a identifié 12 minéraux stratégiques, de l’antimoine au germanium en passant par le tungstène, sans lesquels les systèmes de missiles, les avions militaires, les munitions et bien d’autres équipements ne peuvent être produits ou utilisés. La sécurité nationale est une préoccupation urgente pour tous les gouvernements, mais les chaînes d’approvisionnement mondiales de la défense sont transnationales. Elles reposent sur des gisements, des capacités de raffinage et des bases industrielles qui traversent les frontières, et nécessitent donc une coopération stratégique.
L’ancienne politique industrielle rencontre la nouvelle diplomatie des matières premières
Face à la concurrence économique et à la coercition, les gouvernements investissent tout au long des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques. Ces décisions impliquent des compromis : des coûts initiaux ainsi que des risques et des résultats connus et inconnus. Partout dans le monde, les gouvernements préfèrent de plus en plus prendre le risque d’un marché des minéraux critiques en surproduction plutôt que de faire face à un scénario dans lequel les minéraux indispensables ne seraient pas disponibles pour eux et leurs industries nationales. Les États-Unis ont agi sous les administrations démocrates et républicaines. En 2019, la première administration Trump a déclaré que la production nationale d’éléments et de matériaux de terres rares était « essentielle à la défense nationale ». À la suite de l’adoption de l’Inflation Reduction Act, qui prévoyait des subventions pour les technologies vertes telles que les batteries, le Pentagone a investi plus de 400 millions de dollars dans des projets de fabrication de minéraux critiques en Amérique en 2024, et le département de l’Énergie a rapidement emboîté le pas avec 1,82 milliard de dollars répartis sur 14 projets.
L’année dernière, le ministère de la Défense a innové en annonçant un investissement de 400 millions de dollars supplémentaires, cette fois dans MP Materias (ndlt : une entreprise spécialisée dans l’extraction et le traitement des terres rares), ainsi qu’un prix plancher et un accord d’achat. Parallèlement, le ministère de l’Énergie prend une participation de 5 % dans Lithium America et une participation de 5 % dans Thacker Pass, potentiellement l’un des plus grands gisements de lithium d’Amérique du Nord.
La Development Finance Corporation, créée sous la première administration Trump et désormais dotée d’un mandat élargi, d’un nouvel accès aux fonds propres et d’un plafond de financement plus élevé, est en passe de devenir un acteur de premier plan dans les investissements stratégiques dans les minéraux critiques. Cette croissance se traduit par un nombre accru de transactions, et par des transactions de plus grande envergure, notamment dans le cadre de consortiums avec le secteur privé et dans des régions telles que l’Angola et le Malawi, où la transformation peut être implantée à proximité des sites d’extraction.
Le projet le plus ambitieux est peut-être le Project Vault de l’Export-Import Bank, qui accorde un prêt direct de 10 milliards de dollars et mobilise des capitaux privés pour lancer une réserve stratégique de minéraux critiques, en mettant l’accent sur les matériaux raffinés et semi-transformés et en constituant un nouveau stock en cas d’urgence. Même dans une économie mondiale plus fragmentée, les minéraux critiques offrent des possibilités de coopération avec des partenaires partageant les mêmes idées. Korea Zinc, la plus grande fonderie de zinc au monde, a annoncé un projet de fonderie de 7,4 milliards de dollars qui sera financé en grande partie par le gouvernement américain. À Bruxelles, la Commission européenne a sélectionné 47 projets stratégiques visant à réduire la dépendance européenne.
Par ailleurs, le département de la Défense et MP Materials financent une prise de participation visant à acquérir une participation de 49 % dans une coentreprise avec une société minière saoudienne afin de développer une installation de traitement des terres rares dans le royaume, alors même que Riyad a lancé son propre programme d’exploration minière dans le cadre de Vision 2030. En mai, la Maison-Blanche affirmait avoir conclu 27 nouveaux accords sur les minéraux critiques au cours des 12 derniers mois.
Les minéraux critiques sont devenus un élément important des négociations commerciales de longue date. Le représentant américain au commerce cherche à conclure des accords plurilatéraux, incluant des mécanismes de tarification et des mesures aux frontières, et les minéraux critiques font désormais partie intégrante des nouveaux accords commerciaux. L’examen obligatoire de l’Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC : pacte de libre-échange vieux de six ans entre les trois pays) prévu en juillet ne ferait apparemment pas exception. Et partout dans le monde, des nations forment de nouveaux blocs axés sur les minéraux critiques. L’accord de partenariat Mercosur de l’Union européenne avec les pays d’Amérique latine, accord qui a nécessité des décennies de négociations, vise à promouvoir les investissements européens dans la transformation au sein de l’hémisphère occidental afin de réduire la dépendance à l’égard de sources d’approvisionnement uniques. Le Japon renforce également ses liens économiques avec l’Amérique latine, en ciblant les gisements minéraux de la région.
