Alors que le nombre d’alertes canicule se multiplient en raison du réchauffement climatique, notre santé paie le prix des hausses de températures. Le lien est en effet confirmé entre canicule et plusieurs troubles de santé, comme l’hyperthermie, la déshydratation et les maladies respiratoires. Toutefois, certaines personnes sont plus à risque que d’autres : les femmes enceintes sont en effet plus sujettes aux complications de santé en période de fortes chaleurs.
Une analyse publiée par Climate Central le 14 mai dernier affirme que les fortes températures provoquées par le réchauffement climatique présentent des risques sévères pour la santé maternelle et les accouchements. Entre 2020 et 2024, le nombre moyen de jours constituant une menace pour les femmes enceintes (définis comme les jours où la température maximale est plus élevée que 95 % des températures constatées à un endroit donné) a doublé dans 222 pays. L’augmentation a été majoritairement enregistrée dans les régions en développement avec un accès limité aux soins de santé, comme les Caraïbes, des régions de l’Amérique centrale et du Sud, ou l’Afrique subsaharienne.
Selon Shruthi Mahalingaiah, professeure de santé environnementale, reproductive et des femmes à la Harvard T.H. Chan School of Public Health : « Les femmes enceintes et leurs fœtus sont plus vulnérables aux changements climatiques, notamment aux chaleurs et aux chaleurs extrêmes ». Elle ajoute que, dans le cas des canicules, une personne enceinte peut avoir plus de difficultés à réguler la température de son corps que les autres. Cela s’explique : « Le corps de la femme enceinte subit déjà de nombreux bouleversements pour accueillir un fœtus, et il a plus de mal à se réguler et à maintenir l’environnement du fœtus à une température saine ».
Les chaleurs extrêmes exposent donc les femmes enceintes à de plus grands risques de développer des affections, telles que la pré-éclampsie et le diabète gestationnel, explique Anna Bonell, professeure à la London School of Hygiene & Tropical Medicine.
Mais la canicule a également des conséquences sur le développement des fœtus. Shruthi Mahalingaiah explique : « Le fœtus n’est pas capable de réguler sa température lui-même, et nous savons que le développement des organes du fœtus est [largement] sensible à la température ». Certaines études ont d’ailleurs déjà fait le lien entre exposition à des fortes chaleurs et augmentation du risque d’anomalies congénitales (notamment les anomalies du tube neural, comme le spina bifida).
Anna Bonell précise : « Aujourd’hui, nous savons aussi très clairement qu’il existe des risques de naissance avant le terme, de mortinatalité, de bébés plus petits et d’anomalies congénitales [en raison de l’exposition à des chaleurs extrêmes] ». Une autre étude, publiée en 2024 par la revue JAMA Network Open, a démontré que le taux de naissances prématurées augmente lorsque les températures locales sont anormalement élevées pendant plus de quatre jours consécutifs. De plus, les naissances avant le terme peuvent avoir de nombreuses répercussions sur la santé des enfants. La professeure londonienne explique : « Un enfant prématuré a un risque accru de mortalité et a plus de chances de subir de multiples hospitalisations et de souffrir de maladies longue durée ».
Par ailleurs, les températures extrêmes jouent sur l’efficacité de la contraception et des tests de grossesse, que les fortes chaleurs peuvent facilement abîmer et rendre inefficaces. Une analyse réalisée par MSI Reproductive Choices a conclu que depuis 2011, environ 11,5 millions de femmes dans 26 pays ont vu leur accès à la contraception chuter en raison des déplacements liés aux changements climatiques.
Et bien que les changements climatiques touchent toute la population, les risques sanitaires sont décuplés chez les communautés marginalisées. Howie Wu, professeur en sciences de la santé environnementale à l’université de Columbia, explique : « Les populations à faibles revenus [qui ont] moins accès à des soins de santé sont défavorisées naturellement ». Il ajoute que les personnes qui n’ont pas accès à la climatisation ou à des zones d’ombre sont plus enclines aux complications liées à la chaleur, tandis que celles qui vivent près des axes routiers sont exposées à des concentrations importantes de substances polluantes.
Enfin, d’autres facteurs liés au climat ont été reliés aux complications pendant la grossesse. En effet, l’OMS affirme que la pollution atmosphérique augmente le risque de pression artérielle élevée pendant la grossesse, d’insuffisance pondérale à la naissance, de naissance prématurée et de répercussions négatives sur le développement du cerveau et des poumons du fœtus. En outre, une étude de 2020 publiée dans Environment International a démontré que les fortes tempêtes, comme les cyclones ou les ouragans, peuvent déclencher des naissances prématurées, en raison de facteurs tels que le stress, la contamination de l’environnement et la perturbation des services de santé.
Il apparaît donc que les conditions météorologiques extrêmes ont des effets multiples sur l’accès aux soins. Un rapport publié en décembre 2023 par XDI, une entreprise data-driven qui évalue les risques climatiques, a conclu que les changements climatiques d’origine humaine avaient augmenté le risque de dégâts causés aux hôpitaux de 41 % (et les experts indiquent que ces perturbations peuvent avoir un effet domino). Howie Wu précise : « À New York, par exemple, l’ouragan Sandy a eu des conséquences sur la [capacité à fournir] des soins prénatals. Ces phénomènes météorologiques extrêmes affectent les prestataires de soins et sont, selon moi, sous-estimés et sans doute pas assez étudiés ».
Toutefois, les experts soulignent tous qu’il reste encore beaucoup à faire pour comprendre la manière dont les changements climatiques influent sur les grossesses et le développement des fœtus. Shruthi Mahalingaiah conclut : « Il est crucial de penser à l’amont et à l’aval du cycle reproductif des personnes enceintes. Nous avons encore beaucoup de travail pour vraiment tout comprendre ».
- Article issu de TIME US - Traduction Mathilde Pace





