Le bras robotique Canadarm2, dix-sept mètres d’acier articulé, s’est mis en mouvement ce 25 août peu après 14 h 35, heure de Paris. À son extrémité, l’astronaute américain Anil Menon, sorti le premier du sas. Juste derrière, dans le vide, la Française Sophie Adenot. Depuis le centre de contrôle de Houston, un message est monté jusqu’à l’équipage : « C’est le jour J, c’est parti. » Objectif de la journée : effacer l’échec de la semaine dernière.
Le 18 août, le duo avait dû abandonner en plein chantier. Leur mission consistait à remplacer une antenne de communication essentielle entre l’ISS et le centre de contrôle de Houston, la SGANT (Space-to-Ground Antenna), dédiée aux échanges à haut débit avec la Terre. Ils sont parvenus à extraire l’ancien équipement défaillant. Mais des boulons et des connecteurs électriques, particulièrement récalcitrants, ont eu raison de leur planning. Après 6 h 23 passées dans le vide, retour à bord sans avoir posé la nouvelle antenne.
L’antenne, tome deux
Cette fois, le scénario est écrit à l’avance, répété au sol pendant des mois dans la piscine géante de la NASA à Houston. L’enjeu dépasse la simple case à cocher sur un planning : sans cette seconde antenne opérationnelle, l’ISS perd sa redondance de communication avec la Terre, un filet de sécurité jugé indispensable par les ingénieurs de la mission. Sophie Adenot doit d’abord détacher l’antenne de rechange d’une plateforme de stockage externe. Anil Menon, arrimé au bras Canadarm2, la récupère et la transporte jusqu’au module Unity. Vissage, branchements électriques, connexions de données : chaque geste compte, chaque boulon est un adversaire potentiel. Peu après 15 h, la station a confirmé le début des opérations : le « bricolage », selon les mots employés en direct par l’agence, était officiellement lancé.
Avant d’en arriver là, il aura fallu des heures de préparatifs. Combinaison de 140 kilos à enfiler, communications à vérifier, oxygène pur à respirer pour purger l’azote du sang et éviter tout accident de décompression. Une fois scaphandrée, Sophie Adenot perd une bonne partie de son champ de vision : son casque rigide l’empêche de baisser la tête vers son torse. Solution low-tech embarquée dans un environnement ultra-technologique : un miroir à chaque poignet, où certaines inscriptions sont imprimées à l’envers pour rester lisibles une fois reflétées.
La NASA a fixé la durée de cette deuxième sortie à 6 h 30, quasiment identique à la première. De quoi laisser une marge de manœuvre si l’antenne resurgit avec ses mauvaises habitudes. En cas de nouveau blocage, l’agence a déjà prévenu : une troisième sortie pourrait être programmée le 1er septembre, sans que les noms des astronautes concernés soient arrêtés à ce stade. D’autres tâches, liées à la préparation de la désorbitation de l’ISS prévue dans quelques années, pourraient s’y ajouter.
Un bonus si le temps le permet
Reste une tâche optionnelle, glissée dans la marge du programme : remplacer un rétroréflecteur sur le module Harmony. Ce petit équipement sert de repère aux véhicules qui s’amarrent à la station, comme les capsules Dragon de SpaceX. La NASA l’a annoncé sans détour : ce sera fait « si le temps le permet ». Sinon, la tâche basculera automatiquement en tête de la liste pour la sortie de septembre.
Pour Sophie Adenot, 44 ans, pilote d’essai et ingénieure passée par l’Armée de l’Air, cette sortie n’a plus la saveur de l’inédit. La semaine dernière, elle est devenue la première Française à travailler hors de la station, et seulement la deuxième Européenne à réaliser une sortie extravéhiculaire après l’Italienne Samantha Cristoforetti en 2022. Sur Instagram, elle avait résumé son ressenti sans détour : « J’ai A-D-O-R-É travailler dans le vide spatial. » Cette fois, plus question de faire de l’Histoire. Il s’agit de finir un travail, boulon après boulon, sous le regard des caméras de la NASA et de l’Agence spatiale européenne, qui diffusent l’opération en direct depuis l’extérieur de la station.