Dans ce contexte, plusieurs pays du Sud, dotés de vastes gisements de minéraux critiques et stratégiques, disposent d’un levier significatif. Le Zimbabwe a mis en place des quotas stricts d’exportation de concentré de lithium, une mesure similaire à celle prise par la République démocratique du Congo, qui produit plus de 70 % du cobalt mondial et a instauré en février 2025 une interdiction d’exportation de plusieurs mois pour lutter contre la surproduction. De même, l’Indonésie, qui détient plus de 60 % de l’offre mondiale de nickel, a considérablement réduit ses quotas miniers pour 2026 afin de lutter contre une surabondance de l’offre et de faire remonter les prix en baisse. Et en mars, le Tadjikistan, riche en gisements d’antimoine, a approuvé un projet d’accord avec la Grande-Bretagne pour collaborer sur l’extraction et le traitement des minéraux critiques, et poursuit un dialogue avec d’autres nations d’Asie centrale et les États-Unis.
Dans chacun de ces pays, les dirigeants recherchent des partenaires supplémentaires autres que les entreprises chinoises afin de réduire leur dépendance vis-à-vis d’un marché unique. Cette stratégie porte ses fruits : ces nations riches en ressources attirent davantage d’investissements directs étrangers. Prenons l’exemple du corridor de transit de Lobito, un réseau logistique ferroviaire de 1 300 km reliant la frontière angolaise avec la République démocratique du Congo à Lobito, une ville portuaire sur la côte atlantique de l’Angola. Ce corridor ferroviaire a été construit par les colons européens en 1903 et était fermé depuis qu’il avait subi des dommages pendant la guerre civile angolaise à la fin des années 1970. La Chine, qui contrôlait la majorité des mines de minerais stratégiques de la région, a aidé à le reconstruire entre le milieu des années 2000 et le milieu des années 2010. L’administration Biden a investi quatre milliards de dollars dans le corridor de Lobito. Au cours du second mandat de l’administration Trump, la Development Finance Corporation a finalisé plusieurs prêts et accords pour faire avancer cette initiative. Un nouveau projet ferroviaire, financé conjointement par l’Union européenne et les États-Unis, vise à relier le réseau ferroviaire existant aux zones riches en cuivre de la Zambie.
La diplomatie autour des minéraux critiques et autres éléments matériels essentiels aux systèmes de pointe s’intensifie à mesure que la technologie devient centrale dans la puissance étatique. Pax Silica, lancée par le département d’État en décembre 2025, vise à établir un réseau de sécurité économique couvrant l’ensemble de la pile technologique de l’IA, y compris les minéraux critiques. L’accord États-Unis-Australie sur les minéraux critiques a ajouté des dispositions relatives aux stocks et au soutien des prix, et a été suivi d’un accord similaire avec le Japon. En février, Washington a accueilli la première réunion ministérielle sur les minéraux critiques, réunissant des représentants de 54 pays et de la Commission européenne, où ils ont lancé FORGE, le successeur du Partenariat pour la sécurité minérale.
Même les questions de guerre et de paix tournent désormais autour des matériaux critiques. Le Fonds d’investissement pour la reconstruction États-Unis-Ukraine a permis à Washington de prendre une participation dans les futurs revenus tirés des réserves de minéraux critiques de Kiev, y compris les vastes gisements de titane et de lithium situés dans des zones actuellement occupées par la Russie. Un accord négocié par les États-Unis entre la République démocratique du Congo et le Rwanda a débouché sur un partenariat stratégique offrant un accès préférentiel aux entreprises américaines. Et après la destitution de Nicolás Maduro, le secrétaire à l’Intérieur Doug Burgum a emmené une délégation de plus d’une vingtaine d’entreprises minières et commerciales américaines au Venezuela.
Ces initiatives ont un coût et leur succès n’est pas garanti. La relocalisation, voire la régionalisation, de chaînes d’approvisionnement complexes ajoute des frictions et peut réduire l’efficacité au nom d’une résilience future incertaine. Les délais de mise en œuvre des projets liés aux minéraux critiques en Amérique s’étendent souvent sur au moins 5 à 10 ans, couvrant plusieurs cycles politiques et d’investissement. Mais après plus de 15 ans de concurrence économique autour des minéraux critiques, la donne commence à changer.
Libérer le secteur privé
Le marché mondial des minéraux critiques s’adapte aux nouveaux signaux de la demande, trouve des substituts, modifie les chaînes d’approvisionnement et stimule l’extraction sur les sites existants et dans de nouvelles zones géographiques. L’Amérique bénéficie des avantages de sa libre concurrence économique, de ses instituts de recherche de premier plan, de ses marchés de capitaux profonds et de ses partenariats mondiaux. Tirer parti de ces avantages nécessitera la mise en place d’industries plus compétitives tout au long de la chaîne d’approvisionnement et des investissements stratégiques tant du secteur public que du secteur privé. Elle devra également mettre en place des stratégies réglementaires et des réformes prudentes.
