Moins de six milliards d’euros. C’est l’effort que Sébastien Lecornu compte demander aux retraités pour boucler son budget 2027. Un chiffre qu’il égrène le 17 septembre dans un entretien au Figaro, quelques heures après avoir réuni son gouvernement à Matignon pour un séminaire consacré, presque exclusivement, à l’argent qui manque. Le Premier ministre a fait ses calculs. « Un effort budgétaire d’environ 54 milliards d’euros », annonce-t-il, pour ramener le déficit public à 5 % du produit intérieur brut en 2027. L’an dernier, François Bayrou en proposait 44. Il a été renversé avant même de les voir votés.
Lecornu, lui, promet de faire passer sa copie sans recours à l’article 49.3 ni aux ordonnances, à condition que La France insoumise renonce à « l’obstruction parlementaire ». Le compte est vertigineux. Sans mesures correctives, le déficit dépasserait 6,5 % du PIB, prévient-il. La charge de la dette augmenterait, selon lui, de 10 milliards d’euros l’an prochain, plombée par la remontée des taux. Les dépenses de Sécurité sociale progresseraient spontanément de 22 milliards d’euros, notamment sous l’effet du vieillissement de la population. Le contexte est implacable : le déficit de 2026 est désormais attendu à 5,4 % du PIB, loin des 5 % espérés par Bercy.
Retraites, fonctionnaires, étrangers : qui va payer ?
Sur les retraites, Lecornu manie la nuance. « Aucune pension ne diminuera », assure-t-il, mais un gel des pensions les plus élevées est à l’étude, et le Parlement tranchera entre désindexation et modification d’un abattement fiscal. Il s’agace du procès en injustice : les retraités, insiste-t-il, ne seront « pas les seuls mis à contribution ». Les fonctionnaires seront également concernés. Leur point d’indice resterait gelé, deux milliards d’économies à la clé, tandis que des discussions doivent s’ouvrir avec les syndicats pour épargner les bas salaires. Les collectivités locales devraient limiter la progression de leurs dépenses de fonctionnement à l’inflation.
Quant aux étrangers arrivant légalement en France, le gouvernement propose de leur imposer un délai avant l’ouverture de certaines allocations non contributives. Lecornu présente cette mesure comme un alignement sur les conditions appliquées aux Français revenant de l’étranger. « Une mesure de bon sens », défend le Premier ministre, qui anticipe déjà les accusations de mesure « droitière ». Les cabinets ministériels seraient également concernés, avec une « compression » annoncée mais encore floue. Deux milliards sont aussi attendus sur les arrêts maladie, ainsi que cent millions en 2027 grâce à une réforme des ruptures conventionnelles, puis huit cents millions par an à terme. Un milliard supplémentaire serait attendu de la lutte contre la fraude, renforcée notamment par l’intelligence artificielle.
Stabilité fiscale, colère à gauche
Lecornu promet, en revanche, de ne pas augmenter les impôts. Il écarte tout gel du barème de l’impôt sur le revenu, qui aurait équivalu à une hausse déguisée. Il prévoit même d’alléger la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises, dont le rendement serait ramené à 5 milliards d’euros contre environ 8 milliards aujourd’hui, en sortant les entreprises de taille intermédiaire du dispositif. « Il faut envoyer un message aux investisseurs », justifie-t-il. Le pacte Dutreil, qui allège la fiscalité sur la transmission d’entreprises familiales, serait préservé ; un nouveau « pacte Papin » doit même faciliter la reprise par les salariés. Pour les familles, un prêt à taux zéro « natalité » est annoncé pour l’accès à la propriété, quand l’allocation de rentrée scolaire pourrait être recentrée.
La réaction n’a pas traîné. À l’Assemblée, le président LFI de la commission des finances, Éric Coquerel, dénonce un « baroud d’honneur macroniste » qui mène la France « droit dans le mur ». La CGT, par la voix de Sophie Binet, s’insurge contre le gel du point d’indice. Le Rassemblement national, plus prudent, dit attendre de « voir la copie » avant de se prononcer sur une éventuelle censure. Le texte doit être transmis au Haut Conseil des finances publiques d’ici ce week-end, examiné en Conseil des ministres le 1er octobre, puis débattu à l’Assemblée dès la mi-octobre. Rien n’est figé : les parlementaires pourront largement amender la copie. À environ sept mois de la présidentielle, chaque milliard s’annonce comme un champ de bataille.





