L’OMS et les experts s’inquiètent d’une épidémie qui pourrait prendre une ampleur régionale préoccupante et déclenchent son plus haut niveau d’alerte internationale hors urgence pandémique. Un virus causé par une souche fortement létale… contre laquelle il n’existe à ce jour ni vaccin homologué ni traitement spécifique approuvé.

Après l’hantavirus, une nouvelle épidémie d’Ebola inquiètent les autorités sanitaires internationales. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclenché ce week-end son plus haut niveau d’alerte internationale hors urgence pandémique face à une épidémie d’Ebola. La souche Bundibugyo est particulièrement redoutée dans la province d’Ituri, dans le nord-est de la RDC, étant donné qu’elle est rare, avec un taux de létalité très élevé pouvant atteindre environ 50 % lors des précédentes flambées, mais surtout, aucun vaccin homologué ni traitement spécifique approuvé n’existent à ce jour contre ce virus. L’épidémie aurait fait 131 morts tandis que 516 cas suspects et 33 cas confirmés ont été recensés en RDC. L’Ebola commence même à se propager vers l’Ouganda et la ville de Goma, près de la frontière du Rwanda. Deux cas ont été confirmés en Ouganda, et un autre à Goma, capitale de la province voisine du Nord-Kivu, d’après les rebelles du M23 qui contrôlent la ville.

4,7 tonnes d’équipements médicaux et de soins vers la RDC 

D’après un communiqué qui a été publié sur le réseau social X par l’OMS, le directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a affirmé que le virus « constitue une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI), sans toutefois répondre « aux critères d’une urgence pandémique ». Depuis 2024, et l’adoption des amendements au Règlement sanitaire international, l’« urgence pandémique » constitue une catégorie supplémentaire au sein des USPPI. Le Centre de préparation et de réponse aux situations d’urgence de l’OMS a expédié ce mardi 19 mai 4,7 tonnes de fournitures et d’équipements médicaux à destination de Bunia.

 

Les centres pour le contrôle et la prévention des maladies des États-Unis (CDC) avaient annoncé lundi 18 mai qu’un Américain avait été diagnostiqué positif au virus « dans le cadre de son travail en République démocratique du Congo ». Ce patient a « développé des symptômes au cours du week-end et a été testé positif tard dimanche », rapportent les CDC. Des dispositions sont actuellement prises pour le transférer en Allemagne afin de recevoir les traitements nécessaires, a déclaré Satish Pillai, chargé de la gestion d’Ebola pour les CDC.

Une délégation emmenée par le ministre de ‌la Santé de la RDC, Samuel Roger Kamba, est arrivée dimanche à Bunia, capitale de l’Ituri, avec des tentes pour mettre en place des centres de traitement afin de soulager les hôpitaux locaux débordés.

« Ce n’est pas une maladie mystique », a-t-il déclaré auprès de l’agence de presse américaine Reuters. « Faites-vous connaître afin que l’on puisse vous soigner ​et empêcher la propagation de la maladie », a-t-il ajouté.

La représentante de l’OMS en RDC, Anne ‌Ancia, a déclaré que l’agence onusienne avait épuisé ses stocks d’équipements de protection dans la capitale Kinshasa, et qu’elle préparait donc un avion-cargo ⁠pour acheminer des nouveaux stocks de fournitures depuis le Kenya.

Une souche difficile à détecter dans des zones hostiles

Le virus Ebola provoque une fièvre hémorragique extrêmement contagieuse qui reste redoutable malgré le développement de certains vaccins et traitements, efficaces seulement contre le virus Ebola Zaïre, celui qui est à l’origine des plus grandes épidémies. La région de l’Ituri, qui est à la frontière avec l’Ouganda ainsi que le Soudan du Sud, subit d’intenses déplacements de population à cause de l’activité minière de la région. L’accès à certaines zones, en proie à des violences armées comme par exemple avec les forces du M23, est aussi difficile d’accès dans la région du Kivu pour des raisons sécuritaires, ce qui ne permet pas aux spécialistes de suivre correctement la propagation de la souche Bundibugyo.

« Nous voyons des gens mourir depuis deux semaines », confie Isaac Nyakulinda, un représentant de la société civile de la ville de Rwampara dans l’Ituri, contacté par l’AFP. « Il n’y a pas de lieu pour isoler les malades. Ils décèdent à domicile et leurs corps sont manipulés par les membres de leurs familles », a-t-il poursuivi, affirmant craindre le pire.

Le virus a fait en tout plus de 15 000 morts en Afrique ces cinquante dernières années. Lors des flambées épidémiques précédentes, le taux de mortalité a fluctué entre 25 et 90 %, selon les chiffres rapportés par l’OMS. Ces dernières semaines, plusieurs affrontements entre groupes armés dans la région de l’Ituri ont tué des dizaines de ‌civils, aggravant la situation humanitaire déjà alarmante.

« La souche Bundibugyo n’a pas de vaccin et n’a pas de traitement spécifique », a indiqué samedi 16 mai Samuel Roger Kamba, ministre de la Santé congolais, ajoutant que, « avec cette souche, le taux de létalité est très important, on peut aller jusqu’à 50 % ». Avant cette nouvelle flambée, la souche Bundibugyo avait provoqué deux épidémies documentées : en Ouganda en 2007, où 42 personnes étaient mortes sur 131 cas confirmés, puis en RDC en 2012, où 13 personnes étaient mortes sur 38 cas confirmés.

Un manque de financement qui aggrave la crise sanitaire

Jean-Pierre Badombo, ancien maire d’une ville minière de l’Ituri située dans l’épicentre de l’épidémie, a affirmé que la population commençait à tomber malade dès le mois d’avril, notamment après l’arrivée d’un cortège funèbre à cercueil ouvert en provenance de zones de conflit. « Après cela, nous avons connu ⁠une cascade de décès », a-t-il expliqué.

« Nous ne disposons pas de vaccin, ce qui veut dire que nous comptons essentiellement sur les mesures de santé publique », comme le respect des gestes barrières et la limitation des déplacements, résumait samedi 16 mai Jean Kaseya, patron de l’Africa CDC. Selon les autorités sanitaires, le premier cas suspect serait un infirmier, qui s’est présenté le 24 avril dans une structure médicale de Bunia, capitale de l’Ituri, avec des symptômes d’infection au virus.

Au total, cette épidémie d’Ebola est la 17ᵉ en RDC depuis que la maladie a été identifiée en 1976 dans le pays, anciennement nommé le Zaïre. D’autres pays du continent ont été touchés ces dernières années par le virus, c’est notamment le cas de la Guinée et de la Sierra Leone. La transmission entre humains du virus se fait par les fluides corporels, et particulièrement via l’exposition au sang d’une personne infectée, vivante ou décédée. Une personne qui est contagieuse ne le devient qu’après l’apparition des symptômes. La période d’incubation peut aller jusqu’à vingt et un jours.

Lievin Bangali, coordinateur principal de la santé de l’IRC en RDC, a indiqué que la diminution des financements de fonds internationaux a fragilisé la détection des maladies.

« Lorsque les réseaux de surveillance s’effondrent, des maladies dangereuses comme l’Ebola peuvent se propager plus loin et plus vite avant que les communautés et les professionnels de santé puissent réagir », a-t-il alerté.