4,75 dollars : c’est la somme versée chaque nuit, via une application, aux étudiants américains qui dormaient au moins sept heures. Pas de bourse, pas de tuteur, pas d’heures de soutien supplémentaires : juste un virement au réveil. À la fin du semestre, le groupe bénéficiant de cette incitation avait obtenu de meilleurs résultats que le groupe témoin. L’expérience, menée par les économistes Osea Giuntella, de l’université de Pittsburgh, Silvia Saccardo, de Carnegie Mellon, et Sally Sadoff, de l’université de Californie à San Diego, a été publiée dans le Journal of Political Economy. Au total, 1 149 étudiants de l’université de Pittsburgh y ont participé.
Le constat de départ est sans appel : ces jeunes adultes dorment en moyenne 6 heures et 36 minutes par nuit. Seuls 43 % d’entre eux atteignent le seuil recommandé de sept heures en semaine. Au total, 96 % n’atteignent pas cet objectif lors d’au moins une nuit de semaine, et un quart se couche après deux heures du matin.
Un bracelet connecté, une prime et des notes qui progressent
Le protocole ne laissait rien au hasard. Chaque participant portait un bracelet Fitbit enregistrant la durée de son sommeil. Au total, 468 d’entre eux recevaient également des rappels personnalisés à l’heure du coucher, un bilan chaque matin et, surtout, une prime immédiate en cas d’objectif atteint. L’expérience a duré quatre semaines, suivies d’une période d’observation sans argent. La part des nuits de semaine durant lesquelles ces étudiants ont dormi au moins sept heures a augmenté de 26 % par rapport au niveau initial, soit de 11,5 points de pourcentage, pour un gain moyen de 19 minutes de sommeil par nuit pendant le mois de traitement.
Une fois les paiements arrêtés, l’effet s’est étiolé sans disparaître : huit minutes de sommeil supplémentaires subsistaient encore pendant la période d’observation, comprise entre une et cinq semaines selon les participants. Autre enseignement : verser l’argent immédiatement fonctionne mieux que le différer, du moins pendant la phase de traitement. Les rappels et bilans seuls, sans prime, ont eu un effet plus limité sur les habitudes des étudiants. Sur le plan scolaire, l’effet est mesurable : la moyenne générale a progressé de 0,075 à 0,089 point sur une échelle de quatre points. Selon la comparaison effectuée par les chercheurs, c’est près du double de l’effet moyen observé dans une méta-analyse consacrée aux incitations financières liées aux résultats universitaires.
Les analyses exploratoires montrent des effets particulièrement marqués chez les étudiants entamant leur premier semestre universitaire et dans les matières scientifiques, notamment pour les cours dispensés entre 10 heures et 14 heures. Le temps total consacré aux études n’a pas changé : les étudiants ont simplement déplacé une partie de leurs révisions du soir vers le matin et réduit leur temps d’écran nocturne. Les auteurs présentent leur étude comme la première à montrer qu’une intervention ciblant directement le sommeil peut améliorer les résultats universitaires, au-delà des corrélations déjà établies par de précédents travaux.
Reproduire l’effet sans sortir le portefeuille
La question n’est pas propre aux États-Unis. En France, l’Observatoire national de la vie étudiante a publié en juillet 2026 des résultats issus de son enquête de 2024 sur la santé et le bien-être des étudiants : un étudiant sur trois y déclare avoir déjà rencontré des difficultés dans ses études à cause de son sommeil, et seule la moitié des répondants déclare avoir des horaires de coucher et de lever réguliers. Le rapport plaide pour une meilleure intégration de la santé étudiante dans les politiques de campus, sans toutefois évoquer de dispositif financier comparable à celui testé outre-Atlantique.
D’autres pays explorent des pistes voisines, appliquées à d’autres habitudes. À Singapour, la National Library Board a lancé début septembre 2026 le programme ReadSG, qui récompense la lecture quotidienne d’au moins quinze minutes par des pièces virtuelles échangeables contre de petites récompenses financières : cinquante jours de lecture validés donnent droit à l’équivalent d’un dollar singapourien. La somme est symbolique, l’objectif est ailleurs : ancrer une routine dans un quotidien saturé d’écrans.
Reste une question : comment reproduire durablement cet effet sans verser d’argent à chaque étudiant ? Les auteurs invitent notamment à étudier le rôle des croyances sur le sommeil, le moment auquel ces interventions sont proposées et des mesures structurelles, comme l’adaptation des horaires de cours ou la création d’environnements universitaires plus favorables au repos. Ces pistes doivent encore être évaluées afin de déterminer lesquelles seraient les plus efficaces et les plus faciles à déployer à grande échelle.





