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Dé-extinction du mammouth laineux : encore quelques années nécessaires

Mauricio Antón, CC BY 2.5 , via Wikimedia Commons - Restitution paléoartistique d'un troupeau de mammouths laineux (Mammuthus primigenius), par Mauricio Antón.
Si vous attendiez avec impatience la réapparition du mammouth laineux, il faudra attendre encore un peu. En 2021, l’entreprise Colossal Biosciences, basée à Dallas, avait annoncé avoir pour projet d’utiliser les technologies modernes d’édition de gènes et de l’ADN prélevé sur des restes de mammouth pour obtenir un embryon, l’implanter dans l’utérus d’une éléphante et ramener à la vie le géant de six tonnes, qui s’est éteint il y a plus de 4000 ans. L’objectif initial était d’obtenir une grossesse en 2027, pour une naissance en 2028.

Les objectifs ont toutefois été revus à la hausse. Dans un entretien récent avec TIME, le PDG et cofondateur de Colossal Biosciences, Ben Lamm, reconnaît que ces échéances ont évolué. « Nous estimons que ce sera plutôt au début des années 2030. Nous n’avons pas de date fixe. Pas en 2036, mais pas en 2030 non plus. »

L’année passée, Colossal a acquis des connaissances bien plus approfondies sur les génomes de mammouth et d’éléphant que jamais auparavant, ce qui améliore non seulement les chances d’une réintroduction du mammouth (ou d’une « dé-extinction »), mais permet également de mieux comprendre les principes fondamentaux de la génétique qui pourraient un jour être appliqués aux humains (dont une résistance potentielle au cancer).

Récréation du loup sinistre

Colossal a déjà fait ses preuves au printemps 2025, l’entreprise ayant annoncé avoir « ressuscité » cette espèce en modifiant le génome du loup gris pour répliquer les caractéristiques de son cousin éteint il y a 10 000 ans : pelage blanc, taille plus imposante, épaules plus puissantes, tête, dents et mâchoires plus larges, pattes plus musclées et sons spécifiques (notamment les hurlements et les gémissements).

Pour accomplir un tel exploit génétique, les chercheurs de Colossal ont récupéré de l’ADN de loup sinistre (ou loup terrible) à partir d’un os d’oreille et d’une dent découverts dans deux anciens échantillons. Ils ont ensuite séquencé le génome et l’ont comparé à celui du loup gris, avant de prélever les cellules d’un loup gris vivant et de faire 20 modifications sur 14 gènes à l’aide d’un outil d’édition des gènes : CRISPR-CAS9. Pour finir, ils ont extrait le noyau de la cellule modifiée, l’ont inséré dans un ovule de chien dont le noyau avait été retiré, puis ont implanté l’embryon ainsi obtenu dans l’utérus d’un chien. Neuf semaines plus tard, les loups sinistres étaient nés.

Le cas compliqué du mammouth laineux

Pour faire de même avec le mammouth laineux, l’équipe de chercheurs de Colossal a découvert que le travail génétique nécessaire serait plus complexe que prévu. Ils estimaient à l’origine avoir besoin de modifier environ 60 gènes pour transformer un noyau d’éléphant en noyau de mammouth, qui serait ensuite utilisé pour créer un embryon de mammouth. Ils prévoient désormais 150 modifications nécessaires (et ce chiffre n’est pas encore arrêté).

Parmi les gènes et les mécanismes de régulation qui ont été identifiés, certains réduisent la taille de l’oreille de mammouth à environ un dixième de celle d’un éléphant. Dans les climats chauds où vivent les éléphants d’Asie et d’Afrique, de grandes oreilles très vascularisées permettent d’évacuer la chaleur, de réguler la température du sang et du corps. Mais pour le mammouth, adapté à la dernière période glaciaire, cela ne conviendrait pas, puisque cette espèce avait besoin de conserver toute la chaleur possible. La queue des mammouths est également plus courte que celle des éléphants, là aussi pour des raisons de rétention de la chaleur, et les chercheurs de Colossal ont également identifié le gène concerné.

Les chercheurs ont également mis le doigt sur la génétique du pelage épais caractéristique du mammouth. La quasi-totalité des mammifères à poils (dont les humains) possèdent des glandes sébacées de sécrétion de sébum dans la peau. Le sébum permet aux poils de rester souples et les empêche de sécher ou de casser. Les éléphants, qui ont très peu de poils, étaient jusqu’alors considérés comme une exception, ce qui a compliqué la recréation du mammouth, qui a pour sa part besoin de glandes sébacées pour son pelage fourni. Mais après avoir étudié des échantillons de peau d’éléphant, les chercheurs de Colossal ont compris que la conclusion d’origine était erronée : les éléphants ont bien des structures similaires à des glandes sébacées rudimentaires. Il s’agit désormais d’isoler les gènes concernés et de les modifier pour créer la version développée dont aura besoin le mammouth laineux.

