Pourtant, peu parmi nous savent que ces symptômes sont la conséquence de ce qu’il se passe (ou non) pendant notre sommeil. Nous avons donc demandé à des experts quels signes souvent ignorés peuvent en réalité indiquer des troubles du sommeil, et comment les repérer suffisamment tôt.
Vous présentez des symptômes similaires à ceux du TDAH
Certains spécialistes du sommeil affirment que les troubles du sommeil non diagnostiqués (notamment l’apnée du sommeil) peuvent prendre la forme des symptômes du TDAH, en particulier chez les enfants, voire les aggraver. D’après la Dre Alice Hoagland, directrice de la clinique des troubles du sommeil du Rochester Regional Health, le manque de sommeil peut en effet provoquer ou exacerber les troubles de l’attention, du comportement et du contrôle des impulsions. Elle précise que dans de nombreux cas, une ablation des amygdales résout l’apnée du sommeil chez l’enfant et entraîne la disparition simultanée des symptômes du TDAH.
Le même phénomène peut se produire chez les adultes : environ 80 % des adultes présentant un TDAH ont un rythme circadien retardé, ce qui signifie que leur horloge interne est décalée par rapport à la moyenne, compliquant l’endormissement avant tard le soir. Alice Hoagland explique : « Ils veillent jusqu’à 1 ou 2 heures du matin et attribuent cela à leur TDAH, mais en réalité, c’est simplement qu’ils n’ont pas sommeil ». Ainsi, quand les impératifs professionnels les tirent du lit à 6 ou 7 heures du matin, ils souffrent d’un manque de sommeil chronique, dont les symptômes sont impossibles à distinguer de ceux du TDAH. D’ailleurs, une composante génétique entre même en jeu : une mutation sur un gène appelé CRY1 est associée à un retard de phase du sommeil héréditaire, ce qui implique que pour certains, la solution n’est pas médicamenteuse, mais consiste à réorganiser leurs journées autour de leurs exigences biologiques.
Vous avez envie de nourriture grasse
Après une mauvaise nuit de sommeil, l’appel des chips ou de la glace à 23h n’est pas dû à un manque de volonté, mais bien aux hormones. Le manque de sommeil déséquilibre en effet deux hormones clefs de l’appétit : la ghréline, qui stimule l’appétit, et la leptine, qui signale la satiété. Le Dr David Benavides, médecin du sommeil à la faculté de médecine d’Harvard et pour le réseau Mass General Brigham, explique que dans une étude, « les courtes nuits étaient associées à des taux de leptine plus faibles, de ghréline plus élevés et une faim signalée par les participants plus importante. Le corps envoie un signal de faim plus puissant et un signal de satiété plus faible. Ces deux signaux ne font pas bon ménage. »
Par ailleurs, le manque de sommeil transforme également le système de récompense du cerveau en faveur des aliments hautement caloriques. « Quand j’étais interne, je me souviens que je faisais des gardes de 24 heures et j’allais toujours en salle de pause pour chercher des donuts », raconte le médecin. Des recherches suggèrent en effet que le manque de sommeil peut mener à consommer environ 300 calories supplémentaires par jour, soit suffisamment pour faire une différence concrète avec le temps, même si le reste de votre régime alimentaire n’a pas changé.
Vous êtes plus susceptible que d’habitude
Vous est-il déjà arrivé de vous emporter contre un proche en vous demandant d’où venait cet agacement ? Il existe peut-être une explication neurologique. Une étude a en effet conclu que le manque de sommeil pouvait provoquer une réaction de l’amygdale cérébrale 60 % plus intense face aux stimuli négatifs, tout en affaiblissant la région du cerveau qui régule ces réactions.
« Les parties émotionnelles du cerveau réagissent avec plus de vigueur et les systèmes qui contribuent à la régulation de ces réactions se mettent à dysfonctionner », estime le Dr David Benavides. « Lorsqu’un patient dit qu’il est d’humeur grincheuse quand il est fatigué, ce n’est pas une question de personnalité. Des recherches sur le cerveau le montrent. »
Vous vous excusez pour des choses que vous n’avez pas faites
En voilà un symptôme bien étrange. Dans une étude datant de 2016, les participants en manque de sommeil étaient plus de quatre fois plus susceptibles de signer un aveu erroné pour un acte qu’ils n’avaient pas commis. « La fatigue ne se contente pas de nous ralentir, elle nous rend aussi plus enclins à accepter des choses fausses », avance le Dr David Benavides. Les implications vont d’ailleurs bien au-delà des confins de l’expérience : au travail, lors de conversations difficiles ou dans toutes les situations dans lesquelles une personne est poussée à accepter quelque chose dont elle sait que c’est faux, le cerveau en manque de sommeil est bien plus susceptible de capituler.
Vous vous réveillez avec des migraines violentes
Les personnes qui font de l’apnée du sommeil signalent souvent des migraines, notamment le matin, après une nuit à la respiration perturbée. Pendant le sommeil, une respiration anormale fait grimper les taux de dioxyde de carbone et chuter les taux d’oxygène, ce qui provoque une migraine au réveil. La Dre Saema Tahir ajoute : « C’est lié au faible taux d’oxygène et au taux élevé de dioxyde de carbone dans le cerveau en raison d’une respiration irrégulière ».
De nombreux patients enchaînent ainsi les bilans neurologiques et les médicaments contre la migraine pendant des années sans trouver de solution, car aucun médecin ne s’est penché sur ce qu’il se passe pendant leur sommeil. « Ils augmentent de plus en plus les doses, mais c’est l’apnée du sommeil qui est en cause », complète-t-elle.
