Selon une croyance populaire, nous utiliserions seulement 10 % de notre cerveau. C’est un chiffre que nous avons déjà tous entendu, mais en réalité, il relève plutôt du mythe, qui porte d’ailleurs un nom : le mythe de l’utilisation incomplète du cerveau.

Certes, l’activité dans certaines régions du cerveau fluctue en fonction de nos activités, mais nous utilisons bien la grande majorité de notre cerveau en permanence. Pourtant, selon certaines études menées partout auprès d’enseignants partout dans le monde, près de la moitié d’entre eux disaient croire à ce mythe des 10 %.

Mais alors, comment de telles inepties s’insinuent-elles dans notre cerveau ? L’une des raisons est l’exposition répétée : plus nous entendons une affirmation ou une information spécifique, plus nous sommes susceptibles d’y croire, peu importe sa véracité.

« Lorsque nous sommes exposés à une information de manière répétée, elle nous semble plus vraie que la première fois que nous y avons été exposés », explique Sarah Barber, professeure agrégée de psychologie à l’université Georgia State et spécialisée en mémoire humaine et en évaluation de la vérité.

Les chercheurs de ce domaine qualifient ce phénomène d’« effet de vérité illusoire ». À l’ère de la désinformation en ligne et du conspirationnisme, la recherche à ce propos a redoublé d’efforts et revêt davantage d’importance. Ainsi, ces travaux ont systématiquement montré que plus nous sommes exposés aux mêmes inepties ou inventions (sur les réseaux sociaux par exemple, mais aussi à la télévision, avec nos amis ou ailleurs), plus ces dernières semblent vraies.

Lors d’une étude publiée en 2021 dans la revue Cognitive Research, Sarah Barber et un de ses collègues ont conclu que l’étape cruciale intervient lorsque nous sommes confrontés à une information pour la deuxième fois. L’étude avance que l’ampleur de l’effet de vérité illusoire diminue par la suite, mais que chaque confrontation supplémentaire renforce davantage notre perception de légitimité d’une information.

Attention toutefois, cela ne signifie pas qu’après suffisamment d’expositions à une information, notre perception de cette dernière peut basculer entièrement de fausse à vraie. Sarah Barber précise : « Il y a une différence entre la vérité perçue et la croyance. Vous n’allez pas vous mettre à croire une information soudainement, juste parce que vous l’entendez régulièrement, mais la répétition peut faire passer une information comme moins fausse. »

Imaginez une jauge, avec la croyance totale d’un côté et l’incrédulité totale de l’autre. Plus vous êtes confronté à une affirmation ou une allégation, plus celle-ci se déplace progressivement vers l’extrémité « croyance » de la jauge (même si elle ne franchit jamais la ligne médiane).

Sarah Barber souligne que la désinformation dans le domaine de la santé et la propagande politique mensongère sont des exemples d’inepties fréquemment répétées en ligne. Ainsi, plus nous entendons les mêmes arguments fallacieux (en particulier s’ils viennent apparaître sur nos réseaux sociaux entre deux photos de nos amis ou deux informations fiables), moins ils nous semblent bizarres et plus nous avons de chance d’y souscrire, explique-t-elle.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer l’effet de vérité illusoire, le plus fréquemment cité étant celui de la « facilité de traitement », comme l’appellent les psychologues spécialisés dans la cognition. L’hypothèse est étayée par plusieurs recherches et veut que les informations auxquelles nous avons déjà été exposés soient plus faciles à traiter pour le cerveau, qui confond cette aisance avec de la vérité.

« Pensons-y du point de vue de la transmission d’informations par bouche-à-oreille, qui est une forme de collecte de preuves que nous utilisons depuis la nuit des temps : il est logique que d’accorder plus de vérité à des choses que nous entendons régulièrement », complète Shauna Bowes, professeure agrégée en psychologie à l’université d’Alabama, à Huntsville. « Malheureusement, cela ne fonctionne pas aussi bien dans le contexte de consommation de l’information actuel. »

Au mois de janvier, Shauna Bowes a corédigé une étude avec Lisa Fazio, de l’université Vanderbilt, qui a prouvé que l’effet de vérité illusoire influence notre capacité à croire aussi bien des théories du complot que des anecdotes innocentes.

L’étude des deux chercheuses a également révélé que ni la disposition d’une personne à adhérer au conspirationnisme, ni le temps qu’elle consacre à examiner la validité d’une information, ne diminuent l’effet d’une exposition répétée. En d’autres termes, même les personnes qui ne sont pas enclines au conspirationnisme, et qui prennent le temps de peser la vérité des arguments auxquels elles sont exposées, sont sensibles à l’effet de vérité illusoire.

« J’étudie les différences individuelles, c’est-à-dire la manière dont les personnes se distinguent dans leur manière de réduire l’influence des fausses informations, mais avec l’effet de vérité illusoire, ces différences semblent ne plus avoir d’importance. Même si vous êtes plus rationnel ou enclin à réfléchir, ça ne change rien », souligne Shauna Bowes.

« Vous n’allez pas vous mettre à croire que la Terre est carrée parce que vous l’avez entendu plusieurs fois », ajoute-t-elle. « Mais vous trouverez cette idée moins invraisemblable qu’auparavant. »

Malheureusement, selon Shauna Bowes, le fait d’avoir conscience de l’existence de l’effet de vérité illusoire n’offre pas grand répit. Dès lors, le seul garde-fou paraît simple : réduire son exposition aux fausses informations et aux théories du complot.

Cela peut impliquer de passer moins de temps sur les sites et plateformes qui font commerce de la diffusion de mensonges et de la désinformation. La spécialiste suggère toutefois une solution idéale : des plateformes de réseaux sociaux et d’autres sources d’informations qui feraient plus d’efforts pour mettre en avant des informations factuelles et minimiser la propagation d’inepties et de fake news.

« Tant que les algorithmes inondent nos flux d’actualités sur les réseaux sociaux avec du contenu mensonger, nous sommes tous vulnérables », conclut-elle.