Les chercheurs ont également analysé la composition des poils d’éléphant et ont déterminé que chaque poil est composé à 90 % de neuf protéines différentes. Ils ont ensuite déterminé les gènes chargés de la production de ces protéines et qui régissent les cycles de développement des poils (avec des phases de pousse, de repos et de repousse). Des tests sur ces gènes sont actuellement en cours, et sont parfois réalisés sur d’autres animaux.

En mars 2025, Colossal Biosciences a par ailleurs révélé avoir créé une petite portée de 38 souris laineuses, génétiquement modifiées pour intégrer dans leur génome le code génétique du mammouth pour leur conférer un pelage épais. Les souris se sont bien portées et se sont reproduites, transmettant leurs longs poils à leurs petits. Malgré ces débuts encourageants, le mammouth est une espèce très éloignée des souris et, pour étudier l’efficacité de l’édition génétique, les chercheurs devront travailler avec un plus grand mammifère. L’entreprise a évoqué la création d’un cochon laineux, mais n’a donné aucune date précise pour le moment.

En étudiant davantage le génome du mammouth, les chercheurs de Colossal ont extrait des parties de sa séquence régulatrice et l’ont insérée dans des cellules cutanées d’éléphant vivantes ; ils ont ensuite observé comment ces régulateurs activaient ou désactivaient l’expression des gènes : un travail essentiel si l’on souhaite concevoir d’autres gènes sur mesure.

« C’est un peu bizarre, un peu à la Frankenstein, mais c’est ce que nous avons fait », raconte Ben Lamm.

Implications potentielles pour les humains

Les chercheurs de Colossal étudient par ailleurs l’une des caractéristiques les plus remarquables de l’éléphant : sa résistance au cancer. En tant que mammifère de grande taille, il devrait être très susceptible à la maladie, notamment car son corps contient 100 fois plus de cellules que celui d’un humain. Pourtant, le cancer ne représente que moins de 5 % des décès chez les éléphants, contre 16 % chez les humains.

Cette résistance restait un mystère jusqu’à peu, mais on sait désormais que les cellules d’humains et d’éléphants transportent un gène de suppression des tumeurs : le gène TP53. Lorsque l’ADN d’une cellule est endommagé (par le cancer ou autre), ce gène code la libération de la protéine p53, qui interrompt le cycle de croissance de la cellule endommagée pour permettre sa réparation, ou, si l’ADN est trop endommagé, détruit la cellule. Les humains possèdent deux exemplaires du gène TP53, tandis que les éléphants en ont 20, ce qui leur procure une meilleure résistance au cancer. Par ailleurs, les éléphants possèdent un gène LIF6, qui produit lui aussi de la protéine p53, ciblant précisément la mitochondrie (les centrales énergétiques des cellules) des cellules endommagées et les détruit avant qu’elles ne puissent se diviser et se propager.

D’autres chercheurs explorent déjà la possibilité de manipuler des protéines p53 chez des humains pour améliorer la résistance au cancer, mais Colossal ratisse plus large encore. Le 20 août dernier, l’entreprise a annoncé le lancement d’une nouvelle société, Astromech, qui utilise l’IA et le deep learning pour analyser les données génomiques de n’importe quelle espèce, retracer son évolution et prédire son futur, en anticipant son adaptation à l’environnement en mutation, sa vulnérabilité aux maladies et la possibilité de « goulots d’étranglement génétiques » (un manque de diversité génétique) qui se produisent lorsqu’une population animale menacée devient trop petite. Les chercheurs de Colossal utilisent donc Astromech pour étudier la résistance au cancer des éléphants, ce qui pourrait avoir des utilisations et des implications plus générales.

« Colossal ne réalise pas de recherches sur des humains, mais son travail sur les mammouths, les éléphants et d’autres bases de données génomiques pourrait produire des résultats intéressants pour la recherche sur le cancer humain », explique un porte-parole de l’entreprise. « La compréhension de mécanismes tels que la résistance au cancer des éléphants, liée au gène TP53, en est un exemple parfait. Astromech tente de tirer des conclusions à l’aide du mammouth, d’éléphants et d’autres données. »

Pour le moment, l’objectif de recréation d’un mammouth à l’aide de ce travail scientifique se poursuit, bien qu’à un rythme plus lent que ce qui était prévu à l’origine. « Je déteste dire cela, parce que je ne veux pas considérer le mammouth comme un produit, mais nous aurons un meilleur produit grâce à notre analyse approfondie de ce qui définissait véritablement un mammouth. »

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