L’obtention d’un permis pour une nouvelle mine aux États-Unis peut prendre 10 ans ou plus, et le processus doit respecter la loi générale sur les mines de 1872, un texte qui n’a pas été mis à jour de façon significative depuis l’administration d’Ulysses Grant. Parallèlement, le développement d’une nouvelle mine, de la découverte à la production, peut prendre des décennies. L’administration Donald Trump tente de surmonter ces obstacles par le biais de mesures exécutives et du Conseil national pour la domination énergétique, et a réalisé de réels progrès. Les secteurs public et privé ont tous deux un rôle à jouer à cet égard.
L’éducation et la formation constituent un autre domaine exigeant une politique lucide, en particulier dans des secteurs tels que le traitement et la synthèse des métaux, alors que les nouvelles technologies transforment la nature du travail. Il s’agit là d’un domaine de concurrence réelle. Ces dernières années, la Chine a produit chaque année plus de 50 % de doctorants en STEM (Science, Technology, Engineering, Mathematics) de plus que les États-Unis, un écart qui ne cesse de se creuser. Un seul fabricant chinois de batteries emploie à lui seul plus de 18 000 chercheurs, dépassant de loin ses concurrents occidentaux.
Les industries traditionnelles évoluent, tout comme les meilleures approches en matière d’éducation et de formation. Les États-Unis et leurs partenaires ont un besoin urgent de promouvoir les diplômés en génie minier et chimique, en science des matériaux et en études interdisciplinaires, ainsi que les technologues et les travailleurs capables d’exploiter des outils tels que l’intelligence artificielle pour révolutionner la manière dont les matériaux fondamentaux de l’économie numérique sont extraits et fabriqués. Plus précisément, l’IA et l’automatisation peuvent optimiser la production en usine, et dans le secteur minier, le forage autonome de pointe peut considérablement améliorer l’efficacité de l’extraction. Il en résulterait une main-d’œuvre qualifiée, capable de tirer parti des dernières technologies et techniques et de surmonter les goulots d’étranglement existants. Pour mettre en place de nouvelles installations destinées à cette main-d’œuvre, il faudrait investir non seulement dans la main-d’œuvre et la recherche, mais aussi dans de nouvelles techniques de production, des matériaux de substitution et recyclés, ainsi que dans l’automatisation d’un secteur qui a attiré peu de nouveaux entrants.
Les découvertes scientifiques redessinent également le marché, de sorte que les matériaux jugés essentiels aujourd’hui pourraient ne plus l’être demain. Les aimants sans terres rares, la découverte et le traitement des matériaux assistés par l’IA, ainsi que la récupération et le raffinage des terres rares à partir de déchets électroniques et autres, tels que priorisés dans une récente annonce de 134 millions de dollars du Département de l’Énergie, sont tous prometteurs. De nouvelles opportunités dans le recyclage et d’autres solutions circulaires élargissent la palette d’outils permettant de relever les défis liés à l’approvisionnement en minéraux critiques.
Mais combler le fossé entre la recherche et le déploiement commercial reste une préoccupation centrale, comme le souligne clairement un nouveau rapport du Council on Foreign Relations. Les gouvernements peuvent renforcer la confiance du marché, envoyer des signaux forts de demande et compléter l’action du secteur privé par le biais de mandats d’achat, d’exigences en matière de contenu national et provenant de partenaires alliés, ainsi que d’accords d’achat garantissant la prise en charge des stocks qui réduisent les risques liés aux investissements privés. Ils peuvent également engager davantage de dialogues avec le secteur privé afin de mieux comprendre quels sont les besoins les plus urgents aujourd’hui, et où ils se situent, ainsi que ce qu’ils pourraient être à l’avenir.
Le chemin vers la réduction des risques est long et semé d’embûches, en particulier au sein de chaînes d’approvisionnement mondiales complexes. Les efforts passés visant à réduire la dépendance ont connu des cycles répétés de moments d’urgence, pour finir par être oubliés au gré des changements du marché et de la situation politique. Pour avoir un effet durable, de nouveaux cadres, partenariats et investissements devront être mis en œuvre et institutionnalisés, avec des échéances, des engagements et des experts dédiés déterminés à aller jusqu’au bout. Pourtant, au cours de l’année écoulée, la concurrence mondiale autour des minéraux critiques est entrée dans une phase nouvelle et décisive, façonnée par l’émergence de nouveaux outils de diplomatie économique et par l’évolution des signaux de la demande provenant des secteurs de l’IA, de la défense et des énergies propres. Les grandes tendances qui redessinent le monde, parmi lesquelles la concurrence économique et les progrès technologiques, réorientent une lutte qui dure depuis des décennies. Une véritable stabilité stratégique et la sécurité nationale nécessiteront des investissements soutenus, des chaînes d’approvisionnement diversifiées et un renouveau industriel.
- Article issu de TIME US - Traduction TIME France