Vous grincez des dents
Le bruxisme (la contraction involontaire des mâchoires) est souvent considéré comme un simple signe de stress. Ce dernier joue certes un rôle dans ce phénomène, mais la médecine du sommeil souligne un déclencheur plus spécifique. Des études sur le sommeil montrent ainsi que les épisodes de bruxisme interviennent juste après une interruption de la respiration pendant le sommeil. À ce moment-là, le cerveau tire la personne endormie de son sommeil profond et la place en phase de sommeil léger, ce qui l’empêche d’atteindre les phases réparatrices dont le corps a besoin.
Et cela va dans les deux sens : une douleur aux mâchoires due à des troubles temporo-mandibulaires (entre autres) peut aussi empêcher le corps d’entrer dans les phases de sommeil profond et réparateur. Si vous avez mal à la mâchoire au réveil et que vous ne savez pas pourquoi, parlez-en à votre médecin pour envisager un contrôle du sommeil.
Vous vous réveillez souvent pour aller aux toilettes
La nycturie (le fait de se lever fréquemment la nuit pour uriner) est souvent attribuée à une trop grande consommation de liquides, au vieillissement ou à la grossesse. Pourtant, d’après la Dre Saema Tahir, il s’agit de l’un des signes les plus révélateurs et les plus ignorés de troubles respiratoires du sommeil. « Je ne laisse jamais un patient quitter mon bureau sans lui parler de ses mictions nocturnes. Ce qu’ils pensent souvent être dû à leur régime alimentaire (boire trop d’eau par exemple) peut en réalité être un symptôme de troubles respiratoires du sommeil qu’il ne faut pas négliger. »
Dans les faits, le mécanisme démarre au niveau du cœur. Lorsque l’apnée du sommeil interrompt la respiration à répétition, cela exerce une pression sur le cœur, entraînant la libération d’une hormone qui indique au corps de se débarrasser de l’excès de fluides. C’est pour cela que vous allez aux toilettes.
Non pris en charge, les troubles respiratoires du sommeil peuvent être associés à des maladies cardiaques, à des AVC et à toute une série de complications cardiovasculaires graves qui doivent vous pousser à en parler à votre médecin.
Le soir, vous êtes surexcité(e) mais épuisé(e)
L’épuisement sans parvenir à se détendre est un phénomène courant, mais il ne doit pas être pris à la légère. « C’est le signe indéniable que votre sommeil n’est ni sain ni réparateur depuis un certain temps », explique la Dre Saema Tahir. Et cela ne se compte pas nécessairement en mois ou en années, car quelques semaines peuvent suffire.
Elle explique ainsi qu’un sommeil de mauvaise qualité perturbe le rythme naturel de sécrétion d’hormones du stress. Le cortisol atteint notamment son pic le matin et diminue à l’heure du coucher, mais lorsque le sommeil est perturbé, ces taux peuvent rester élevés pendant la nuit, maintenant le corps dans un état d’alerte modéré. Vous êtes alors épuisé(e), mais vous ne parvenez pas à vous détendre réellement. « Vous pouvez dormir autant que vous voulez, si vous ne passez pas par toutes les phases de sommeil nécessaires pour être reposé(e) le lendemain, vous ne vous sentirez jamais bien. Vous ne parviendrez jamais à vous apaiser », ajoute la spécialiste.
Vous tombez malade sans cesse
Le sommeil et le système immunitaire sont étroitement liés, mais la vitesse à laquelle le manque de sommeil affecte la fonction immunitaire a de quoi surprendre. Lors d’une étude, une seule nuit avec un déficit de sommeil a suffi pour faire chuter d’environ 28 % l’activité des cellules tueuses naturelles (ou lymphocytes NK), qui jouent un rôle clef dans la première ligne de défense du système immunitaire, le lendemain matin. « Les cellules tueuses naturelles sont responsables de nombreuses fonctions vitales », explique le Dr David Benavides.
Avec le temps, le manque de sommeil chronique entraîne donc un dérèglement généralisé du système immunitaire, ce qui augmente les risques d’infection et de déséquilibres hormonaux qui aggravent le problème. Si vous attrapez systématiquement tous les rhumes qui traînent, le médecin suggère de vous poser la question suivante : dormez-vous vraiment assez ?
Vous traversez des phases de micro-sommeil au volant (sans vous en rendre compte)
La plupart des gens qui piquent du nez au volant estiment qu’ils savent identifier le moment de faire une pause. Ce n’est pourtant pas ce que montre la recherche. Lors d’études menées dans des simulateurs de conduite, les participants en manque de sommeil ont traversé plusieurs phases de micro-sommeil (endormissement bref et involontaire de quelques secondes) répétées avant de réaliser leur incapacité à conduire. Le temps de s’arrêter pour boire un café ou faire une pause, leur cerveau peut avoir basculé plusieurs fois dans le sommeil sans même qu’ils ne s’en rendent compte.
La Dre Alice Hoagland explique : « Les gens disent souvent que même s’ils n’ont dormi que cinq heures, ils n’ont jamais sommeil au volant. Mais au moment où ils réalisent qu’ils somnolent, nombre d’entre eux ont déjà traversé plusieurs épisodes de micro-sommeil. » À grande vitesse sur l’autoroute, cinq secondes d’absence suffisent à parcourir l’équivalent d’un terrain de football, ajoute-t-elle, soulignant une autre conséquence dangereuse du manque de sommeil.
- Article issu de TIME US - Traduction Mathilde PACE





