C’est mon grand-père qui m’a inculqué la gentillesse. Il avait pour habitude d’emmener les bonnes sœurs de mon école catholique à leurs rendez-vous médicaux, d’échanger des plaisanteries et des sourires avec les employé(e)s du supermarché, les enfants des voisins, et la plupart des gens qu’il croisait. Pour faire comme lui, j’ai voulu accomplir des actes de gentillesse spontanés dès que possible. J’avais bien conscience que la bienveillance envers les autres me faisait du bien, mais ce n’est que récemment, après 25 ans de carrière en tant que psychologue spécialisée dans les traumatismes, que j’ai découvert la science qui se cache derrière les actes de gentillesse spontanés.
La recherche suggère que les actes de gentillesse apportent de la joie aussi bien à celui qui les offre qu’à celui qui les reçoit. Une analyse systématique de 24 études indique par ailleurs que les actes de gentillesse stimulent le bien-être de celui qui les réalise.
Une autre étude, axée sur les effets d’une intervention de sept jours (pendant laquelle les participants ont volontairement essayé de rendre service aux autres), a conclu que la puissance des liens, qu’ils soient forts (famille et proches) ou faibles (inconnus), n’avait pas d’importance : tous les actes de gentillesse avaient des effets positifs sur le bonheur.
Oliver Scott Curry est directeur de la recherche chez Kindlab, une équipe de chercheurs qui se concentre sur les causes et les conséquences de la gentillesse. Le groupe propose notamment des outils et programmes pour favoriser la gentillesse. Vous pouvez même remplir le Kindness Quotient, un questionnaire étayé par la recherche qui, en moins de cinq minutes, vous donne une estimation de votre niveau de gentillesse par rapport aux autres.
J’ai donc contacté Oliver Scott Curry pour lui demander ce qu’il pensait de la valeur et des opportunités de la gentillesse dans un monde d’apparence très hostile. « Les humains sont naturellement très gentils, dans les bonnes circonstances », a-t-il affirmé.
En effet, d’après des recherches dans différents cadres culturels et économiques, menées aussi bien aux États-Unis, au Canada, en Ouganda, en Inde et en Afrique du Sud, le bien-être éprouvé après avoir aidé autrui semble profondément ancré dans la nature humaine.
Jonathan Passmore, psychologue et coach au Royaume-Uni, a pour sa part développé une technique de coaching issue de la psychologie positive intitulée CAKE (consistent acts of kindness and empathy, « actes systématiques de gentillesse et d’empathie » en français). Interrogé sur la manière dont la méthode CAKE peut aider à répandre la gentillesse, il explique : « La liste d’actions possibles est infinie. J’encourage les gens à commencer par un programme d’une semaine, avec un acte de gentillesse par jour ». Par exemple, le lundi, vous pouvez saluer par son prénom un commerçant que vous connaissez et lui souhaiter une bonne journée. Le mardi, « vous pouvez écrire une carte à un collègue pour le remercier pour un service qu’il vous a rendu ». Si vous vous y tenez pendant une semaine, « vous allez vous mettre à aimer ça et à adopter une approche plus empathique envers la plupart des gens que vous allez rencontrer ».
Et il n’y a pas d’âge pour s’y mettre. Kindlab propose par exemple des challenges gentillesse (activités de renforcement des compétences, jeux, etc.) pour les plus petits. L’un de mes favoris est la marche de la gentillesse : une carte qui encourage les enfants à sourire à un inconnu, à faire des compliments sincères ou à ramasser des déchets pendant leur prochaine promenade.
Les personnes qui font preuve de gentillesse sous-estiment souvent leur portée positive de ces gestes sur les destinataires, ce qui peut décourager certains d’agir. Pourtant, les actes de gentillesse sont un outil simple, gratuit, accessible et précieux que nous pouvons tous et toutes mettre en place avec notre famille, nos amis, des membres de notre communauté et même des inconnus.
En tant que psychologue profondément attachée au bien-être des gens, je perçois les actes de gentillesse comme un acte donnant-donnant. Qu’il s’agisse d’offrir un café à la personne derrière vous dans la queue, de tenir la porte ouverte à quelqu’un qui a les mains pleines ou de saluer un inconnu dans la rue, vous contribuerez probablement au bien-être des autres ainsi qu’au vôtre.
- Article issu de TIME US - Traduction Mathilde PACE





